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Le 19e numéro de Médor sort ce vendredi 5 juin : "ça a été très sport pour boucler le tout, mais le numéro est imprimé et sera bien distribué"

La crise du coronavirus est un vrai problème pour la presse indépendante. Mais le mook Médor tient bon et sort son 19e numéro.

Malgré les audiences historiques dues à la crise, les médias francophones belges subissent de plein fouet la période coronavirus. Si les gros médias ont déjà du mal, le secteur des médias indépendants peinent aussi. Chez Médor, "83% de nos points de vente ont été contraints de fermer. La perte estimée de nos recettes se situe, elle, autour des 18 000€, soit 5 à 10% de notre chiffre d'affaires annuel. Attention que cela reste un calcul théorique, car nous n'avons pas encore établi les facturations liées au numéro 18, puisqu'il est toujours en vente" commence Tiffany Lasserre.

Si la chute des points de vente est importante, il y a quand même eu des nouvelles rassurantes comme nous le confirme Tiffany, responsable de la communication du magazine : "On a par contre augmenté nos abonnements de 20% par rapport à l'année dernière. Notre démarche journalistique est bien vue et donc les gens se sont abonnés. Et puis au niveau des ventes en ligne, on a aussi vu une augmentation. On a envoyé entre 20 et 30 exemplaires par semaine."

Et puis l'autre bonne nouvelle pour Médor, c'est que le modèle du magazine est suffisamment bien pensé pour ne pas devoir trop s'inquiéter en ce moment. "On a peu de publicités dans le magazine. La pub ne rentre pas dans notre modèle. Chez nous, ce sont les abonnements qui financent et l'argent du capital des coopérateurs. Maintenant, il ne faut pas croire que tout est rose. Cela reste un travail acharné de tous les jours, mais on sait payer notre équipe éditoriale." Avec 3100 abonnés actuellement, Médor veut continuer à grandir et atteindre les 3600 avant la fin de l'année. Le but du Mook est de retrouver l'équilibre en 2023.

Un numéro 18 déjà programmé, le suivant plus difficile à organiser

Avec la crise du Covid-19, imprimer un magazine n'est vraiment pas évident. Le numéro 18 de Médor n'a cependant pas connu trop de difficultés car il était déjà prêt à être distribué.

Seul souci, la fermeture des points de vente du magazine qui a obligé Médor à revoir sa stratégie. D'ordinaire, si Médor ne vend pas son dernier numéro via son site Internet, c'est parce qu'il souhaite avoir une collaboration importante avec les libraires : "On vend le numéro actuel sur le site, en accord avec les points de vente pendant la crise. Le but est de ne pas leur faire de la concurrence. Et depuis qu'ils ont rouvert, le numéros 18 est retiré du site. On a aussi décidé de mettre en place une offre spéciale pour les gens qui achètent le numéro 18 via un accès gratuit sur le site web et la librairie a une remise supplémentaire. Ça permet de se soutenir en ce temps de crise", continue la responsable de la communication de Médor.

Par contre, pour le numéro 19, les difficultés ont été plus importantes : "on a expérimenté le bouclage confiné. Ça n'a pas été évident, mais on a réussi à tenir les délais."

A côté du bouclage réussi, Tiffany souligne aussi le professionnalisme des journalistes : "Ça n'a clairement pas été une période facile pour eux aussi. Entre devoir gérer les enfants, le travail et boucler les articles, ils s'en sont sorti assez bien. Les enquêtes étaient déjà bien lancées et avancées pour ce nouveau numéro."

Une campagne de soutien aux libraire et une recherche de fonds pour le magazine

Les prochains mois seront importants pour Médor. Tout d'abord, le magazine s'apprête à fêter ses 5 ans. Il faut penser au futur. Depuis quelques semaines, Médor a lancé une levée de fond, car le magazine trimestriel d'investigation prévoit d'augmenter son lectorat en élargissant les horizons socio-culturels et géographiques. "C'est la deuxième phase pour soutenir les investissements liés à l'offre éditoriale qui a presque doublé. On doit lever 300 000 euros. On a déjà réussi à avoir 65000 euros en 2019, et cette année, on vise les 85 000 euros."

Concrètement, pour participer à l'aventure Médor, chaque personne physique ou morale peut prendre une ou plusieurs parts de la coopérative à 20 euros.

Et puis, le magazine veut continuer à soutenir les librairies et ses points de vente : "Pour nous indispensable. On estime que les commerces de quartiers sont indispensables au fonctionnement de la société. Après, on constate des faillites des partenaires, car aujourd'hui c'est très compliqué de s'en sortir. A ces points de vente, on met des nouveaux partenariats sur des points de ventes type culturel. Notre réseau s'agrandit. On diversifie pour avoir des ventes à la pièce. On sait que les librairies vont diminuer d'année en année. Mais c'est important de les soutenir, encore plus pendant cette période."

Le numéro 19 de Médor sort ce vendredi 5 avril. Pour trouver un point de vente près de chez vous, c'est par ici.

 

Pierre Lambert