Les Chinois veulent la Lune : "Ils ont déjà rattrapé leur retard sur les Américains"

Première partie de mission accomplie pour la Chine qui a réussi le décollage de Chang’e-5, sa sonde lunaire chargée de ramener des échantillons de notre satellite naturel.

Première partie de mission accomplie pour la Chine qui a réussi le décollage de Chang’e-5, sa sonde lunaire chargée de ramener des échantillons de notre satellite naturel. Cette prouesse n’a plus été effectuée depuis 1976.

La dernière mission en date a été réalisée par les Soviétiques. Si elle réussit cet exploit technologique, la Chine deviendra le troisième pays (après les Etats-Unis et l’Union soviétique) à rapporter des échantillons de la lune. Une prouesse technologique avant une autre bien plus ambitieuse, celle d’envoyer une mission habitée vers la Lune.

Aucune annonce fracassante de la Chine. La date précise du décollage n’était même pas donnée à la presse. Mais c’est bien dans la soirée d’hier que la fusée Longue Marche 5 et sa sonde lunaire Chang’5 ont décollé de la base spatiale de Wenchang.

Objectif : la Lune, cette fois pour y prélever des échantillons de son sol. Rappelons que ce n’est pas la première mission de la Chine vers la Lune. En janvier 2019, la Chine posait une sonde avec à son bord un petit rover et de nombreux instruments de mesure, pour la première fois sur la face cachée de la Lune.

Une technologie chinoise digne d’un James Bond

Cette fois encore, personne à bord mais une technologie imposante puisqu’elle pèse plus de huit tonnes. Elle est composée, tout d’abord, d’un ‘lander’ou atterrisseur Son bras robotisé ramassera des échantillons de sol, et une foreuse prélèvera des carottes jusqu’à 2 mètres de profondeur.

Une fois les échantillons pris (environ 2 kg), la partie supérieure de l’atterrisseur se détachera pour rejoindre l’orbiter (la partie de Chang’e 5 restée en orbite de la lune).

Une opération délicate, comme nous l’explique Christian Barbier, chef de projet au Centre spatial de Liège : "Ils réaliseront un arrimage dans l’espace, simplement à l’aide de pinces qui attacheront les deux modules. Les échantillons seront ensuite placés dans un container scellé pour éviter tout risque de contamination. Le module de l’atterrisseur sera ensuite éjecté et la capsule de l’orbiter atterrira en Mongolie. Si ça réussit, ce sera un sacré coup de maître de la part des Chinois."

Les échantillons lunaires pour dater notre système solaire

La mission a une grande importance scientifique comme nous le rappelle Ozgur Karatekin, ingénieur et planétologue à l’Observatoire royal de Belgique : "Ces échantillons sont essentiels pour nous permettre de comprendre la naissance et l’évolution de notre système solaire. La Lune et ses cratères sont comme du papier buvard ayant absorbé les différentes étapes de l’évolution du système solaire. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où trouver ces traces. L’atmosphère et l’érosion les ont effacées sur Terre. Sur la Lune, les cratères sont présents depuis des milliards d’années. Ils nous donnent de précieuses informations sur ce qui s’est passé. La Lune nous permet en quelque sorte de calibrer et dater l’histoire de notre système solaire."

Au-delà de l’aspect scientifique, la mission est très symbolique car si elle réussit, elle permettra à la Chine de devenir la troisième nation à rapporter des échantillons lunaires sur terre.

Christian Barbier est un observateur très attentif du programme spatial chinois et pour lui c’est un déploiement tous azimuts : "Ils ont lancé une sonde vers Mars, des satellites d’observation de la terre et un projet de vol habité va commencer l’année prochaine avec le lancement d’une station orbitale concurrente de l’ISS (ils ne font pas partie des missions ISS). Ils ont un programme lunaire très actif. A terme, ils veulent lancer une mission habitée vers la lune."

De l’hélium 3 sur la lune, un carburant précieux dans la course de l’espace

Les roches lunaires pourront peut-être les aider à établir leur base lunaire dans le futur car elles contiennent de l’hélium 3 qui permettra à terme de fabriquer du carburant et générer de l’énergie à la fois pour la base mais aussi pour des missions spatiales plus lointaines.

Les Occidentaux ne sont pas très ouverts à une collaboration avec la Chine. Résultat, la Chine a désormais, largement rattrapé son retard sur la Nasa. Comme nous le fait finement remarquer Christian Barbier : "Il y a un milliard de personnes en Chine. Les Chinois ont d’abord ramené le know-how en Chine. Aujourd’hui, ils sont au niveau des Américains. Ils bénéficient d’un programme militaire stratégique à financement illimité. En Chine, des dizaines de milliers d’ingénieurs sortent des universités. Ils constituent une ressource incroyable pour le programme spatial chinois."

La course à l’espace dans le futur, c’est certain, ne se fera pas sans un sérieux concurrent qui s’appelle la Chine.

Journal télévisé 26/01/2020

Les Chinois visent aussi la planète Mars.

Lucie Dendooven

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