Les boîtes de nuit rouvriront-elles un jour ?

Les discothèques sont de véritables casse-têtes pour celles et ceux qui réfléchissent actuellement au déconfinement.

Les gérants de ces établissements ne se font guère d’illusion. Ils savent qu’ils feront partie des derniers à pouvoir rouvrir, s’ils survivent d’ici-là !

Les boîtes de nuit, c’est la crise dans la crise !

Le secteur était déjà en perte de vitesse depuis quelques années. Changement des mœurs et concurrence des festivals en sont les principales causes. De 544 discothèques en 2008 en Belgique, on n’en comptait déjà plus que 398, dix ans plus tard. Parmi celles qui tenaient encore le coup, nous en avons contacté quelques-unes pour savoir comment elles faisaient face à ce énième coup dur.

Le problème, c'est que les discothèques ont généralement de lourdes charges à assumer, contrairement à leurs petits frères, les bars, cafés et bistrots, peu importe qu’elles soient ouvertes ou fermées. Face à la crise sanitaire, les risques sont donc plus grands. Thierry Neyens, président de la fédération Horeca Wallonie qui reprend entre autres sous sa coupole les discothèques, nous l’explique : " Le problème, c’est qu’il y a en plus des frais, des loyers qui coûtent parfois près 10.000 euros par mois. Donc, en étant ouvert deux jours ou trois soirs par semaine il leur faut de très grosses soirées pour couvrir les frais en temps normal. Et donc, avec une fermeture complète, dès lors qu’il n’y a pas d’accord, pas de suppression de loyer, pas de geste de la part du propriétaire, il y a une fragilité financière et tôt ou tard, le risque d’être dénoncé pour non-paiement avec l’incidence que l’on connaît. "

Arnaud Sablon, le gérant du Lindbergh Club, discothèque située à Couvin, n’en est heureusement pas encore là. Mais alors que les rentrées sont nulles, il doit assumer des dépenses, elles, elles sont toujours bien présentes. " On a des charges fixes qui représentent plusieurs milliers d’euros. L’avantage qu’on a, c’est qu’on avait fait une bonne saison. On est en train de vivre sur les bonnes soirées qu’on venait de faire. Il ne faut pas que ça s’éternise, ça, c’est clair ! "

Marc Ronveaux, exploitant de la discothèque Le Moulin de Solière et du bar dansant L’O-Zone vit plus difficilement encore cette situation : " C’est un coup moralement et financièrement. On venait de se lancer dans des investissements. On a toujours des charges à payer. On se pose beaucoup de questions. Je crains pour la survie de mes établissements, à long terme parce que les charges sont énormes. "

 

Une fermeture à durée indéterminée

Les discothèques comptent déjà deux mois de fermeture. Elles pourraient devoir encore attendre quatre, cinq, six mois, voire plus avant de pouvoir rouvrir. " On est en attente de ce qui va se décider. Dans les médias, on parle de la réouverture des restaurants. On parle de la réouverture des cafés. Des discothèques, on n’en parle pas. " regrette Arnaud Sablon, gérant du Lindbergh Club.

Thierry Neyens, président de la fédération Horeca Wallonie est tout autant dans le flou : " Dans certains secteurs, on n’a pas de vision. Même dans l’horeca, on n’a pas de vision. Le 8 juin est une date qui est annoncée à la grosse louche. Le secteur ne rouvrira pas le 8 juin. Ce sera après le 8 juin. " Après le 8 juin pour les restaurants, alors pour les discothèques qui peuvent accueillir plusieurs centaines de personnes, ce sera encore bien plus tard. Après le 31 août, si elles sont regroupées avec l’événementiel ?

Le souci avec les boîtes de nuit, c’est leur grande capacité d’accueil (d’une centaine à plus de mille personnes, parfois). Une idée parmi d’autres serait alors de limiter le nombre de personnes admises à l’intérieur, un peu à l’instar des supermarchés. Ce serait une mesure plus simple que la distanciation sociale ou le port du masque, règles compliquées à faire respecter. " Au lieu d’accueillir 800 personnes, c’est de dire, tu peux rouvrir, mais tu ne peux en avoir que 3-400 dans la discothèque. La distanciation sociale est compliquée dans le milieu de la nuit. Une fois que les clients auront pris un verre, vont-ils respecter cette distanciation sociale ? " s’interroge Marc Ronveaux, exploitant du Moulin de Solière.

Pour rouvrir, il faut un nombre minimum de personne, en deçà duquel l’ouverture n’est pas rentable.

Peu importent les mesures qui seront imposées, le secteur insiste surtout sur le besoin vital d’une aide substantiel : " Il faut des mesures de soutien qui permettent de garantir une viabilité. Si on dit : "Rouvrez la discothèque dans trois mois ! Rouvrez, mais vous ne pourrez mettre que x personnes au mètre carré !" Mais avoir une discothèque qui accueillait mille personnes où il n’y en a que cinquante… C’est une aberration. " juge Thierry Neyens.

Mesures à appliquer, date de réouverture, mesures de soutien, survie ?

On est dans l’inconnu par rapport à notre futur comme on ne l’a jamais été !

Jamais sans doute, les gérants de discothèque ne s’étaient retrouvés dans une situation aussi instable, aussi incertaine et aussi floue. " Moi, c’est la première fois de ma vie, cela fait trente ans que je suis dans le milieu, je n’ai jamais connu ça. On est à l’arrêt total. On attend le " Go " du gouvernement pour pouvoir redémarrer la première soirée et si ça dure jusqu’au mois d'octobre ou novembre, on a intérêt à supprimer la TVA pour les indépendants, sinon, on ne tiendra pas le coup. C’est clair que tout le monde ne pourra pas tenir le coup, que ce soit dans le milieu horeca ou événementiel. " témoigne Marc Ronveaux.

Même après la réouverture autorisée des discothèques, leur avenir n’est pas garanti. Certains craignent un nouveau changement des mentalités et des comportements sociaux. "Sortir en boîte", dans un lieu confiné où l’on ne peut se tenir à une distance sécurisante des autres, pourrait être considéré comme trop risqué. C’est de l’ordre du possible : le coronavirus pourrait bien donner le coup de grâce à un secteur (Ou tout le moins à une partie) déjà bien affaibli qui pourtant dans les années 80 et 90 faisait la réputation de la Belgique à l’étranger.

Valéry Mahy

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