Certains chewing-gums sont nocifs pour notre santé et aussi écotoxiques

On les mâche quelques minutes, on en consomme un peu plus de 99 kilos chaque seconde dans le monde.

 Mais que contiennent exactement ces chewing-gums ? Les composants sont-ils nocifs pour notre santé ? Oui ! Certains contiennent des perturbateurs endocriniens, du BHA notamment. De plus, lorsqu’on les jette dans la nature, ils sont écotoxiques !

Selon l’université de Zurich, chaque année ce sont environ 374 milliards de chewing-gums qui sont consommés dans le monde soit 3,1 milliards de kilos par an. Un plaisir qui ne date pas d’hier ! Les Grecs mâchaient de la résine, les Indiens d’Amazonie chiquaient des boulettes de tabac. Sous sa forme moderne, le chewing-gum est apparu en 1869. C’est un général mexicain chassé de son pays par la révolution qui ramène 250 kilos de sève séchée aux États-Unis. Après avoir échoué à revendre sa gomme comme substitut au caoutchouc, il la laisse à Thomas Adam, qui la revend en pharmacie : le chewing-gum est né. On ne découvre chez nous la pâte à mâcher qu’en 1917, avec l’arrivée des troupes américaines sur le vieux Continent. Ce chiclé naturel est très vite remplacé par du polysibutylène, un caoutchouc synthétique pour répondre à la demande.

En plus de ce caoutchouc synthétique, ces chiques contiennent une gomme de base dont la recette reste secrète. Difficile dans ce cas de savoir si ces composants sont toxiques mais un autre ingrédient sur certains paquets retient notre attention : le BHA noté aussi E320). Cet hydroxyanisole butylé est un antioxydant, un conservateur mais il est classé dans le groupe 2 B du centre international de recherche contre le cancer, souligne le Docteur Corinne Charlier, Toxicologue au CHU de Liège : " On a donc des doutes sur le caractère cancérogène de la substance. De plus, cette molécule se comporte comme un produit chimique à effet perturbateur endocrinien. Il peut donc avoir des effets perturbateurs endocriniens. Cela veut dire qu’elle est capable de dérégler le fonctionnement de nos systèmes hormonaux. Les effets peuvent être au niveau sexuel avec l’hyper-fertilité, au niveau métabolique comme le diabète de type 2, l’obésité des jeunes enfants. Un axe neurologique avec l’hyper-activité et aussi l’immunodépression, une moins bonne performance du système immunitaire."

Perturbateur endocrinien

Nous avons demandé à la firme Mars Wrigley pourquoi ces chiques contenaient du BHA : " En Europe, Mars Wrigley Confectionery utilise du BHA dans ses produits conformément à la législation alimentaire applicable. L’hydroxyanisole butylé (BHA / E320) est connu pour ses propriétés antioxydantes. Il est donc utilisé dans une grande variété d’aliments, y compris le chewing-gum, car il empêche les aliments de rancir ou de changer de couleur. Le BHA est utilisé dans le chewing-gum Mars Wrigley Confectionery en tant qu’antioxydant et contribue à maintenir la qualité, le goût et l’apparence de nos produits. Le BHA a fait l’objet d’un examen scientifique approfondi et a été légalement autorisé en tant qu’additif alimentaire par des organisations nationales et internationales de sécurité des aliments, y compris l’EFSA, et par le Comité mixte d’experts de l’Organisation mondiale de la Santé sur les additifs alimentaires (JECFA). Son utilisation dans le chewing-gum Mars Wrigley Confectionery se situe bien dans les limites établies. Une consommation typique de gomme à mâcher entraînerait une ingestion de BHA bien inférieure à la dose journalière admissible (DJA) de 1,0 mg / kg de poids corporel / jour établie par le groupe scientifique de l’EFSA sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments en septembre 2011. Mars Wrigley veille à ce que tous les ingrédients utilisés dans nos produits répondent aux normes de santé et de sécurité les plus strictes." La dose, la réponse de beaucoup de firmes. Oui mais le hic, c’est que ce n’est pas la dose qui fait le poison comme nous l’explique le Docteur Corinne Charlier : " Si on accepte la notion d’effets sans dose. C’est-à-dire que la seule présence du produit peut entraîner une probabilité d’effets. Cela veut dire qu’il ne devait pas avoir du tout de BHA : 0% dans ce type de produit. Cela veut dire que dès qu’il y en a. Même si c’est une toute petite dose, la présence du produit est suffisante pour entraîner une probabilité des effets. "

Cancérogène aussi…

Mais, il y a un autre intrus parfois aussi dans les chewing-gums : du dioxyde de titane un colorant blanc, du E171 qui est aussi considéré comme cancérogène possibles surtout à éviter pour les femmes enceintes et les petits enfants affirme Corinne Charlier. Wirgley avoue vouloir supprimer ce colorant artificiel de ces confiseries. : " Le dioxyde de titane de qualité alimentaire que nous utilisons s’est avéré sûr et son utilisation est approuvée par les autorités de sécurité des aliments, y compris l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Avant que l’EFSA ne réaffirme la sécurité du dioxyde de titane en septembre 2016, nous nous étions déjà engagés à supprimer les colorants artificiels, y compris le dioxyde de titane, de notre portefeuille de produits pour l’alimentation humaine au cours des cinq prochaines années. Nous nous attendons à ce que nos produits de confiserie en Europe soient exempts de dioxyde de titane d’ici juin 2020. Le remplacement des colorants artificiels dans tous nos produits destinés à l’alimentation humaine est une tâche complexe car nous devons développer toute la gamme de solutions de remplacement et obtenir une approbation réglementaire pour tous les nouveaux ingrédients en cours de développement. Faire ces changements sans sacrifier la sécurité, la qualité et le bon goût que nos consommateurs adorent est notre priorité absolue."

Écotoxique en plus

Bien souvent, malheureusement, ces chewing-gums finissent dans la nature. On parle de 7 chiques sur 10. On les laisse se désagréger en mini-particules, lentement mais sûrement. Il faut entre 5 et 6 ans pour qu’ils disparaissent de notre vue. Mais jamais complètement et ces déchets gluants font des dégâts comme nous l’affirme la Professeure Célia Joaquim-Justo, Ecotoxicologue à l’ULG : " Une fois que le BHA arrive dans les écosystèmes aquatiques par les eaux de ruissellement notamment. On va retrouver une certaine toxicité. C’est une molécule qui n’est pas du tout dégradée dans les environnements aquatiques et qui a un potentiel de bio accumulation et donc, c’est une combinaison qui est très néfaste pour l’environnement. "

Le BHA, une molécule à éviter tout comme le dioxyde de titane. Prenez une loupe et lisez les étiquettes car certaines marques n’en contiennent pas et surtout en fin de vie, n’hésitez pas : jetez vos chewing-gums à la poubelle.

Françoise Walravens

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