Trois sages pour faire le ménage chez Nethys

Trois démineurs, trois "sages", trois hommes d’affaires expérimentés à la carrière déjà bien remplie – ce qui devrait modérer leurs ambitions et rassurer en interne.

Voilà le signal que le gouvernement wallon – via Elio Di Rupo et Willy Borsus les ministre-président et vice-président directement à la manœuvre depuis Namur – entend donner avec cette proposition de désigner comme premiers et nouveaux administrateurs de Nethys le trio Hansen-Thiry-Levaux.

Un trio soumis ce vendredi à l’Assemblée générale de Nethys qui était prévue à partir de midi à Liège. Une AG qui a acté définitivement la démission des administrateurs Nethys qui se sont " sabordés " lundi, évinçant aussi le comité de direction (dont Stéphane Moreau). L'examen de la décharge ou non des administrateurs se fera lors de la prochaine AG qui examinera, en mai ou juin prochain, les comptes 2019, et "c'est à ce moment que l'on se prononcera", explique Muriel Gerkens (Ecolo) à la sortie de la réunion. L'AG qui a été brève, a aussi acté la désignation des 3 nouveaux administrateurs. Un trio confirmé donc, après les déminages politiques d’hier en marge du CA d’Enodia. A eux la mission de remettre de l’ordre dans la société et d’assumer le changement de management.

Stéphane Moreau présent

Les administrateurs, dont Stéphane Moreau (qui était présent à la réunion) ont donc remis leur démission, des démissions actées ce midi. Jean-Claude Jadot, vice-président Mr d'Enodia, explique à la sortie de la réunion la suite qui sera donnée à la démission de Stéphane Moreau notamment: licencié, en préavis, remercié?  "Ce sera le job du nouveau conseil d'Administration. N'ayant pas les pièces, nous avons entendu des choses à gauche, à droite, on n'en est pas sûr, et ca c'est le boulot du conseil d'administration qui va pouvoir prendre en compte tous les éléments du dossier".

Trois profils de "sages" aux profils politiques complémentaires

Il y a d’abord – en prenant un ordre purement alphabétique – Jean-Pierre Hansen, 71 ans. Le seul non-Liégeois de la "bande" : il est originaire d’Athus en province du Luxembourg. Ingénieur en électromécanique de l’Université de Liège néanmoins, on retient surtout qu’il fut administrateur délégué et président d’Electrabel (CEO de 1992 à 1999 et de 2005 à 2010, président du conseil d’administration de 1999 à 2005) et longtemps l’un des hommes forts du groupe GDF Suez, vice-président du comité exécutif de Suez de 2003 à 2010.

Vice-président de la FEB, il a aussi été Régent de la Banque de Belgique (2002-2005). Baron depuis 2014, on le dit proche du socialiste Jean-Claude Marcourt, mais il démarra sa carrière (politique, avant le secteur électrique) au sein du cabinet du Psc André Oleffe aux Affaires économiques dans les années 70 en pleine crise de l’énergie. Jean-Pierre Hansen préside l’Ares, l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur, ayant succédé à feu Philippe Maystadt. Il sort déjà d’une mission de "dépannage" au service du gouvernement fédéral, comme président du comité de pilotage du RER.

Laurent Levaux, 62 ans, lui est liégeois. Etiqueté MR, il est passé successivement par McKinsey, CMI et Cockerill Sambre, puis ABX Logistics qu’il redressa; il a enseigné à HEC Liége, présidé la Sogepa le bras financier de la Région et il préside désormais le conseil d’administration d’Aviapartner, société de services aéroportuaires dont il a été CEO de 2008 à 2016. Il représente aussi le MR au sein de divers conseils d’administrations Bpost, Proximus, FN Herstal, Investsud. Il devait faire partie d’un consortium autour d’IPM (propriétaire de " La Libre Belgique ", la " DH "), aux côtés des hommes d’affaires Pierre Rion et Bernard Delvaux pour le rachat des " Editions de l’Avenir ", autre filiale de Nethys. Mais il vient de renoncer à faire partie des candidats repreneurs, pour éviter précisément tout soupçon de conflits d’intérêts qui serait préjudiciable à sa désignation au sein du nouveau CA de Nethys.

Enfin, troisième larron : Bernard Thiry, 65 ans et liégeois, est l’ancien patron de l’assureur Ethias. On le dit proche d’Elio Di Rupo. Ancien professeur à HEC Liége, Il a déjà un pied dans la constellation Nethys – et devra d’ailleurs rapidement choisir – car il a été appelé à la rescousse en 2018 pour présider Resa, le gestionnaire de réseau et filiale active dans la distribution de gaz et d’électricité de Publifin-Nethys, sorti du giron Nethys pour être rapproché de la maison mère Enodia. Bernard Thiry a été cité dans l’affaire dite de la "Pergola" avec Stéphane Moreau. Une sombre histoire de contrat d’assurance antidaté au profit de l’ex-Numéro 1 de Nethys. Il avait perdu son poste chez Ethias en 2016, avant d’être blanchi par la justice par un non-lieu en 2018 comme Stéphane Moreau. Le parquet avait annoncé son intention de faire appel.

Les trois hommes, une fois installés, devraient se donner, dit-on, trois semaines pour prendre connaissance des dossiers, reprendre les signatures, rencontrer les différentes personnes impliquées et chercher à étoffer encore leur équipe d’administrateurs supplémentaires. De quoi relancer un conseil d’administration et un management à nouveau apte à envisager ou non les cessions de certains actifs, Win, Elicio, ou VOO ou encore les Editions de l’Avenir.

Fabien Van Eeckhaut

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