Onhaye 5520

"Noir Jaune Blues, et après?" Onhaye, carnet de bord de cinq jours en immersion

Jour 5 : clap de fin sur cinq jours d'immersion " Dans un village, tout le monde se connait ! ", c’est une phrase que nous avons entendue tout au long de notre immersion. Il ne faut pas longtemps pour s'en rendre compte. Ainsi, à la friterie, on nous...

Jour 5 : clap de fin sur cinq jours d'immersion

Dans un village, tout le monde se connait ! ", c’est une phrase que nous avons entendue tout au long de notre immersion. Il ne faut pas longtemps pour s'en rendre compte. Ainsi, à la friterie, on nous propose du boudin du boucher que nous avions rencontré la vieille. Au grand feu du village de Weillen, l’un des membres de la jeunesse qui organise l’événement n’est autre que le fils du docteur que nous cherchions à suivre pendant sa tournée. Enfin, l’ancienne coiffeuse, qui a aussi tenu l’un des derniers cafés de la commune, n’est autre que la maman de l’actuel maïeur.  Très vite, les visages semblent familiers.

Dans un village, tout se sait ! " Dans cette phrase, il y a de nouveau un fond de vérité. Notre présence a été remarquée. Il n’a pas été rare qu’une personne que nous venions à peine de rencontrer nous retrace notre emploi du temps avec un regard rieur. Bienveillance, authenticité, convivialité; les habitants de Onhaye et ses six autres villages nous ont formidablement accueilli pour nous faire partager leur manière de vivre et leur attachement à leur terroir. Si certains peuvent se sentir isolés à la campagne, la plupart s’en accommode. La ruralité a ses avantages comme ses inconvénients. La nature à proximité et la beauté des villages ont, dans tous les cas, été un magnifique environnement pendant cette semaine.

Jour 4 : le sport comme principale activité de la jeunesse

Sur le terrain de football, la semaine de stage se conclut par une petite cérémonie. Les parents sont présents. Plus qu’un simple terrain, il nous apparaît comme étant un lieu privilégié de rencontres des jeunes sur la commune. Il n’existe pas d’unité scoute à Onhaye, ni de cours artistiques comme la musique. Pour cela, il faut aller à Dinant nous dit-on. Pour le sport, par contre, il y a du choix. Plusieurs " Sportzone ", des terrains couverts, ont été construits dans les villages. Quelques jeunes nous parlent également du tout nouveau hall sportif de Miavoye. Nous prenons la voiture pour le rejoindre, aucun bus n’y mène. Le complexe est situé au milieu des campagnes à la frontière entre les communes de Hastière et de Onhaye. Les deux entités se partagent l’installation. Son apparence ne laisse rien présager de ce qu’il contient. L’ancienne ferme en pierre a été entièrement rénovée il y a cinq ans. Les murs de la cour intérieure ont été conservés. Le tas de fumier a été évacué pour laisser place à un grand plancher bleu. Dans les vestiaires, les voutes des anciennes étables sont encore visibles. L’installation multidisciplinaire a ouvert des horizons : basket, badminton, arts martiaux, danse et même cours de claquettes.

Jour 3 : à la rencontre du dernier des Mohicans

Le village de Weillen a un charme fou. Nous arpentons les rues bordées de maisons en pierre. Le temps semble s’y être arrêté. "Vous n’avez encore rien vu", souligne un riverain en nous indiquant l’adresse d’une petite boucherie toujours ouverte.

L’épicerie et le café ont fermé leurs portes il y a bien longtemps. Il s’agit donc du dernier commerce du village. Là, le métier d’artisan-boucher est transmis de père en fils depuis 1890. "Je suis le dernier des Mohicans !", énonce Patrick Beguin, 51 ans, avec la nostalgie d’une époque révolue.

"Rien n’a changé ici depuis l’après-guerre, c’est une fierté de poursuivre le travail de mes aïeux mais je regrette la disparition des autres commerces et la baisse des activités du village", ajoute-t-il.

Pas de grand comptoir réfrigéré, seulement une chambre froide. Filet américain réalisé minute, tête pressée, boudin, saucisses séchées, les ingrédients restent inchangés depuis toutes ces années. Patrick se méfie des évolutions technologiques, il l'assume. Pour ses réservations, il ne possède pas de GSM, juste le numéro historique du téléphone fixe. Sur son plan de travail, il préfère également conserver sa balance mécanique à contrepoids.

Jour 2: vieillir et partir, la peur du déracinement

Ce matin, une ancienne institutrice née à Onhaye nous reçoit : Suzanne Pirson, 77 ans. C’est au village qu’elle rencontre son mari Paul Dermout. C’était il y a plus de 60 ans. Ils ont vécu une vie au contact des associations, coopératives ou institutions. Elle, dans les classes. Lui, comme président du club de football. 

En pleine forme tous les deux, ils notent un manque: l’absence d’une maison de repos. Un projet avait été étudié, puis, abandonné. " Nous avons vécu toute notre vie ici, nous y connaissons tout le monde. Partir en maison de repos, même à Dinant, c’est la peur d’être esseulés, ce serait un déracinement." note Suzanne.

Vieillir avec ses voisins, ses amis d’enfance, ici au village : " Ce serait magnifique ! ". Le groupe des 3 X 20 d’Onhaye continue sa route. Le rythme est moins intense. Chacun prend désormais le temps de savourer ces instants.

Une invitation des 3X20, ils l’auront attendue pendant 25 ans. Yolande et son mari Philémont ont participé l’an passé à leur première activité au village. " Nous ne connaissions personne ! " confie le couple qui habite un peu à l’écart du centre d’Onhaye dans un petit chalet en bois.

Un 60m2 installé dans un ancien camping résidentiel avec vue imprenable sur la campagne : " C’était mon rêve ! " Pourtant, aujourd’hui, c’est la désillusion. Le Domaine Mayeur François a été déserté : caravanes à l’abandon, allées ou emplacements peu entretenus. Yolande se sent marginalisée par le reste du village. " Il est très difficile de s’intégrer. Mais je n’abandonne pas. Mon bonheur passe aussi par la rencontre des autres."

Jour 1 : l'attachement à son village

Notre immersion dans le Condroz namurois débute sous le soleil. Nous venons de poser nos bagages pour cinq jours à Onhaye et ses six villages voisins.  3125 habitants y résident. Parmi eux, nous croisons Johnny, 19 ans. Il nous parle du terrain de sport couvert où lui et ses amis se rejoignent plusieurs fois par semaine, de son attachement au village, de la vie calme qu’il y mène. Au terrain de football du CS Onhaye, période de stage oblige, des dizaines de jeunes foulent la pelouse.

À quelques centaines de mètres de là se concentre l’activité : une école, un poste de police, un vétérinaire, une supérette, une boulangerie, une pharmacie et un restaurant. Dinant est à 10 minutes à peine. Et pourtant : "Nous pourrions vivre ici en autarcie", nous explique l’un des clients de la friterie dans laquelle nous nous sommes arrêtés. Cette friterie, c’est Robert et sa fille Julie qui la font tourner en plus de leur activité de transporteurs routiers. Pour les touristes, c’est un lieu de passage. Pour les habitants, c’est plus un lieu de rencontres. Le père et sa fille connaissent le village et tous ceux qui s’y installent. Ils pointent une règle : tout le monde est le bienvenu mais pour faire réellement partie de la communauté, il faut s’impliquer dans la vie locale.

Laurent Van de Berg

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