Maxime Prévot au sujet du coronavirus : "Je reste ahuri du nombre de commentaires qui appellent au complot mondial"

Près de 3000 patients atteints du coronavirus sont actuellement hospitalisés en Belgique.

Ce mercredi, le cap des 400 admissions en hôpital était franchi. Il n’y a pas de doute : les propagations s’accélèrent et préoccupent grandement le personnel médical. Faudrait-il en ce sens envisager un reconfinement total de la population ? Pas pour Leïla Belkhir, infectiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc qui annonce cependant que des mesures plus fortes doivent être prises : "Si l’on ne regarde que l’aspect 'casser l’épidémie et aplatir le plus efficacement possible la courbe au niveau des hospitalisations', il faudrait un confinement", indique-t-elle tout en nuançant ses propos : "Mais je pense qu’un confinement dur tel que celui que nous avons vécu en mars apporterait beaucoup de dégâts collatéraux en termes de santé mentale, que ce soit chez des personnes âgées ou jeunes." Sans oublier les regards de diagnostics que le lockdown a engendrés.

Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, n’est pas non plus favorable à un reconfinement total : "Pensons aux dégâts collatéraux", demande-t-il. "Il faut prendre des mesures complémentaires pour enrayer la propagation et désengorger les hôpitaux. Mais je veux que l’on puisse continuer à vivre. La privation des libertés est énorme aujourd’hui pour les citoyens." Selon lui, la population se nourrit entre autres de sport et de culture, deux secteurs qui ont notamment fait l’objet de protocoles stricts établis en concertation avec les acteurs des secteurs concernés.

Un confinement total ne rendrait pas non plus service, selon lui, à la jeunesse : "Nous devons trouver un équilibre qui conjugue à la fois un minimum d’activités économiques et d’éducation à l’information. Il faut préserver l’aspect éducatif et pédagogique et maintenir l’ouverture des écoles qui ne sont d’ailleurs pas le plus grand vecteur de contamination des enfants et des enseignants. D’un point de vue scolaire, l’année dernière a été une année sacrifiée. Il y a une cassure pédagogique interpellante. Nous sommes inquiets au niveau du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles."

Et ce que voudraient également les professionnels de la santé, c’est une communication plus claire, cohérente et positive sur la situation. Selon Yahyâ Hachem Samii, directeur de la Ligue Bruxelloise pour la Santé mentale, il est en effet plus que temps d’offrir des perspectives positives aux citoyens si l’on ne veut pas perdre leur confiance ou faire face à certaines dérives : "La tension augmente, certaines personnes sont perdues ou en train de véhiculer des discours complotistes, y compris celles qui semblent bien informées. On ne sait plus aujourd’hui ce que l’on fait ni pourquoi on le fait."

Ces discours complotistes paraissent pourtant incompréhensibles aux yeux de Maxime Prévot, président du cdH et bourgmestre namurois : "Je pense que l’on doit arrêter de nier la pandémie et ses effets. Je reste ahuri du nombre de commentaires qui appellent au complot mondial à chaque fois qu’on essaie d’expliquer qu’il y a des gestes barrière à respecter. Il y a une capacité de déni qui est inquiétante, ce qui ne rend pas service aux soignants. C’est une minorité, mais une minorité assez bruyante."

"Lorsque 99% des scientifiques disaient une chose, on laissait une place de 50% sur les réseaux sociaux au pourcent restant"

Une autre minorité concerne aussi celle des scientifiques qui n’accordent pas leur violon de la même manière que leurs confrères. Une partie de l’univers qui, selon le président de l’ABSYM Philippe Devos, a occupé trop de place sur les réseaux sociaux et semé de la confusion et du scepticisme dans l’esprit des Belges : "Qu’il y ait toujours une part de doutes dans la science est la norme. La science, c’est refuser les dogmes et les idées préconçues. Ce qu’il s’est passé ici, c’est que quand 99% des scientifiques disaient quelque chose, on laissait une place de 50% sur les réseaux sociaux du petit pourcent restant. Ça a donné une impression de désaccord complet alors qu’il était minime. Je pense que pour la population, la science est quelque chose d’exact et immuable, mais ce n’est pas le cas. Les scientifiques ont dit que la Terre était plate puis finalement qu’elle était ronde."

Vers la création d’un hôpital de campagne

De son côté, Willy Demeyer, vice-président du PS et bourgmestre liégeois entend répondre à l’appel du secteur médical : "J’ai entendu aujourd’hui (21 octobre, ndlr) une suggestion qui émane des trois hôpitaux liégeois (CHC, CHU, CHR) de fonder et d’organiser ensemble un hôpital de campagne", annonce-t-il. "L’armée nous a indiqué qu’une partie de son personnel était engagée sur le théâtre d’opération, mais qu’elle ferait tout ce qu’elle peut. Nous sommes disponibles pour aider et mettrons en œuvre la capacité des bourgmestres de réquisitionner des éléments matériels (tentes etc.). J’ai des accords avec le directeur financier de la Ville pour préfinancer les mesures. Je suis prêt à le faire, comme tous les bourgmestres je pense."

Maud Wilquin

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