Molenbeek-Saint-Jean 1080

Molenbeek: capitale internationale du football et de la paix

La place communale de Molenbeek transformée en terrain de foot le temps d’un après-midi, c’était sans doute une première. D’autant que le tournoi organisé ce mercredi n’était pas une compétition ordinaire, mais une rencontre "multiconvictionnelle" opposant des équipes de football composées de joueurs catholiques, musulmans, juifs, libre penseurs et bouddhistes.

Un symbole d’espoir après les événements qui ont ensanglanté la capitale.

Mercredi  après-midi, le soleil était de la partie pour cette compétition qui a réuni plus de 100 jeunes de 15 à 21 ans. L’enjeu était bien sûr de remporter la coupe, mais, plus encore, de redorer l’image d’une commune décrite, dans le monde entier, comme un repère de djihadistes.

Dès le premier coup de pied dans le ballon, le public a manifesté son enthousiasme autour de deux des trois terrains de football, encourageant et filmant les athlètes.

Des vedettes pour le match d'ouverture

Le match d’ouverture réunissait les représentants de chaque religion et courant philosophique. Mais aussi deux jeunes "vedettes" bruxelloises: Ilyas Touba, champion du monde de "panna street soccer", une discipline qui se joue sur des terrains de taille réduite et Alexis Scholl, qui évolue à Benfica et est actuellement prêté à la Gantoise. Le troisième terrain était mis à la disposition des jeunes du quartier.

Les règles du jeu

Les équipes composées de six joueurs devaient impérativement respecter le critère de mixité "convictionnelle". La mixité filles/garçon était également favorisée. Concrètement chaque équipe de 6 joueurs accueillait des jeunes de trois religions différentes au minimum. Chaque match durait 10 minutes et les participants avaient l’occasion de jouer entre 2 et 4 matchs. Les compétitions étaient organisées par tranches d’âge de 15 à 17 ans et de 18 à 21 ans).

L’arc-en-ciel des convictions

Décrit comme une métaphore de la société réelle, l’événement "Football for Peace" a été mis sur pied par un comité coordonné par la communauté de Sant’Egidio regroupant les différents courants religieux et philosophiques. C’est elle qui avait organisé la marche "Together in peace – Liberté et respect" dans les rues de Bruxelles.  Comme l’explique dans la vidéo ci-dessous, Hilde Kieboom, présidente de Sant’Egidia qui a mis a disposition ses forces pour organiser ce comité.

Rarement un comité organisateur se sera montré aussi multiculturel. Il réunissait la Conférence Épiscopale de Belgique, l’Église Anglicane, le Consistoire Central Israélite de Belgique, l’Exécutif des Musulmans de Belgique,  l’Archevêché Orthodoxe de Belgique, le Centre d’Action Laïque, l’Église Protestante Unie de Belgique et le Synode fédéral des Églises protestantes et évangéliques de Belgique.

Synthétisant le message commun, le Rabbin Aharon Malinsky de la communauté juive d'Anvers a répété (après un match d’ouverture âprement défendu), combien l’image de la Belgique et de Molenbeek devait être restaurée et que cette demi-journée sportive apportait la preuve que plusieurs religions peuvent vivre "en paix, ensemble dans la même ville et le même pays". (vidéo ci- dessous). Dans le public, des passants se sont enthousiasmés de voir pour la première fois des personnes portant la kippa sur la place communale de Molenbeek.  

Un tel événement aurait-il été possible sans les attentats de Bruxelles? Oui, répond Jan De Volder, le coordinateur de "Together in Peace", même s’il n’aurait certainement pas pris autant d’importance dans une actualité plus sereine.

Pour les jeunes qui ont participé à cette expérience, l’enseignement de la journée aura été que la victoire ne peut s’obtenir que par la collaboration sur le terrain. "Ce n’est qu’à travers la tolérance et la coopération que l’on peut atteindre une véritable réussite", ont argumenté les organisateurs du tournoi qui s’est terminé par la remise des prix: une médaille pour tous les participants, et une récompense particulière pour l’équipe gagnante dont on retiendra qu’elle portait les vareuses grises. Les discours de la bourgmestre Françoise Schepmans, de l’échevine Sarah Turine et de la secrétaire d’État Bianca Debaets ont tous salué les bienfaits des valeurs communes et du vivre ensemble. Un des jeunes interrogés nous a dit espérer une chose: refaire la même expérience, mais cette fois avec des paniers de basket. Ce ne devrait pas être impossible.

Jean-Claude Verset

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