Grève du zèle: quand la minutie devient un moyen de pression qui fait ses preuves (vidéos)

Ce lundi, les policiers de l’aéroport de Zaventem en ont toujours marre.

Et ils continuent une grève du zèle qu’ils ont commencé vendredi dernierIls réclament plus de moyens pour mener à bien leur travail. Les travailleurs ont ce type d’action collectif pour revendiquer quelque chose et pour cela mieux faire comprendre leur situation au public. Mais en quoi consiste, au juste, une grève du zèle ? Y a-t-il eu, par le passé, des exemples notables ?

Le principe est simple : respecter, à la lettre, toutes les consignes et les procédures de la fonction exercées. Parfois jusqu’à l’exagération. L’objectif est donc de ralentir le travail, et par là même l’efficacité de l’entreprise ou du service. Et ce, à différentes échelles selon les métiers. Le grand avantage pour les travailleurs, c’est qu’ils ne perdent pas leur salaire. En effet, bien que les agents s’avèrent extrêmement procéduriers, leur journée de travail est prestée. Cela a donc pour les contestataires l’avantage certain d’une action pouvant être d’une durée plus longue.

Zèle, soyons zèle…

Pour la FGTB, ce type d’action n’est pas forcément spécifique à un domaine d’activité. Souvent sans préavis, la grève du zèle vient d’une réaction épidermique. Il n’y a donc pas d’encadrement (ni statistiques à proprement parler).

C’est sur le terrain médiatique, grâce à ce genre de manifestations très visibles (et parfois impressionnantes) qu’une grève du zèle peut marquer les esprits. Et bien que, selon Shakespeare "Il est dangereux d’être trop zélé" (Hamlet), faire preuve de trop de minutie peut mener à des résultats certains.

Force est de constater qu’il existe des domaines d’activités professionnelles plus propices que d’autres pour cette sorte de protestation. Un exemple typique : les agents des douanes. Une fouille approfondie des véhicules et des marchandises transportées peut vite causer des kilomètres d’embouteillage aux points de contrôle, par exemple. Rappelez-vous : au début de l’année 1984, en France, une action s’est amplifiée à d’autres corporations. Tout d’abord, ce sont les douaniers italiens du tunnel du Mont-Blanc qui se mettent en grève, début février. Ils se plaignent de leurs conditions de travail. Quelques jours plus tard, leurs collègues français embrayent le pas. Pour les mêmes raisons. S’ensuit une belle grève du zèle. Les nombreux routiers coincés au poste-frontière, à l’entrée du tunnel, décident par irritation de bloquer les routes. Le mouvement s’étend, comme une tâche d’huile dans l’Hexagone, et on dénombrera pas moins de 240 barrages le 22 février. Résultat, les transporteurs obtiendront du gouvernement une détaxation du carburant, des avancées sur le temps de travail et d’autres concessions substantiellesObservant et réalisant la pagaille provoquée par ces actions, les pays européens assoupliront bientôt les barrières douanières… Prémisses aux accords de Schengen sur la libre circulation.

Dans d’autres secteurs, cela peut s’avérer être d’une efficacité certaine. Policiers, gardiens de prison… Ou encore éclusiers, comme sur la Haute-Sambre en 1996, comme nous pouvons le lire dans cet article du Soir de l’époque. Les pompiers se sont aussi fait remarquer dans ce type d’actions. En 2007, les hommes du feu de la capitale avaient ainsi décidé de respecter scrupuleusement le code de la route, pour contester les amendes qu’ils étaient tenus de régler dans le cadre de leur travail :

 

En 1990, ce sont les contrôleurs du fisc qui passaient à l’action, comme nous pouvons le revoir dans ce reportage du JT de 1990 (grève du zèle qui rendrait les contrôleurs fiscaux "presque sympathiques" comme il est stipulé, avec un certain humour, dans la chute du sujet) :

Il peut aussi arriver que débrayent les agents de centres de contrôle technique, comme dans ce reportage de 1974 :

Comme un avion sans zèle

Ce type d’action ne plaît pas eu patronat, on l’aura bien compris. La grève ralentit l’activité économique et l’image d’une entreprise. Ainsi, après les grèves des aiguilleurs du ciel de Skeyes au printemps dernier, Brussels airport a intenté une action en justice contre la Régie des voies aériennes.

Il existe d’autres types de façon de montrer son mécontentement, évidemment. Grève tournante (différents endroits ou secteurs d’activité qui arrêtent le travail au fur et à mesure…); grève générale (au contraire, ici une grande majorité des travailleurs dépose les outils en même temps) ; grève solidaire (un secteur d’activité débraye pour en aider un autre)… Lors de grandes grèves contre la réforme de la SNCF en France au printemps 2018, le concept de grève perlée a fait parler de lui outre-Quiévrain. Pour ce qui est de la grève par gratuité (l’idée fait régulièrement parler d’elle), selon le monde.fr, dans un article sur le droit de grève en France, explique qu’elle est difficile à mettre en place. En effet, ne pas contrôler un billet pour un contrôleur de train par exemple, ou laisser passer les personnes à des péages routiers est contraire à leurs contrats de travail. Ce qui met donc le gréviste dans l’illégalité.

Avouons que dans le cas qui nous concerne en ce moment, pour notre sécurité, il est certainement préférable donc d’avoir à faire à un excès de zèle à des guichets d’embarquement d’une zone aéroportuaire, qu’à une absence de contrôle des passagers et des marchandises.

Kevin Dero

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