L'Ordre des Médecins recommande de ne plus délivrer d'attestation de virginité en Belgique

Délivrer une attestation de virginité pour prouver que la patiente n'a pas encore eu de relations sexuelles.

C'est une pratique peu courante mais qui existe encore en Belgique. L'Organisation Mondiale de la Santé avait d’ailleurs épinglé notre pays en octobre dernier à ce propos. Le Conseil National de l'Ordre des Médecins vient de se positionner : il recommande désormais aux professionnels de la santé de refuser de pratiquer ces tests, ou de délivrer ces attestations de virginité. C’est selon lui un acte médical "inutile pour la santé, sans pertinence scientifique et lourd de conséquences potentielles sur le bien-être de la patiente". 

Le dilemme du gynécologue 

A l’Hôpital IRIS Sud d'Ixelles, au service gynécologie-obstétrique, on est parfois confronté à ce genre de demandes : " C’est difficile à évaluer parce que dans le service, l’information ne remonte pas chaque jour ou chaque semaine ", explique Frédéric Buxant, le chef de service, " Mais il y a peut-être une ou deux demandes par mois. Ce sont des femmes, de plus de 20 ans, qui viennent justement avant un mariage religieux. La famille ou la belle-famille demande un certificat de virginité. Alors que, par définition, la femme sait elle-même si oui ou non, elle est vierge". Et donc souvent, le gynécologue est face à un dilemme : " C’est toujours difficile pour le gynécologue de se positionner parce que l’on a d’une part la femme dans sa globalité, la défense de la condition féminine et cela nous la défendons au maximum, c’est notre rôle. Et donc tous les gynécologues vont s’opposer à ce type de demande dans leur conscience parce que l’on ne rend pas service à la femme. Mais en face de nous, on a une patiente, une femme qui est dans une certaine détresse. Et qui parfois pourrait être exposée à des violences. Et donc ce n’est pas toujours facile de répondre en âme et conscience à une demande favorablement ou non".

Pas de pertinence médicale et scientifique 

Cette recommandation de l'Ordre des Médecins viendra un peu clarifier les choses. Elle est accueillie positivement à l'Hôpital d'Ixelles, comme à l'Hôpital Saint-Pierre, dans le centre de Bruxelles. Martin Caillet gynécologue au CHU Saint-Pierre, explique : "Puisque effectivement, ce sont des réflexions que l’on a déjà eues ici, ayant été confronté à tout cela. On ne peut que souscrire quand les recommandations vont dans le sens de la base ".

D'ailleurs, à l’Hôpital Saint-Pierre, cela fait une petite dizaine d'années que le service refuse de délivrer ce genre de certificats : " D'abord parce que sur le plan médical et scientifique, c'est très difficile de prouver la virginité d'une personne donc on n'est jamais sûr de nous. Et en plus, c'est souvent des demandes qui sont faites par des tiers et on trouvait que ce n'était pas correct vis-à-vis des personnes qui se présentaient de participer à tout ça". Même décision dans cet hôpital concernant la reconstruction de l'hymen, cette membrane qui se rompt lors des premiers rapports sexuels.

 

RTBF

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