La chanteuse Marie Warnant victime de harcèlement de rue à Bruxelles : sa plainte classée sans suite

La plainte déposée début février 2016 par la chanteuse Marie Warnant pour harcèlement de rue a été classée sans suite : c’est ce qu’a confirmé le parquet de Bruxelles à la RTBF.

Une déception pour la victime qui, cinq ans plus tard, se souvient encore de ce dimanche matin-là.

Se rendant dans un commerce de son quartier, à Schaerbeek, elle est interpellée par deux jeunes à bord d’une voiture. Ils la suivent. Ils sont ivres et l’arrosent, raconte-t-elle, d’insultes à caractère sexuel. "Mademoiselle, t’es jolie, viens jouer avec nous", "grosse chienne !", "sale chienne !", "sale chienne à abattre", "grosse salope", "appelle la police, on en a rien à cirer". Des propos blessants, agressifs, violents.

L’artiste se rend au commissariat. Une policière la dissuade dans un premier temps de porter plainte. Une perte de temps selon la fonctionnaire. La chanteuse enrage et s’exprime sur les réseaux sociaux. La presse relaie. Confrontée au battage, la police recontacte Marie Warnant et sa plainte est finalement actée. Le classement sans suite vient, aujourd'hui, malheureusement pour la victime, conclure cette démarche.

Un système consternant

"Un système consternant", regrette Marie Warnant, invitée à réagir à cette suite donnée à son dossier. Pourtant, le "système" a prévu une loi, depuis 2014, contre le sexisme en rue. "Toute personne condamnée sur base de la loi contre le sexisme s’expose à une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et/ou d’une amende de 50 à 1000 euros", explique la police fédérale. Dans certaines communes, comme la Ville de Bruxelles, des sanctions administratives sont prévues. Encore faut-il confondre les auteurs.

"Encore faut-il qu’au-dessus, après que la plainte est déposée, au niveau de la justice, le dossier soit pris en main", poursuit Marie Warnant qui ne comprend pas qu’elle n’ait jamais bénéficié d’un suivi.

"Je dépose plainte et pas un courrier ne vient vous dire que celle-ci est classée sans suite, pour quelles raisons la justice n’a pu aller au bout, n’a pas pu sanctionner les auteurs…" Des auteurs à bord d’une voiture portant une plaque d’immatriculation notée et renseignée pourtant aux forces de l’ordre par la victime. Sans succès.

L’Etat est censé protéger ses citoyens

Malgré ce "manque d’attention", de "considération", notre interlocutrice réagirait et agirait de la même manière en 2021 qu’en 2016.

"Bien sûr, je le referais. J’irais toujours porter plainte, malgré la loi qui existe et qui n’est pas appliquée jusqu’au bout", dit-elle. "Parce que cela s’appelle des droits. Il faut se faire entendre. Personne ne doit se faire insulter, frapper, violenter. Il y a des règles. L’Etat est censé protéger ses citoyens. Je le referais aussi parce que justement je ne suis pas dans une situation de détresse, de violences physiques, que j’ai le cran d’y aller et de pouvoir prendre les mauvaises vagues et de continuer à avancer. Mais si mon intégrité physique et psychologique était réellement en jeu, ce serait difficile, c’est vrai, d’avoir le courage d’aller porter plainte."

L’artiste conseille "à toutes les femmes, à tous les hommes, à tous les citoyens qui se font harceler, violenter, insulter d’aller porte plainte, parce que ce n’est que comme cela, avec une pression, que ça peut faire bouger un petit peu les choses" au niveau politique, invité à investir dans la justice, "comme dans les soins de santé, comme on peut le constater avec la crise actuelle ou l’éducation et l’enseignement."

"On coupe dans tous ces secteurs fondamentaux. Et après, on se demande pourquoi il y a autant de problèmes. C’est la base de tout. Si dès les plus jeunes âges, on apprend au petit garçon à respecter sa mère, sa sœur, sa future femme, ses copines, cela devient une évidence pour lui."

J’y repense parce que je suis maman d’une petite fille

En l’espace de cinq ans, Marie Warnant a repensé plusieurs fois à l’incident. "J’y pense parce que je suis maman d’une petite fille. Je voudrais qu’elle évolue dans un monde où le respect de l’autre et des règles soit appliqué. Mais si ces règles ne sont pas contrôlées à l’étage supérieur, c’est difficile de demander aux concitoyens de suivre ces règles. Alors, je ne pense pas à mon histoire parce qu’elle n’a pas été très grave, selon les dires de la police. Je suis assez forte et entourée pour passer à travers tout cela. Mais je crois que le phénomène (du harcèlement de rue) ne fait qu’empirer avec une perte de confiance totale dans les actions du politique."

Je dirais à ces hommes de ne jamais oublier qu’ils viennent de leur mère

Cinq ans ont passé, les harceleurs auxquels Marie Warnant a été confrontée n’ont plus le même âge. Que voudrait-elle leur dire ? "Moi, je pense que la base, c’est le respect de l’autre, si on se considère tous comme égaux. Je dirais à tous ces hommes qui frappent leur femme, qui insultent des femmes dans la rue, de ne jamais oublier d’où ils viennent. Ils viennent de leur mère. A chaque femme qu’ils vont frapper, qu’ils vont insulter, c’est eux-mêmes qu’ils insultent. On peut le retourner dans tous les sens. Parfois, cette valeur-là de respect, doit être inculquée dans l’éducation, dans l’intégration… Cela, ce sont des questions d’ordre politique."

"Moi, j’ai toujours la même hargne pour porter ces droits", conclut-elle. "J’ai toujours la même flamme quand il s’agit d’être entendues pour des droits qui sont les nôtres. Dans cette crise que l’on vit tous, les valeurs de respect, d’éducation, de solidarité, d’acceptation des différences me paraissent primordiales. C’est juste de dommage de constater que les choses n’ont pas beaucoup bougé en cinq ans."

K. F.

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