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La photo virale d'un policier bruxellois aidant une dame à traverser : "Merci pour toutes ces réactions, j'ai fait ce qu'il fallait faire"

Deux photos devenues virales.

Depuis quelques jours, l’image de ce policier aidant une dame à traverser la rue, tout en portant son sac, tourne sur les réseaux sociaux. Des partages accompagnés de messages majoritairement positifs, dans un contexte souvent de crispation entre une partie de la population et les forces de l’ordre. Ici, ce n’est pas une bavure qui est mise en avant, mais le geste bienveillant d’un représentant des services publics.

J’ai pris connaissance de ces photos via mes collègues

Ce policier, c’est Philippe, bientôt 54 ans, qui travaille au sein de la Direction Trafic de la zone Bruxelles-Capitale-Ixelles. Il n’ignore pas les commentaires sur Facebook, Twitter ou Instagram que sa conduite a suscités. "J’ai pris connaissance de ces photos via mes collègues. Je ne suis pas aussi fréquemment sur les médias sociaux que mes collègues plus jeunes que moi", raconte l’agent à la RTBF.

Les faits se passent lundi. Philippe et son collègue sont à bord de leur véhicule. Nous sommes avenue de la Reine, devant le parvis de Notre-Dame de Laeken. "Nous étions de patrouille pour un service classique. Une fois arrivé sur place, j’ai remarqué une dame qui avait difficile à traverser, on voyait qu’elle avait peur. La phase de feu vert n’était pas assez longue pour elle. La circulation était dense à ce carrefour", se souvient Philippe qui décide d’immobiliser immédiatement sa camionnette de police, devant le passage-piétons.

"J’ai bloqué la circulation. Je suis comme je suis et comme la plupart de mes collègues. J’ai aidé la dame à traverser. Je voyais aussi que son sac de courses pesait lourd. Je l’ai aidée à le porter pour que ce soit plus facile pour elle."

La traversée prend quelques secondes. Pour certains automobilistes, cela peut paraître une éternité. Souvent, les nerfs peuvent lâcher. "J’ai eu une bonne coopération des autres automobilistes. Il n’y avait aucun souci. Personne n’a klaxonné, n’a réclamé."

Les conducteurs et conductrices ont commencé à applaudir

Mieux : sur le moment, la scène suscite immédiatement des réactions positives. "Ce qui m’a fait très chaud au cœur, c’est qu’une grande quantité de conducteurs et conductrices ont commencé à applaudir, quand la dame avait rejoint l’autre trottoir. Ils ont crié de manière positive, s’adressant à mon collègue et à moi pour nous féliciter. Cela fait 16 ans que je suis à la police de Bruxelles. Et cela fait chaud au cœur. On côtoie chaque jour la misère humaine. Cette misère, on l’oublie quand on reçoit des félicitations de notre population, des usagers de la route, quand il s’agit d’un petit geste. C’est un petit geste qui prend aujourd’hui une ampleur positive sur les réseaux sociaux."

Philippe ignorait qu’il avait été photographié par un quidam, qui a décidé de poster les photos sur les réseaux. "J’ai l’habitude d’être filmé, photographié. Cela fait partie de notre société. Mais j’ai fait ce qu’il fallait faire. C’est ce que la population attend de nous, les policiers. Il y a beaucoup de citoyens qui auraient fait la même chose. Il ne faut pas être policier pour cela. Je remercie d’ailleurs tous ces anonymes qui aident au quotidien les personnes moins mobiles."

Notre policier le répète : il n’a fait que son travail, son devoir. Une évidence. Souligner son geste, cela n’a pas de sens, estiment certains sur les réseaux sociaux, car il ne faudrait pas que cet événement masque des frictions récentes. Récemment, un syndicat de police, la CGSP, a décidé de dénoncer publiquement les violences policières. Des mineurs ont porté plainte pour coups et blessures contre des forces de l’ordre suite à une manifestation fin janvier. Récemment, la DH révélait la vidéo de deux policières proférant des insultes racistes dans les rues d’Anderlecht.

Aider une dame à traverser, "c’est ce que les gens attendent de nous", reconnaît humblement Philippe. "Et je vous assure : la plupart des policiers ont ce même investissement que moi. On a cette vocation ou on ne l’a pas. Je ne dis que nous posons ce type de gestes au quotidien. Il faut que cela se présente. Mais quand nous sommes devant une école, que des classes doivent traverser, des personnes âgées, on s’arrête évidemment. J’ai été éduqué ainsi aussi."

La population a encore confiance en nous

"Les félicitations en général, nous font du bien. Et le fait que la population a encore confiance en nous", ajoute Philippe. "Souvent, quand même, nous recevons des mauvaises remarques. Les gens partagent également leurs mauvaises expériences. Je veux faire passer un message : il faut avoir confiance en nos services. On est au service de tout le monde, pour protéger tout le monde, quelle que soit l’origine, la nationalité… Nous ne faisons pas de différence. Et nous faisons de notre mieux. La vie n’est pas facile en cette période de crise sanitaire. Nous devons nous protéger entre collègues et convaincre aussi les habitants de se protéger."

L’agent bruxellois estime nécessaire de communiquer et d’éviter toute généralisation, tant parmi la population que parmi les forces de l’ordre. "Il faut penser positif, garder un esprit positif."

C’est son message de conclusion. Sans oublier de s’adresser à cette dame âgée, rencontrée au hasard d’une patrouille, début mars, à l’ombre de l’église Notre-Dame de Laeken. "Merci pour sa gentillesse, pour son respect, merci pour toutes ces réactions qui ne sont que le résultat d’un geste normal et humain."

K. F.

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