"La personne n’a pas transmis le message" : Jean-Denis Lejeune revient sur les raisons qui l’ont poussé à créer Child Focus

Ce mercredi, Jean-Denis Lejeune, le père de Julie Lejeune enlevée et assassinée par le pédophile Marc Dutroux, revenait sur le plateau de QR le débat sur la création de Child Focus alors qu’une ASBL de ce genre existait déjà à l’époque. "L’ASBL Marc et Corinne (créée après l’assassinat d’un couple à l’issue d’un car-jacking en 1992, ndlr) avait le mérite d’exister et d’aider des familles qui ont un enfant qui comme le nôtre, a disparu", affirme Jean-Denis Lejeune. "Malheureusement, l’ASBL avait toutes ses limites dans le sens où il fallait trouver du papier pour faire les affiches, de l’encre pour mettre dans les photocopieuses… et comme l’organisme fonctionnait avec des bénévoles pour recueillir des témoignages, il y a évidemment eu des lacunes."

Le Liégeois évoque ainsi un témoignage selon lequel une voisine de Marc Dutroux aurait aperçu la petite Mélissa, bien en vie, à Marcinelle. "Elle rentrait d’avoir été faire ses courses quand elle a cru apercevoir Mélissa sur le coin de la porte qui était entrouverte. Elle a fait demi-tour, est allée revérifier si ça correspondait bien à la photo, a pris le numéro de l’ASBL, a téléphoné. Malheureusement, la personne qui a pris l’appel à ce moment-là n’a pas transmis le message."

Des vérifications auraient donc pu être menées à l’époque sans ces lacunes. "C’est pour ça que je me suis battu pour créer Child Focus. Pour permettre aux parents de se consacrer à la recherche de leur enfant et ne plus s’occuper de rechercher des fonds par le biais des familles et des amis pour pouvoir payer les affiches, comme nous l’avons fait. Des parents qui subissent une disparition d’enfant ne doivent pas, quelque part, devenir des organisateurs d’événements mais pouvoir se concentrer sur la disparition de leur enfant. Et Child Focus maintenant fait ce job."

Rappelons que Child Focus s’occupe de disparitions d’enfants et d’exploitation sexuelle de mineurs. "Les deux thèmes peuvent être liés", explique Miguel Torres Garcia, directeur opérationnel chez Child Focus. "Il y a souvent des cas de fugue qui sont liés à des cas de prostitution de mineurs. Au niveau des disparitions, nous traitons grosso modo 1000 cas dont 200 sont inquiétants. Au niveau des publications, il y en a entre 60 et 80 chaque année. Il ne faut pas oublier les chiffres du côté de l’exploitation sexuelle, nous avons une soixantaine de cas de prostitution de mineurs et 2000 cas de demande de suppression de matériel pédopornographique de la toile. Nous voulons aider la police et les autorités judiciaires à faire leur boulot et souhaitons que les décideurs politiques permettent à Child Focus de supprimer ces images à caractère pornographique en toute collaboration avec les autorités judiciaires."

Maud Wilquin

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