Le seul centre de suivi des délinquants sexuels à Bruxelles est en faillite virtuelle

Quel est le suivi des délinquants sexuels en Belgique? La lettre des parents de Julie Van Espen au monde judiciaire et politique relance le débat.

Quel est le suivi des délinquants sexuels en Belgique? La lettre des parents de Julie Van Espen au monde judiciaire et politique relance le débat. Neuf mois après l'assassinat de leur fille par un violeur récidiviste, ils réclament plus de moyens pour la justice et proposent une série de réformes, au premier rang desquelles le suivi thérapeutique obligatoire pour les délinquants sexuels. Pour en parler, sur le plateau de CQFD, deux invités: Jean-François Funck, juge au tribunal de l'application des peines, et Michèle Janssens, psychologue et psychothérapeute, coordinatrice du Centre d'Appui Bruxellois (CAB).

Un suivi thérapeutique volontaire

Il n'y a pas de suivi thérapeutique obligatoire pour les délinquants sexuels aujourd'hui. Mais il existe plusieurs propositions de loi à l'étude pour l'imposer pendant et au-delà de la peine. Actuellement, ce suivi se fait donc sur base volontaire. Et certains condamnés préfèrent purger toute leur peine, pour éviter d'être obligés de suivre des thérapies, comme c'est le cas lors d'une libération conditionnelle. Au final, de nombreux détenus délinquants sexuels échappent ainsi à ce suivi.

"Il y a beaucoup de délinquants sexuels qui ont une guidance et un suivi", assure Michèle Janssens, "mais il peut y avoir des récidives, et le risque 0 n'existe pas". Et le fait que ces suivis ne soient possibles que quand la personne demande une alternative à la détention est problématique, "car ces suivis ne se font ni détention, ni après que la personne ait purgé sa peine", déplore-t-elle.

Moitié moins de récidives quand il y a un suivi

La coordinatrice du Centre d'Appui Bruxellois explique qu'il y a différents types de délinquants sexuels et que cela cela soigne: "ça peut être une pathologie mentale, une déviance sexuelle , comme la pédophilie. Ça peut aussi être une psychose, une déficience intellectuelle, des carences dans l'enfance, une immaturité, des problèmes de personnalités. C'est une population très hétérogène". Leur suivi thérapeutique consiste à éviter le passage à l'acte et à la récidive, et permet donc de protéger les victimes potentielles. "On estime que le taux de récidive diminue de moitié quand il y a une prise en charge thérapeutique: il passe de 17% à 8% de récidive", précise encore la psychologue.

"Il y a beaucoup de dénis dans la délinquance sexuelle", poursuit Jean-François Funck, "et dans ces cas-là, nous n'allons pas libérer conditionnellement, et le détenu ira à fond de peine. Et il faut bien comprendre que quand nous décidons d'une libération conditionnelle, nous n'imposons pas le suivi thérapeutique de manière unilatérale, le détenu doit y adhérer, faute de quoi ce suivi sera illusoire [...] C'est un réel problème". Ces cas spécifiques ne peuvent-ils pas, dès lors, faire l'objet d'un signalement? "Les juges qui constatent, dans une affaire ultérieure, que le condamné est précédemment allé à fond de peine doivent effectivement être attentifs", reconnaît le juge.

"Imposer un suivi est très difficile, les équipes spécialisées peuvent le refuser", observe Michèle Janssens, "notre travail au CAB est d'ailleurs aussi d'essayer de motiver les délinquants à suivre un traitement. Dans certains cas, on peut arriver à leur faire reconnaître qu'ils ont des choses à travailler et à améliorer". "C'est bien le suivi en détention qui est problématique", répète le juge Funck, "et il n'y a quasiment rien aujourd'hui [...] Le manque est flagrant". 

Si nous fermons, il n'y aura plus de suivi des délinquants sexuels à Bruxelles

De qui se moque-t-on?

On parle souvent dans l'actualité du sous-financement de la justice. Le témoignage que nous livre Michèle Janssens sur les conditions dans lesquelles le Centre d'Appui Bruxellois mène sa mission est édifiant: "Nous avons le même budget depuis 10 ans pour traiter, actuellement, 400 dossiers de justiciables par an. Avec 150 nouveaux mandats judiciaires annuels. Et nous avons une équipe constituée de deux psychologues à mi-temps, une coordinatrice et une secrétaire. Nos subsides plafonnés ne couvrent même plus les frais de personnel de ce cadre. Nous avons dû changer de locaux plusieurs fois, nous sommes aujourd'hui quasi dans une cave dont les charges ne sont même plus payées par le SPF Justice".

"On tombe de sa chaise", réagit Jean-François Funck, "quand le ministre de la Justice Koen Geens dit qu'il faut refinancer la justice, ayant lui-même été ministre de la Justice pendant 5 ans... De qui se moque-t-on?".

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

Catherine Tonero

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