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Le CHR de Verviers rejoint le réseau du CHU de Liège

L'hôpital régional de Verviers rejoindra le réseau du CHU de Liège.

Le conseil d'administration du CHRV a voté ce jeudi soir en faveur des propositions de l'hôpital universitaire. Il rejette donc l'offre de mariage du réseau chrétien. En réalité, ce vote est purement formel. La décision était connue depuis plusieurs jours. Socialistes et libéraux sont majoritaires au conseil d'administration de l'hôpital public verviétois et les deux partis avaient pris position en faveur du CHU.

Des doublons à supprimer ?

Le CHRV sera donc une implantation régionale du réseau hospitalier universitaire liégeois. La décision sera appliquée à partir de janvier prochain. Pour le président Bruno Gavray des économies d'échelle ne sont pas à exclure : "en termes de rationalisation des coûts, les systèmes informatiques vont être très certainement 'poolés', avec des rassemblements de personnels. Je pense aussi au service achats. Acheter des médicaments coûte très cher aux structures hospitalières. Il serait logique de réaliser des marchés groupés." Comme le CHU dispose d'un laboratoire très performant, le futur laboratoire de Verviers pourrait être dimensionné de manière plus "économique". 

Mais pour les patients, l'offre de soins ne doit pas se réduire : "les pôles d'activité médicaux qu'on a actuellement sur Verviers devraient pouvoir être maintenus dans une bonne partie". A Verviers, on compte bien continuer la cardiologie, la radiologie, l'oncologie. Remarquons que le président Gavray parle au conditionnel. C'est parce qu'il faudra encore discuter avec le partenaire. 

Au CHU, le président Julien Compère, très content d'accueillir les verviétois, semble vouloir les rassurer : "A priori, il ne devrait pas y avoir de doublons à supprimer, parce que le CHR de Verviers a une spécificité, une certaine forme d'exception géographique. C'est un hôpital qui a vraiment sa zone de développement propre dans l'est de la Belgique. Il est préservé dans ce cadre-là."

"Les secteurs importants pour le CHR de Verviers" explique le directeur médical Eric Brohon, "ce sont la cardiologie, l'oncologie y compris la radiothérapie et le pôle mère-enfant. Ca pourrait être renforcé par le biais d'expertises mises en commun. Dire que ceci ne changera rien pour le patient, ce ne serait pas conforme a la réalité, mais il ne va pas y avoir un bouleversement au premier janvier."

Un imbroglio juridique hospitalier

Par contre, au premier janvier, c'est la situation juridique des deux hôpitaux de Verviers qui risque de poser problème. La nouvelle législation ne permet plus, dans une ville de cette taille, que cohabitent deux institutions hospitalières affiliées à deux réseaux différents. Or, c'est bien le cas à Verviers. A quelques centaines de mètres du CHRV, se trouve la clinique Sainte-Elisabeth, membre du réseau du CHC, le réseau chrétien qui avait lui aussi proposé le mariage à l'hôpital public verviétois. 

"On va avoir des réseaux complètement déséquilibrés" constate, déçu, René Thissen, le président du CHC. "Le réseau du CHU va servir environ 800 000 personnes et nous aux alentours de 300 000. Ce n'est pas ce que vise la nouvelle loi." A contresens de la réforme de Maggy de Block, la décision du CHRV va aussi maintenir la concurrence hospitalière à Verviers. "Nous nous trouvons devant une difficulté" remarque René Thissen. 

Au CHU, Julien Compère se veut ouvert : "nous sommes à la disposition du pouvoir organisateur de la clinique Sainte-Elisabeth pour voir comment on peut régler les choses au mieux. Si à un moment donné, il faut que la clinique Sainte-Elisabeth rejoigne le réseau du CHU, nous sommes disponibles." Cette éventualité, René Thissen ne veut pas l'envisager : "pourquoi accepterions-nous de laisser dépecer le CHC au profit du CHRV ?" 

Son concurrent, Julien Compère, préférerait "trouver un modus vivendi qui permettra à chacun de rester dans son réseau. Je pense qu'en Belgique, il y a un élément fondamental qui est garanti par la Constitution, c'est la liberté d'association. Ca ne sert à rien d'imposer à un hôpital d'en rejoindre un autre. Le mieux, c'est de trouver des accords. Mais si à un moment donné, ce n'est pas possible, nous serons également disponibles pour discuter avec la clinique Sainte-Elisabeth."

Le pouvoir politique devra trancher

Le président Thissen met en avant la taille relative des réseaux dans l'arrondissement de Verviers. Sainte-Elisabeth plus les hôpitaux d'Eupen et de Saint-Vith qui ont eux aussi rejoint le CHC, ça fait plus de lits que le CHRV. Sur cette base, René Thissen estime que ce n'est pas à Sainte-Elisabeth de subir les conséquences de la décision prise par le CA de l'hôpital public verviétois. "Je pense que si le gouvernement wallon prend ses responsabilités et s'en tient à l'esprit de la loi, il ne peut pas faire autrement que de reconsidérer la décision du CHRV." 

La situation créée à Verviers par la décision du CHRV va obliger le pouvoir politique à trancher. La saga des hôpitaux verviétois n'est peut-être pas tout à fait terminée.   

François Braibant

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