Troisième nationalité la plus représentée hors Europe, la communauté syrienne à Bruxelles s'implante durablement

Fin 2019, les Syriens étaient désormais 8474 à Bruxelles.

Un chiffre précis, dévoilé par l’Institut Bruxelles de Statistique et d’Analyse, et qui montre une augmentation sensible de cette communauté au cours des dix dernières années. "Les Syriens occupent désormais la troisième place des nationalités hors Union Européenne à Bruxelles. Ils ont d’ailleurs dépassé le nombre de congolais", précise Jean-Pierre Hermia, expert Territoire et Population à l’IBSA.

Une présence qui se traduit notamment par l’ouverture de nombreux commerces ou restaurants à Anderlecht ou Saint-Josse notamment, là où les nouveaux arrivés se sont installés. Nombre d’entre eux avaient pourtant des qualifications ou une expérience professionnelle dont ils tentent aujourd’hui de faire profiter leur pays d’accueil. C’est le cas d’Alissar ou Hamoud que nous avons rencontrés.

A 37 ans, Hamoud était enseignant, il est désormais interprète

Un grand sourire et une franche poignée de mains. Hamoud nous accueille entre deux rendez-vous dans les locaux du SETIS (Service de Traduction et Interprétariat en Milieu Social) à Schaerbeek. Il est arrivé en Belgique le 25 novembre 2015 et passera sept mois en Flandre dans un centre d’accueil pour réfugiés avant d’obtenir un titre de séjour.

Dans un français parfait, ce détenteur d’une licence en littérature française obtenue en Syrie, nous explique son installation à Bruxelles. Les réticences des propriétaires au moment de louer un appartement, les cours de néerlandais, la rédaction d’un CV pour décrocher rapidement un emploi.

Et cela marche ! Depuis trois ans, Hamoud est interprète social. Un emploi qui lui a permis d’acheter un appartement puisque désormais, il a renoncé à l’idée de retourner en Syrie. Hamoud a d’ailleurs entamé les démarches pour obtenir la nationalité belge.

"L’an dernier encore, j’envisageais un retour, maintenant j’hésite de plus en plus"

Ce retour au pays est de plus en plus hypothétique aussi pour Alissar que nous rencontrons à Forest. Cette ingénieure agronome a travaillé pendant quinze ans à Damas avant de rejoindre une partie de sa famille déjà installée en Belgique. "J’étais bien à Damas, mais je n’avais pas le choix, je devais quitter la Syrie et j’ai tout recommencé à zéro ici. Apprendre le français, c’est la première étape pour trouver un travail, puis la comptabilité. Vivre aux crochets de ma famille ou du CPAS, pour moi, c’était impensable. Être indépendante financièrement, c’est être libre !".

Alissar a trouvé un emploi de logisticienne chez Convivial (ndlr : une asbl qui aide les réfugiés à s’insérer à Bruxelles). Un retour au pays ? Elle y a pensé, bien sûr ! Impossible de ne pas penser aux 39 années passées là-bas. Son appartement, les coussins de son ancien salon, le goût des pommes, tout cela lui manque. Mais c’est ici que s’ancre désormais sa vie familiale.

"La Syrie m’a donné beaucoup de choses, mais la Belgique m’a donné beaucoup de chances, et je ne dois pas l’oublier", conclut-elle joliment.

Véronique Fievet

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