Mons 7000

Le patrimoine, toute une histoire: La Maison Losseau, du joyau Art Nouveau à Rimbaud

A un jet de pierre de la Grand Place de Mons, la Maison Losseau, propose un voyage dans le temps. Un retour à la fin du 19e entre Art Nouveau, cabinet des curiosités et littérature symboliste.

Un joyau de l’Art Nouveau

Si de l’extérieur la maison Losseau est relativement simple, avec sa façade blanche néo-classique, l’intérieur est tout autre! Le bâtiment date du 18e siècle mais fût complètement transformé par Léon Losseau à l’aube du 20e siècle selon les goûts de l’époque.

Il s’adressa ainsi en 1899 à Paul Saintenoy, un célèbre architecte influencé par Victor Horta et Paul Hankar, les chefs de file de l’Art Nouveau. Il réalisa d’ailleurs la même année les fameux magasins Old England au Mont des Arts à Bruxelles, dans un style Art Nouveau flamboyant.

Paul Saintenoy sera donc l’auteur des plans de " réappropriation " du bâtiment. Il va être attentif au mode de vie de son commanditaire et à ses choix.

La maison se verra dotée de toutes les innovations de l’époque : électricité, chauffage central à vapeur fonctionnant au charbon, châssis à guillotine électriques, ascenseur privatif, radiateurs chauffe-plats, dalles de sol en verre, etc.

Le chantier de rénovation durera plus de 10 ans, et de nombreux métiers et artisans y seront associés. Des plans dessinés par les architectes/ décorateurs Henri Sauvage, Charles Sarazin et Louis Sauvage, naîtront nombre de réalisations uniques que l’on peut encore admirer aujourd’hui : parquets et mosaïques de marbre aux motifs exclusifs, lambris et mobilier en bois précieux ornés de bronze, staffs et pochoirs rehaussés d’or, vitraux et pâtes de verre multicolores. Ces décors seront réalisés par les meilleurs artistes et artisans : les ateliers de Raphaël Evaldre, Henri Pelseneer, Emille Gallé, la Manufacture Daum.

Léon Losseau, l’amateur éclairé

Léon Losseau est né à Thuin, en 1869 au sein d’une famille fortunée. C’est son père, Charles Henri Losseau qui en 1873 fait l’acquisition d’une maison située rue de Nimy, qui deviendra un peu plus d’un quart de siècle plus tard le prestigieux hôtel de maître actuel.

Léon Losseau étudiera à l’Université de Liège et deviendra Docteur en Droit et en Sciences Politiques. Il sera membre du Barreau de Mons mais plaidera finalement très peu d’affaires, se consacrant davantage à ses activités intellectuelles et multiples passions. Parmi ses nombreux centres d’intérêt, la bibliophilie l’a amené à constituer une bibliothèque de plus de 100000 ouvrages.

La photographie est une autre activité que Losseau affectionnait particulièrement, comme de nombreux bourgeois de son époque.

L’avocat montois fut un membre très actif de nombreuses sociétés savantes et artistiques. Il conçu sa demeure comme un foyer de développement intellectuel, scientifique et artistique. Il noua des liens fidèles avec de nombreuses figures du monde intellectuel de l’époque comme Raoul Warocqué ou Paul Otlet à qui on doit notamment l’invention de la Classification Décimale Universelle, le répertoire international de Bibliographie toujours utilisés aujourd’hui.

L'affaire Arthur Rimbaud

Si sa bibliothèque comportait essentiellement des ouvrages juridiques, Losseau était aussi un grand amateur de littérature et de poésie. C’est ainsi qu’en 1901 alors qu’il se rend chez un imprimeur (J. Poot) rue aux choux à Bruxelles, il fait la découverte de l’édition originale d’Une Saison en enfer d’Arthur Rimbaud que l’on croyait détruite.

Dans le grenier de l’imprimeur, Léon Losseau tombe sur une caisse remplie d'ouvrages originaux d'Arthur Rimbaud datés de 1873. Il s’agissait d'Une Saison en Enfer, un recueil de poèmes en prose, un des chefs-d’œuvre de la littérature.

Une Saison en enfer est la seule œuvre dont Rimbaud lui-même avait entrepris la publication. Il distribua quelques exemplaires à ses amis dont Verlaine. Mais " quelques jours après avoir reçu avis de l'éditeur, il se fit remettre ce qu'il croyait être la totalité des exemplaires et brûla tout " ! rapporte sa sœur Isabelle Rimbaud en 1892. Paterne Berrichon, son beau-frère et l'éditeur affirma aussi que Rimbaud avait détruit l’ensemble.

En fait, il semblerait que Rimbaud n'ait jamais payé ces impressions et que l'imprimeur conserva l’ensemble. Léon Losseau a alors acheté près de 425 exemplaires (certains étaient trop détériorés) et en a donné à de nombreux amis.

Cette découverte eut un fort impact dans le milieu littéraire international puisqu’on pensait cette œuvre détruite par l’auteur, ajoutant encore à l’image du poète romantique et maudit.

Aujourd'hui, la Maison Losseau conserve quelques exemplaires de cette édition originale. D’ailleurs une salle d'exposition est entièrement consacrée à cette affaire que l'on nomme " l'affaire Arthur Rimbaud ".

Patrimoine exceptionnel de Wallonie

Avant sa mort, Losseau a souhaité pérenniser l’oeuvre de toute sa vie, sa maison ! Une Fondation a été créée en 1952, à ce jour propriétaire des lieux. Cette Fondation a confié la gestion de l’héritage à la Province de Hainaut.

Longtemps fermé, puis inscrit sur la Liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie, l’hôtel de maître a fait l’objet d’un important travail de restauration et de mise en valeur. Ses salles sont à nouveau, depuis septembre 2015, accessibles au public, un secteur Littérature a été développé. Aujourd’hui la Maison Losseau propose un ambitieux programme de manifestations touristiques et culturelles.

Plus d'information sur la Maison Losseau et son agenda ici

 

La maison Losseau en rénovation

Juliette Patriarche