La Belgique a-t-elle vraiment besoin de deux centres de protonthérapie?

Un mois après l'officialisation d'un futur centre de protonthérapie à Charleroi, une étude menée par le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE) sème le doute sur la nécessité d'un tel investissement.

Un mois après l'officialisation d'un futur centre de protonthérapie à Charleroi, une étude menée par le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE) sème le doute sur la nécessité d'un tel investissement.

Entendons-nous bien, le rapport du KCE n'aborde pas le projet de centre carolo, mais ses conclusions vont à l'encontre d'un élargissement du nombre de patients belges traités par protonthérapie. Or, un premier centre belge de protonthérapie ouvrira ses portes, dans quelques mois, à Leuven. En fallait-il réellement un deuxième, à moins de 70 kilomètres de distance ? 

Une irradiation plus précise de la tumeur 

La protonthérapie est une technique de radiothérapie innovante, utilisée dans le traitement de certains cancers. Elle permet une irradiation plus précise de la tumeur. En théorie, les effets secondaires sont donc moins importants et cela diminue le risque de développer plus tard un nouveau cancer, dû à l'exposition aux radiations.

"Pour le moment, ce sont des considérations purement théoriques, explique Karin Rondia, porte-parole du KCE. Car il n'y a pas encore d'essais cliniques de suffisamment bonne qualité, avec suffisamment de patients et un recul suffisant, pour dire que la protonthérapie marche mieux ou moins bien que la radiothérapie conventionnelle."

Le KCE recommande de conserver la procédure actuelle de remboursement au cas par cas 

Pour parvenir à ces conclusions, le KCE a analysé la littérature scientifique internationale, concernant une série de cancers des adultes pour lesquels un remboursement pourrait être envisagé par l'INAMI (cancers des sinus, récidives de cancers de la tête et du cou, certains types de cancers du sein...). Vous pouvez lire le fruit de ce travail, ci-dessous. 

"En l'absence de preuves fiables, conclut le rapport, le KCE ne peut pas formuler des recommandations en faveur de l'élargissement des indications actuellement remboursées par l'INAMI et recommande de conserver la procédure actuelle de remboursement au cas par cas." Il faut savoir que, d'après le KCE, la protonthérapie coûte trois à quatre fois plus cher qu'un traitement par radiothérapie conventionnelle. 

50 Belges traités par protonthérapie

Aujourd'hui, moins de 50 Belges sont traités chaque année par protonthérapie, selon le KCE. Ce sont principalement des enfants, atteints de cancers rares, et envoyés dans des centres spécialisés à l'étranger. Le traitement et le voyage sont intégralement remboursés par l'INAMI, (Institut national d'assurance maladie-invalidité).

Dans quelques mois, ces patients pourront être pris en charge en Belgique puisqu'un premier centre de protonthérapie ouvrira ses portes, à Leuven, fruit d'une collaboration bilingue entre, d'une part, plusieurs hôpitaux et universités flamands, dont la KULeuven, et d'autre part, les Cliniques universitaires Saint-Luc et l'UCLouvain. 

Le centre de protonthérapie de Leuven est viable avec les pathologies actuellement remboursées

Cette étude du KCE ne remet-elle pas en cause l'existence du centre de Leuven ? "Pas du tout, répond le professeur Xavier Geets, chef du service radiothérapie à Saint-Luc et très impliqué dans projet louvaniste. Le centre a été construit pour accueillir les patients actuels, il est viable avec les pathologies qui existent déjà et qui sont actuellement remboursées par l'INAMI." Si actuellement, seuls 50 patients sont effectivement orientés vers des centres de protonthérapie à l'étranger, le professeur Geets estime que 180 à 200 patients belges répondent aux critères actuels de l'INAMI et pourraient bénéficier de ce traitement de pointe. 

Des preuves cliniques dans les années à venir ? 

À long terme, cela pourrait même être davantage. "La protonthérapie est une technologie récente, moderne. Il faut réaliser des études pour pouvoir conforter son rôle, démontrer sa valeur ajoutée, souligne Xavier Geets. Il y a probablement une évidence scientifique, mais on n'a pas encore la preuve clinique. Dans les années à venir, on s'attend à ce que cette évidence se construise. Ça pourrait, à terme, augmenter les indications de protonthérapie." Une éventualité qui n'est d'ailleurs pas écartée par le KCE. 

Si le centre de protonthérapie de Leuven paraît avoir sa place dans le paysage belge, qu'en est-il de celui de Charleroi ? La Région wallonne a officiellement annoncé un investissement de 48 millions d'euros dans les installations qui devraient être opérationnelles d'ici 3 ou 4 ans, sur le site de l'hôpital Marie Curie, à Lodelinsart.

8 salles de traitement pour 18 millions d'habitants aux Pays-Bas

Cela fera donc deux centres de protonthérapie pour un pays de 11 millions d'habitants. "Effectivement, il y a deux centres, mais il ne faut pas oublier qu'il n'y a qu'une seule salle de traitement par centre, précise le Docteur Nicolas Meert, chef de service de l'Hôpital Vésale, à Charleroi. Donc, il n'y a que deux salles de traitements pour toute la Belgique. Si vous prenez l'exemple des Pays-Bas, qui comptent 18 millions d'habitants, ils vont avoir huit salles de traitement. Je pense que, proportionnellement, deux salles de traitement ne sont pas inutiles pour la Belgique. Quant à savoir, s'il fallait un centre ou deux... je ne suis pas politicien pour me prononcer là-dessus.

Cela dit, en coulisses, on apprend que le centre de protonthérapie de Charleroi pourrait poursuivre d'autres buts que le seul traitement des cancers. On parle de recherche cellulaire, mais également de recherche animalière et de recherche technologique, notamment avec des voilures d'avion. La société aéronautique SONACA, implantée à Gosselies, aurait marqué son intérêt. 

Jeremy Giltaire, avec Jennifer Istace

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