Nouveau rififi au sein de la Banque nationale de Belgique : plus de Frère, toujours peu de femmes

Ce serait encore l’une des conséquences imprévues du fait d’avoir désormais – et pour combien de temps encore ? – un gouvernement minoritaire en affaires courantes.

Un certain nombre de mandats, et plus précisément des mandats de membres du conseil de Régence de la Banque nationale de Belgique (BNB) arrivent à échéance courant mai et ils ne seront pas remplacés ni renouvelés lors de l’assemblée générale prévue le 20 mai.

Cédric Frère remercié

Parmi les mandats concernés, celui qui fait le plus de bruit pour le moment est celui de Cédric Frère, 35 ans, fils de Gérald, petit-fils d’Albert le créateur de la fortune que l’on sait. Ce dernier n’aura finalement été régent de la BNB qu’un an. Une nomination voulue par le MR sous le gouvernement Michel alors en plein exercice qui avait suscité déjà la polémique en raison du parfum de « népotisme » qui l’accompagnait, vu que père et grand-père avaient déjà obtenu le même poste en leur temps. Depuis 1980, un Frère avait toujours siégé à la BNB.

La présidente de Groen Meryem Almaci, à la Chambre, avait dénoncé une décision digne de « la Belgique de papa », acquise avec l’assentiment de la N-VA devenue un « parti de pouvoir » foulant aux pieds son slogan « la force du changement ». C’est le retour au XIXe siècle, « le temps où l’élite francophone plaçait ses pions, je ne serais pas fière en tant que nationaliste flamand », avait-elle ajouté, pourfendant ce privilège familial digne d’une « république bananière ».

Au nom du PTB, Marco Van Hees avait aussi égratigné l’appui à « cette dynastie capitaliste. Quand c’est pour dérouler le tapis au grand capital, MR et N-VA se retrouvent ». La députée Veerle Wouters, ex-N-VA, s’était jointe aux critiques, voyant en la dynastie Frère « la deuxième famille royale du pays ». En échange de cet appui, la N-VA a pu elle-même placer des pions à la Banque nationale, avait-elle observé. 

Le gouvernement, par la voix du vice-Premier ministre N-VA Jan Jambon – remplaçant son collègue des Finances absent, Johan Van Overtveldt – avait alors simplement rappelé les règles présidant à la désignation des représentants au Conseil de régence de la BNB. Les partenaires sociaux désignent 5 des 10 membres et le gouvernement les 5 autres, moyennant un respect des équilibres politiques et linguistiques. La Banque nationale avait fait savoir que certains mandats étaient échus et qu’il faudrait procéder à la désignation de nouveaux représentants.

Pas le seul concerné

Au-delà du cas de Cédric Frère, le gouvernement en affaires courantes a choisi de ne pas prendre de décision sur deux autres mandats venant eux aussi à échéance. Concernés : Robert Vertenueil, président de la FGTB – dont le principal fait d’armes au conseil de régence avait été, début de cette année, de refuser le rapport annuel de l’Institution, le trouvant trop louangeur pour le gouvernement fédéral – et Edwin De Boeck, directeur du service d’étude de la N-VA dont la désignation visait vraisemblablement à faire passer la « pilule » Cédric Frère côté nationaliste. Tous deux en poste depuis le 22 mai 2018 mais dans des mandats repris à d’autres.

Blocage politique… en faveur des femmes ?

Idéalement, il se dit beaucoup en coulisses que l’actuel ministre des Finances et vice-1er Open Vld Alexander De Croo avait espéré que l’assemblée générale de mai permette avant tout de valider la désignation de femmes aux postes ainsi laissés vacants.

Une aspiration « féministe » qui a surgi notamment après « l’affaire Vanackere ». En novembre 2018, la désignation de l’ancien ministre des Finances Cd & V Steven Vanackere au poste de directeur avait aussi fait grand bruit. Il venait alors remplacer la CD&V Marcia De Wachter, la dernière femme du comité de direction, faisant de la BNB de l’aveu de beaucoup un « vieux club poussiéreux de mâles ». 0 femme sur 7 membres du comité de direction et 1 (Fabienne Bister, administratrice de l’entreprise du même nom, membre de l’Union wallonne des Entreprises) sur 17 en incluant le Conseil de régence. Jusqu’au dernier moment, Open Vld et N-VA avaient menacé de s’opposer à cette nomination, avant de laisser filer…

Mais voilà la volonté de « féminisation » du ministre De Croo s’est heurtée de plein fouet au refus de la N-VA, refusant de voir le gouvernement en affaires courantes procéder à de telles nominations jugées non prioritaires, non urgentes, hommes ou femmes. Résultat, pour l’heure, Fabienne Bister reste toujours l’unique représentante féminine au sein du conseil de Régence. La place de vice-gouverneur reste aussi vacante, laissée par le MR Pierre Wunsch, devenu entre-temps gouverneur de la Banque. Pierre Wunsch étant francophone, le poste de vice-gouverneur devrait échoir à un Flamand.

Ceci alors qu’un projet de loi, annoncé sous l’ère du N-VA Johan Van Overtveldt et couvé depuis par le cabinet De Croo, est toujours pendant et en discussion au Parlement. Il vise justement à ce que d’ici 2020, on compte un minimum d’un tiers de femmes dans les instances dirigeantes de la BNB. Adopté en commission des Finances déjà, il attend encore un ultime vote lors de l’ultime plénière de la Chambre la semaine prochaine. Et là, le cabinet des Finances entretient précisément le doute : sera-t-il voté ? Pas sûr… Mais en attendant éventuellement ce texte qui doit renforcer la place des femmes, il aurait en effet été bizarre de voir 3 hommes nommer dans les instances concernées…

L’absence de décision sur le renouvellement ou le remplacement de ces trois mandats ne poserait théoriquement « pas de problème pour le fonctionnement » du conseil de régence, dit-on côté gouvernement qui ne considère donc pas ou plus ces nominations comme « prioritaires ». Il appartiendra au prochain ministre des Finances, après consensus au sein du gouvernement, de trancher.

Fabien Van Eeckhaut

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