Braine-l'Alleud 1420

"Waterloo uncovered": des vétérans de l'armée britannique se soignent par l'archéologie

Le site de la ferme d'Hougoumont fut le théâtre d'un des épisodes les plus violents de la bataille de Waterloo en juin 1815.

Depuis quatre ans, des fouilles archéologiques y sont organisées chaque été. L'association "Waterloo Uncovered" y emmène des soldats et vétérans de l'armée britannique. "Les deux cofondateurs font partie du régiment des Coldstream Guards, qui a joué un rôle prépondérant lors de la bataille, explique Alexandra Cauvi, la coordinatrice du projet. Ils sont tous deux formés à l'archéologie. L'un deux est revenu d'une mission en Afghanistan avec un stress post-traumatique. À l'occasion du bicentenaire de la bataille 2015, les deux sont venus ici ouvrir des tranchées archéologiques avec quelques vétérans. Le projet a continué et l'équipe est à présent plus grande que jamais".

C'était sauvage à Waterloo, comme ça l'était dans les Malouines

En ce mois de juillet quelque 80 personnes, militaires et archéologues s'activent sur le site. Parmi eux, Paul, ancien parachutiste qui a combattu aux Malouines dans les années 80. Nous le retrouvons dans la cour de la ferme, occupé avec d'autres participants à mettre au jour les vestiges d'une grange. Le lieu et son histoire résonnent énormément auprès de lui : "C'étaient de jeunes hommes, des garçons qui se battaient sans avoir idée de ce qu'ils faisaient. Ca me fait repenser aux Malouines, j'avais 19 ans et je ne savais pas ce que je faisais. Vous savez, la guerre, c'est brutal, c'est sauvage. Et c'était sauvage à Waterloo, comme ça l'était dans les Malouines", confie le vétéran.

Une sorte de thérapie

Pour certains, le fait de participer à ces fouilles agit comme une thérapie. "Ils sont envoyés ici pour retrouver leurs esprits, revenir à la vie civile. Être dans un environnement où on a une routine, où en rencontre des personnes différentes peut aider à retrouver confiance en soi quand on a été dans les forces armées", commente Alexandra Cauvi. Elle évoque des personnes timides, stressées, voire angoissées, qui se sont davantage ouvertes au fil des jours sur le chantier. Le projet bénéficie d'ailleurs de subsides et de nombreux vétérans sont déjà inscrits sur la liste d'attente pour l'année prochaine.

Faire avancer les connaissances sur la bataille

Sur le plan archéologique, les campagnes de "Waterloo Uncovered" ont déjà permis de réaliser quelques découvertes intéressantes et de faire avancer les connaissances sur l'histoire de la bataille. "La découverte la plus marquante est celle que nous avons faite dans le verger de balles de mousquets françaises. Or il a toujours été soutenu, du moins dans les sources écrites anglaises, que l'armée de Napoléon n'était jamais parvenue à rentrer dans cette enceinte. Ces découvertes prouvent bien qu'il y a eu des affrontements à l'intérieur du verger", se réjouit l'archéologue Véronique Moulaert. C'est elle qui est chargée de superviser les fouilles pour l'Agence wallonne du patrimoine.

Un renfort précieux

Cette année, des équipes fouillent à nouveau ce site, mais aussi la cour de la ferme, et l'espace de l'ancien potager, qui va être transformé en parking. "C'est une zone que les équipes de la Région wallonne avaient prévu de fouiller prochainement, dans le cadre de ce qu'on appelle l'archéologie préventive. C'est formidable d'avoir une équipe pour mener à bien ce projet et nous prêter main forte, poursuit-elle. Mais l'intervention de "Waterloo Uncovered" nous permet aussi de faire de l'archéologie de programme, qui est assez rare chez nous, et donc d'aller plus loin dans la compréhension de la bataille de Waterloo que ce que nous pourrions faire en temps normal". La campagne de fouilles durera jusqu'au 20 juillet et le public pourra visiter le site et rencontrer les équipes au cours du week-end des 14 et 15 juillet.

Stéphanie Vandreck

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