Les décès en maison de repos ont doublé en une semaine, nos aînés vont-ils être reconfinés ? "C'est notre plus grande crainte"

Depuis la mi-septembre, différentes régions de notre pays connaissent une hausse de la mortalité dans les maisons de repos due à l’épidémie de Coronavirus.

En Flandre, on dénombre 58% d’infections supplémentaires dans les homes pour personnes âgées ces dernières semaines. Concernant les décès, les chiffres ont doublé en une semaine dans les maisons de repos, passant de 26 à 52 décès sur un total de 224. D’autant que les données concernant les décès aux soins intensifs n’indiquent pas si les personnes ont d’abord été transférées depuis une résidence pour personnes âgées, ce qui laisse planer la crainte d’une situation similaire à celle de la première vague dans notre pays.

"Je ne pense pas tellement à ça, c’est mieux pour moi. J’écoute le journal, je regarde les nouvelles et c’est tout", raconte Francine Mauroy, une écharpe rose alors qu’elle tricote une écharpe pour un de ses petits-enfants. C’est le mot d’ordre dans cette maison de repos de la région namuroise : rester positif. "C’est dur, j’ai besoin de ma famille", se plaint Maggy De Donder qui a soufflé sa nonantième bougie au cours d’une année 2020 chahutée. "Mais j’ai des moyens de résister, avec les jeux, avec le piano, je lis beaucoup aussi même si je lis avec une loupe. Et je dessine, des cahiers de coloriage. Ça passe le temps", concède-t-elle.

Notre objectif est de permettre une vie sociale normale aux résidents dans la maison de repos

Pour l’instant, la vie des deux résidentes comme des 62 autres pensionnaires de l’établissement n’a pas été énormément perturbée. "Les résidents peuvent toujours avoir des visites mais qui sont encadrées", détaille Anne-Laure Lovato, qui dirige la maison de repos. Pour passer un moment avec un senior qui habite ici, il faut se tenir aux nouveaux horaires de visite : la semaine entre 13 et 17 heures. "Quand on accueille les visiteurs, on s’assure qu’ils portent un masque, qu’ils se désinfectent les mains, nous prenons leur température et nous nous assurons qu’ils sont dans la bulle des cinq", précise la directrice.


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Cinq personnes maximum et dans le respect des mesures sanitaires : nos aînés se plient aux mêmes règles que nous. Une situation que Francine observe d’un œil philosophe. "J’ai ma famille. En dehors de ça, les amis et tout ça, c’est pour plus tard", concède cette mamie de sept petits-enfants. Si elle veut un peu de réconfort auprès d’un proche, cette mamie de sept petits-enfants décroche son téléphone : "Comme ça je vis encore un peu avec eux donc c’est bien." Ses habitudes ont toutefois bien changé depuis la reprise de l’épidémie puisqu’elle est formelle, avant d’être interdite de sortie, elle s’adonnait à un bol d’air frais tous les jours.

L’ombre d’un reconfinement

La crainte d’être reconfinés plane au-dessus de la tête de tout le monde dans cette maison de repos. Tant le personnel que les résidents appréhendent une reprise de force de l’épidémie telle qu’on l’observe depuis plusieurs semaines. Il faut dire que lors du premier pic de l’épidémie, en mars dernier plusieurs décès ont été enregistrés ici. Aujourd’hui, ils sont 67 résidents à vivre avec les nouvelles règles de sécurité pour éviter d’autres drames. "Notre objectif premier par rapport à la première vague est de ne pas isoler les résidents dans leur logement mais de leur permettre une vie sociale normale au sein de la maison de repos", plaide Anne-Laure Lovato.

Il y a toujours une crainte que le virus rentre chez nous

Rien n’est toutefois garanti. "Le virus vient de l’extérieur de la maison de repos et pas de l’intérieur. Il y a toujours une crainte qu’il rentre chez nous", confie Virginie Engelen, ergothérapeute au sein de l’établissement. "On a déjà eu la première vague, il y a eu pas mal de restrictions dans les visites, les activités, la vie de la maison de repos en général. Les résidents ne se sont pas encore remis de la première vague que la deuxième arrive et donc ça fait peur à tout le monde." La directrice des lieux confirme que des "tensions" se font sentir parmi le personnel : "Un nouveau confinement, c’est notre plus grande crainte."


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Si pour l’instant "tout est comme avant", rien n’est certain pour l’avenir. Et si Maggy a peur, c’est justement car le virus, elle le connaît. "J’ai eu le corona mais je suis passée dessus, je ne sais pas comment, grâce à quoi", se souvient cette grand-mère dont le sourire transperce le masque qui lui cache la bouche. "On a de la chance, on peut encore participer aux activités et entre nous, on peut même ne pas porter le masque donc c’est génial. Ça nous aide à subir ce confinement qui s’annonce, on le sait."

S’adapter

"On a travaillé avec les résidents pour en faire des partenaires, qu’ils rappellent à leur famille l’importance du masque, on les a formés à se laver les mains et on leur explique pourquoi pour qu’ils se rappellent qu’ils sont un point essentiel dans la lutte contre le coronavirus", insiste Anne-Laure Lovato. Et si un confinement venait à être décrété pour les seniors qui résident ici, pas de problème pour l’équipe qui prend soin d’eux. "On adapte, on fait des Skypes, des appels en vidéoconférence pour qu’il y ait toujours un lien avec la famille", ajoute Virginie Engelen.

Alors pour éviter le pire, pas le choix. Ici comme ailleurs, l’heure est à l’adaptation. Pensionnaires comme personnel soignant se plient aux mesures imposées par les autorités compétentes. "Je crois que ce sera encore plus dur que celui de mars, surtout pour moi, prévient Maggy De Donder du haut de ses 90 ans. Mais il ne faut pas penser au passé et aller de l’avant alors dès que j’ai le blues, je prends mes jeux et en avant. On ne peut pas se laisser aller."

Maxime Fettweis avec Benjamin Carlier

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