Berchem-Sainte-Agathe 1082

Les nuits bruxelloises ont encore de l'avenir malgré la crise

C’est un des secteurs les plus durement touchés depuis le début de la crise ! Cela fait près d’un an que les discothèques et autres clubs ont gardé porte close.

Le monde de la nuit est en hibernation. Alors comment tenir et avec quelles perspectives. Rencontres avec quelques acteurs de la nuit bruxelloise.

Bienvenue dans notre lieu vide qui n’attend plus que les clients. " Le sourire en coin, un brin de nostalgique, Maud Partouche, gérante de Madame Moustache au centre-ville, a rallumé les guirlandes lumineuses. Derrière le bar, les vestiges des dernières fêtes. " On a encore de l’alcool, plein d’alcool " ! Mais surtout des factures qui s’accumulent. " Ici une facture d’électricité, là une lettre d’huissier mandaté par la Sabam alors qu’on ne diffuse plus de musique. De toute façon on a plus d’argent ".

Sans ça, on partirait tous en faillite

Sans rentrées depuis des mois, Maud Partouche ne paie plus non plus le loyer depuis mai dernier. Alors il faut négocier avec les propriétaires mais aussi avec tous les autres créanciers, s’endetter et compter sur les aides fédérales et régionales. " Sans ça, on partirait tous en faillite, je pense. Moi j’ai environ 15.000 euros de frais fixes par moi mais certains de mes collègues, cela peut grimper jusqu’à 45.000 ".

La semaine dernière le gouvernement bruxellois annonçait une prime de 60.000 à 100.000 euros pour chaque établissement du secteur. " Ça va nous aider pour clôturer l’année 2020. Mais on est déjà en 2021 et on va de nouveau faire face à d’autres problèmes " s’inquiète Jérôme Blanchart, patron du groupe Art Blanc qui gère le Mirano et le Spirito. " Et de ce qu’on lit, on sera les derniers à rouvrir. Donc automatiquement, il faudra retravailler sur une nouvelle aide pour essayer de tenir jusqu’à juin, juillet, octobre, décembre ? Allez savoir ". Alors comment font-ils pour tenir ? " Ça tient parce qu’on hiberne en fait ", explique Cédric d’Alcantara, manager des Jeux d’Hiver. " Le chômage économique permet de ne plus avoir de charges sociales. Et puis l’endettement qu’on est en train de générer maintenant est inférieur à la valeur de notre produit. Et on a, je pense, un bon produit. Donc je suis optimiste par rapport à ça. Effectivement, ça ne pourrait pas durer encore 20 ans. Mais ça ne durera pas 20 ans. On va s’en sortir grâce aux aides aussi ".

Partager des émotions dans le réel, ce sera une vraie valeur à mettre en avant

La situation est particulièrement tendue. Malgré cela, Maud Partouche reste optimiste. " Il n’y a pas que le virtuel. Les gens ont besoin de se retrouver physiquement. Et puis après cette longue crise, moi j’imagine que ça va encore mieux marcher qu’avant ". " Partager des émotions dans le réel, ce sera une vraie valeur à mettre en avant", renchérit Cédric d’Alcantara.

Jérôme Blanchart croit aussi en l’avenir des nuits bruxelloises. " Je ne suis pas inquiet du fait que les gens souhaitent retrouver du social. Je pense simplement que les modes, les tendances et les habitudes vont changer. Il faudra donc être très vif là-dessus ".

Remise en question

Cette rupture forcée pourrait donc bien faire émerger de nouveaux acteurs, de nouvelles idées. " C’est l’occasion aussi pour nous de nous remettre en question. Il y a des choses qu’on n’a pas toujours l’occasion de faire dans une période normale où tout s’enchaîne très vite. Aujourd’hui, le temps qui nous a été imposé, on doit essayer de l’utiliser pour proposer des nouveautés " ajoute Cédric d’Alcantara.

Bruxelles ne semble pas prête à s’endormir définitivement. Les acteurs qui la maintiennent habituellement éveillée sont prêts à rallumer la mèche dès qu’ils auront le feu vert, sans doute dans de longs mois.

 

Pierre Vandenbulcke

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