Le gouvernement demande votre avis sur la transition écologique

Seriez-vous prêt à opter pour une voiture moins polluante et à diminuer votre consommation d’énergie ? Voulez-vous plus d’éoliennes à la côte ? Le gouvernement fédéral sortant lance une consultation publique ce mardi.

Seriez-vous prêt à opter pour une voiture moins polluante et à diminuer votre consommation d’énergie ? Voulez-vous plus d’éoliennes à la côte ? Le gouvernement fédéral sortant lance une consultation publique ce mardi. L’idée est d’évaluer ce que chacun est prêt à faire à son niveau pour la transition énergétique. Est-ce finalement bien utile ? Nicolas Van Nuffel, président de la Coalition Climat, était l’invité de Jour Première ce mardi.

Demander l’avis des citoyens pour amorcer la transition écologique est-il une bonne idée ? "Je pense qu’il nous faut un grand débat sur le climat, confirme Nicolas Van Nuffel. Mais comment mène-t-on ce débat ? Le questionnaire est sorti ce matin et on n’y a pas eu accès à l’avance, donc je n’ai pas encore vu la liste complète des questions, mais notre impression est qu’il y a une série de questions assez fermées qui posent des questions plus individuelles. Or on doit aborder la question du climat de façon globale. C’est donc très bien de faire un questionnaire en ligne pour consulter la population, mais je pense qu’il va nous falloir un débat beaucoup plus large", déplore-t-il.

Faut-il y déceler une réponse aux marches pour le climat ? Certainement pas. Il s’agirait en fait d’une exigence de la Commission européenne. "Tous les États membres de l’Union européenne doivent établir leur plan climat, et dans ce cadre-là, on leur demande de consulter leur population. Ce n’est donc pas une initiative qui est prise par nos ministres. Mais peu importe d’où ça vient, c’est quand même intéressant qu’on puisse lancer ce débat."


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Cette consultation des citoyens européens devrait durer jusqu’au 15 juillet. Entre les déclarations fiscales, les examens et les départs en vacances, le délai peut sembler assez court. "Mais ça ne nous empêche pas de penser qu’il faut que nous participions, insiste Nicolas Van Nuffel. C’est une possibilité pour chacun d’entre nous de donner de la voix, de faire entendre le message, au-delà des questions précises qui sont posées, qu’on a voulu faire entendre dans la rue, qui est de dire que le climat n’est pas un sujet de débat. Aujourd’hui, les scientifiques nous disent très clairement que le réchauffement ne doit pas dépasser 1,5 degré et que pour ça il faut que l’Union européenne rehausse ses ambitions et que la Belgique rehausse ses ambitionsC’est l’occasion de dire clairement qu’on veut une vision politique à long terme. On ne peut pas séparer l’économique, le social et l’environnemental aujourd’hui", poursuit-il.

Scores inquiétants au nord du pays

En ce qui concerne les résultats des élections du 26 mai dernier, Nicolas Van Nuffel se montre naturellement inquiet : "La N-VA, parti qui a freiné les ambitions climatiques pendant les cinq dernières années, fait partie des grands perdants de cette élection, mais elle se sert de l’extrême droite comme un marchepied pour se rendre incontournable en Flandre. On doit donc tenir compte de ce contexte-là, met-il en garde. Ça ne doit en tout cas pas empêcher, au moins au niveau des Régions bruxelloise et wallonne, d’avoir une réelle ambition et de se préparer".

Quelle que soit l’issue des négociations, il est certain qu’une grande partie des mesures environnementales relèveront de compétences régionales. Nicolas Van Nuffel rappelle en outre que les lignes de conduite seront définies par l’Union européenne. Pour lui, le jour viendra où des décisions "vont s’imposer quoi qu’il arrive", prévient-il.

Le WWF pas convaincu par le timing pour la consultation publique

"On regrette le manque de sollicitation de la société civile et des experts", nous explique-t-on au WWF. "Le gouvernement fédéral a tardé à lancer cette consultation. Il devait le faire au premier trimestre 2019. Il a donc 3 mois de retard par rapport au calendrier fixé par la Commission européenne. Nous regrettons des propositions vagues, un manque de coordination entre le fédéral et les régions et une quasi-absence de communication autour de ce questionnaire". L’organisation de protection de l’environnement espère malgré tout que les citoyens seront très nombreux à participer à la consultation. "Certaines questions nous semblent pertinentes. C’est le cas de la question sur les incitants à la mobilité douce et à l’isolation des logements. En revanche, d’autres nous apparaissent simples voire simplistes. Demander aux Belges s’ils trient leurs déchets permettra-t-il d’adopter des mesures fortes pour réduire les émissions de C02 d’ici 2030 ? Nous en doutons", conclut Jessica Nibelle, la porte-parole du WWF Belgique.

"Une méthode digne du 19e siècle"

La manière fait l’objet de critiques également. Le mode de "consultation publique en ligne" tel qu’il est utilisé dans ce cas-ci fait réagir Cédric Chevalier, économiste de l’environnement. "Ce Plan Energie-Climat est de la plus haute importance pour la prospérité des Belges, et il est notoirement en dessous de ce qu’on est en droit d’attendre d’un gouvernement sérieux. L’énergie sous-tend tout notre mode de vie, toute notre économie. La 'méthode de consultation' est scandaleuse car elle prive les Belges d’un débat de société existentiel et urgentissime : quelle énergie compatible avec la Terre, son climat et la prospérité humaine ? C’est affligeant car la connaissance moyenne de l’enjeu technique et social de l’énergie est trop faible : un débat sérieux aurait pu éclairer les gens pour prendre les décisions qui s’imposent."

Pour ce fonctionnaire de l’environnement qui se sent par ailleurs à titre privé tout à fait concerné par l’enjeu, le gouvernement aurait pu opter pour un autre mode de consultation. "Je pense qu’au XXIe siècle, on peut bénéficier d’au moins 25 ans d’expérience citoyenne et politique en démocratie participative, et des tas d’outils techniques et méthodes de participation large pour faire émerger l’opinion citoyenne éclairée, même sur les enjeux les plus complexes. Ici, on fait de la 'consultation' à la mode XIXe siècle. C’est le minimum légal sur l’échelle de la participation. C’est presque criminel vu l’enjeu climatique car on va avoir besoin d’une mobilisation inédite de la société pour réduire les émissions de 55% en dix ans". Et ce citoyen engagé de conclure : "Ce n’est pas comme ça qu’on va éclairer et mobiliser les citoyens". Le taux de participation et la compilation des réponses nous diront s’il avait raison.


►►► Répondez au questionnaire public sur la transition écologique


 

Julien Covolo avec RTBF La Première

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