La fausse couche est-elle un tabou, comme le dit Meghan Markle ? "On ne se sent pas légitime de parler de notre chagrin"

La duchesse de Sussex, Meghan Markle, a révélé ce mercredi dans une tribune publiée dans le New York Times avoir subi une fausse couche en juillet dernier.

La duchesse de Sussex, Meghan Markle, a révélé ce mercredi dans une tribune publiée dans le New York Times avoir subi une fausse couche en juillet dernier. Elle a décidé d’en parler, pour, dit-elle, "briser un tabou". Ce n’est pas la première personnalité à prendre la parole à ce sujet. Alors que les grossesses se terminant en fausse couche sont courantes, elles n’en sont pas moins traumatisantes.

"Perdre un enfant signifie vivre avec un chagrin presque insupportable, une situation vécue par beaucoup mais dont on parle peu, note-t-elle. Dans la douleur de notre perte, mon mari et moi avons découverts que parmi 100 femmes, 10 à 20 ont souffert d’une fausse couche. Pourtant, ce sujet reste tabou, couvert de honte (injustifiée). Un tabou perpétuant un cycle de deuil solitaire".

Meghan Markle n’est pas la première célébrité à confier publiquement avoir souffert d’une fausse couche. Pink, Beyoncé, Michelle Obama, par exemple, l’ont fait avant elle.

Un événement fréquent, mais traumatisant

Une fausse couche, surtout dans les trois premiers mois de grossesse – appelée fausse couche précoce-, n’est pas du tout un événement exceptionnel.

Selon le site du Centre de la Reproduction humaine de l’UZ Brussel, sur toutes les grossesses qui montrent une activité cardiaque à sept semaines, 15% se terminent par une fausse couche, dont 80% dans les 12 premières semaines.

Toujours selon ce site, chez une femme de moins de 20 ans, le risque de fausse couche est de 12% ; chez une femme de 40 ans ou plus, de 26%.

"En règle générale, on considère une fausse couche comme un mécanisme de sélection naturel parce que la cause réside la plupart du temps dans une erreur génétique ou une erreur de développement chez le fœtus ou dans une mauvaise implantation dans l’utérus", y est-il précisé.

Une "sélection naturelle" qui n’est cependant pas sans conséquence pour la femme. Selon une étude publiée en décembre 2019 dans le American Journal of Obstetrics and Gynecology – et réalisée par des chercheurs de la KU Leuven et de l’Imperial College of London – neuf mois après leur fausse couche précoce, 16% des femmes participantes présentaient des symptômes de stress post-traumatique, 17% souffraient d’anxiété et 5% de dépression.

Ces femmes décrivent des cauchemars, des pensées incontrôlables sur leur fausse couche, notamment.

Des problèmes de santé mentale qui doivent être mieux pris en considération et traités, selon les chercheurs.

"Nous avons fait des progrès significatifs ces dernières années pour briser le silence autour des problèmes de santé mentale pendant la grossesse et après la naissance, mais les fausses couches précoces sont encore entourées de secret, avec très peu de reconnaissance de la gravité de l’événement. De nombreuses femmes ne disent pas à leurs collègues, amis ou membres de leur famille qu’elles sont enceintes avant l’examen de 12 semaines, ce qui les rend incapables de discuter de leurs émotions si elles subissent une perte de grossesse", explique dans un communiqué le dr Jessica Farren,, l’une des auteures de l’étude, qui demande de libérer la parole à ce propos.

Tu vis ta douleur seule

Natacha (prénom d’emprunt) a subi une fausse couche il y a quelques années. Maintenant mère de plusieurs enfants, elle se souvient de cette perte comme d’une expérience, "très violente".

"Ma gynécologue a géré ça de façon technique, médicale, mais pas humaine. Elle me l’a annoncé. Et il n’y avait pas de place pour l’émotion. Elle a tout de suite embrayé sur ce qu’il allait falloir faire : curetage, médicaments… Médicalement, ma vie n’était pas en danger, ce n’était pas problématique. C’était : ‘allez, vous pourrez en avoir un autre’. C’était juste une fausse couche".

Mais pour elle, ce n’était pas si simple. "C’est un vrai deuil, qui n’a pas été abordé comme ça. Seulement sous l’angle médical. C’est un deuil d’une vie projetée, de la future mère que tu allais être".

Elle n’a bénéficié d’aucun soutien psychologique. Et n’en a pas cherché non plus, ne s’y sentant pas autorisée. "Tu as un sentiment d’échec et tu vis ta douleur seule".

Pour elle, il est en effet nécessaire d’ouvrir la parole. "Oui, il est nécessaire de casser le tabou, d’expliquer aux femmes, d’aller au-delà des statistiques qui disent que tu as autant de risques d’avoir une fausse couche. Cela permettrait peut-être de se sentir légitime de ressentir de la douleur, de vivre un deuil et de chercher de l’aide".

Julie Calleeuw

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