Le dégoûté et les dégoûtants

Un ministre du gouvernement de la Communauté Germanophone a décidé de quitter la politique.

Non seulement, Harald Mollers, ministre Pro-DG (autonomiste germanophone) annonce renoncer à son poste de ministre de l’enseignement mais également il quitte le monde de la politique. En cause, les mises en cause gratuites, les allégations blessantes, les insultes à répétition et même les menaces à l’égard de lui-même, de sa famille et de ses jeunes enfants. Dégoûté.

Violence

Dans la politique, quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera plus que les dégoûtants. La formule de feu le Premier Ministre, président du PSC, Paul Vanden Boeynants (1919-2001) est connue. Et l’homme connaissait les turpitudes et vicissitudes de la vie politique (euphémisme) !

La phrase date quelque peu mais elle résonne curieusement plusieurs décennies plus tard. Le fossé a rarement été aussi grand (et violent) entre une large partie des citoyens et la " classe politique ". Il faut remonter au XIXème siècle ou aux années 30 pour retrouver une telle violence qui n’avait plus cours sous nos latitudes depuis une cinquantaine d’années. Il faut remonter aux années 50 et 60 pour retrouver de la violence politique qui était alors même physique, comme lors de la Question Royale, la Guerre Scolaire ou les différends communautaires.

Cette fois, cette violence est devenue bien plus insidieuse et touche de plus toutes les démocraties en même temps, des Etats-Unis à l’Europe Centrale.

Proximité sociale

Le geste posé par Harald Mollers se situe dans un contexte. L’homme semble à la fois victime des réseaux sociaux mais aussi de la proximité.

La Communauté Germanophone représente 78.000 habitants, soit l’équivalent d’une ville comme Hasselt, un peu moins qu’Uccle ou La Louvière. Tout le monde connaît tout le monde, ou presque. Lors des dernières élections communales, nombreux étaient les bourgmestres, et essentiellement dans les petites ou moyennes entités, à hésiter à se représenter tant la violence d’expression de certains administrés devenaient insupportables, tant l’agressivité prenait le pas sur le débat.

D’autres personnalités ont préféré se retirer (Melchior Wathelet, Inge Vervotte, Laurette Onkelinx, Emily Hoyos, etc.). L’actuel ministre Philippe De Backer ne s’est pas représenté au dernier scrutin et aspire à retrouver le privé. Patrick Dupriez est parti. Zakia Khattabi a essayé. Chacun a ses raisons.

Chez nous, le Vlaams Blok (devenu Belang) a été le premier à changer les codes. A sa manière, la N-VA a amplifié le mouvement ; parti démocratique à exploiter systématiquement le " eux " (wallons, gauchistes, migrants, écologistes, chômeurs, étrangers, etc.) contre " nous ". L’autre ne devient plus alors le partenaire potentiel avec qui rechercher un consensus, un sens commun, mais l’adversaire à abattre en commençant par le dénigrer avant de le nier.

Ajouter à cela la crise de confiance envers le politique. Et ce dernier a aussi sa part de responsabilités. Longtemps (et cela dure encore çà et là), il s’est présenté comme celui qui pouvait apporter la solution à tous les problèmes. Différentes crises sont ensuite passées par là. Et le personnel politique s’est retrouvé démuni, de plus, en Belgique, infoutu de former un gouvernement dans un délai décent, de tenir des engagements.

Face à la crise de confiance et devant la complexification extrême des enjeux et des institutions, le simplisme des réseaux est devenu le défouloir sans filtre de toutes les frustrations. Aujourd’hui, à certains égards, Facebook est devenu le principal challenger de la démocratie parlementaire classique. Notre société ne fera pas marche arrière. Il y a un nouveau " vivre ensemble " à bâtir.

Il faut le répéter : faire de la politique reste une fonction noble. La démocratie est à ce prix.

Pendant ce temps, du côté d’Eupen, un homme de 42 ans et sa famille vont tenter de passer à autre chose, de tourner la page de la politique poisseuse.

@PhWalkowiak

Philippe Walkowiak

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