Fusion des matinales : voici pourquoi Vivacité et La Première unissent temporairement leurs forces

Ne dites plus "Matin Première", oubliez "Le 6-8".

Le temps que durera le confinement, les deux matinales des deux radios généralistes de la RTBF ne font plus qu’une. Depuis lundi, "Le 6/9, Ensemble" mélange des techniciens, journalistes et présentateurs des deux chaînes radio. La nouvelle émission est aussi retransmise sur la Une télé.

Cette fusion soudaine a surpris, décontenancé, déçu voire fâché certains fidèles des deux stations. Sur les réseaux sociaux ou auprès du service médiation de la RTBF, plusieurs auditeurs de Vivacité déplorent le ton des journalistes de La Première : "un peu tristounet" selon Marie-Chantal L, "bien sérieux" selon Nicolas M.

A l'inverse, Bertrand D. regrette d’avoir perdu "l'esprit La Première ". C’est aussi le cas de Laurence N. qui ne retrouve plus assez les "contenus analytiques, fouillés, journalistiques, politiques, informatifs" de Matin Première.

Mais alors pourquoi ce changement ? Pourquoi la RTBF renonce-t-elle temporairement à des contenus différenciés en fonction des publics ? C’est évidemment lié à la crise sanitaire du coronavirus et à ses impacts sur l’organisation de la rédaction.

 

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Des moyens mutualisés

Comment assurer la pérennité d’un service public de qualité tout en respectant l’esprit du confinement ? La direction de la RTBF s’est retrouvée confrontée à ce dilemme, suite aux décisions du conseil de sécurité national du 17 mars.

"Dès le début de la crise sanitaire, on avait évoqué la possibilité d’une fusion des matinales en cas de confinement. C’est une option qui s’est confirmée", explique Jacques Cremers, chef de rédaction de La Première.

Si cette option-là a été retenue, c’est parce que les matinales radio – le prime time de ce média – mobilisent beaucoup de personnel. Leur fusion permet donc de limiter le nombre de personnes présentes à la rédaction, en studio et en régie de manière substantielle.

"Mutualiser les moyens de La Première et de Vivacité, continue Jacques, cela nous permet à la fois de mettre le maximum de personnel en confinement à la maison, et à la fois d’être capable d’adapter nos moyens aux nombreux malades qui se déclarent jour après jour."

Des équipes qui ne se croisent pas

La fusion a aussi permis de mettre en place un système de rotation des équipes recommandé par les experts. "Pour la rédaction des journalistes de Vivacité, détaille Manu Delporte, la référente info adjointe de la chaîne, on a mis en place une équipe A et une équipe B. Ces équipes se succéderont de semaine en semaine, sans jamais se croiser. Cela permet, s’il y a une contamination dans une des équipes, d’en avoir une autre disponible", explique-t-elle.

Cette organisation en deux équipes, qui a pour but de limiter la circulation du virus, n’aurait pas été possible en maintenant deux matinales distinctes. "On aurait eu deux antennes beaucoup trop fragiles, analyse Jacques. Ici, on consolide le service public, avec une antenne commune qui est beaucoup plus solide."

A noter que la fusion des matinales est également effective au niveau des décrochages régionaux de Vivacité. Les sept émissions matinales régionales ne font plus qu’une, diffusée depuis Bruxelles. Ce programme hybride reprend des contenus originaires des sept centres régionaux que compte la RTBF.

Une nouvelle émission en trois jours

Le gouvernement a annoncé l’entrée en vigueur du confinement un mardi soir. "Le mercredi, on a commencé à parler de la fusion des matinales. Le jeudi et le vendredi, on a préparé la nouvelle émission. Et ce lundi, elle était sur antenne", se félicite Manu.

Trois jours de préparation, donc, pour mettre sur pied "Le 6/9, Ensemble", alors que ce genre de nouveaux programmes nécessite normalement plusieurs semaines de confection.

Techniciens, présentateurs et journalistes doivent eux aussi se roder et apprendre à travailler ensemble. Jacques résume cela avec une comparaison : "avec cette crise, on voit une entreprise de lingerie qui se met à fabriquer des masques ; on voit une entreprise spécialisée dans le bioéthanol qui se met à fabriquer du gel hydroalcoolique. Eh bien, nous aussi, on adapte nos lignes de production et ça prend du temps."

Deux lignes éditoriales, un compromis à la belge

Si François Heureux et Sara de Paduwa apprennent à se partager le micro, ils ne sont pas les seuls.

Cette semaine, François Kirsch (La Première) et Sébastien Pierret (Vivacité) se répartissent la présentation des journaux. Sébastien s’y colle à 6 heures et 8 heures, François le relaye à 7 heures et 9 heures. Chaque chaîne assume donc deux journaux, contre quatre habituellement.

"Nos sensibilités ne sont habituellement clairement pas les mêmes, explique Sébastien. Il faut donc être attentif pour trouver un équilibre entre les deux lignes éditoriales."

Si Vivacité est par exemple plus sensible à l’information proche de ses auditeurs ou au sport, La Première est plus ouverte à l’actualité internationale et aux sujets "pointus".

En ces temps de cohabitation temporaire, la recherche d’un compromis est nécessaire. Mais, pour Sébastien, "ce travail est quand même facilité par le fait que nos journaux sont mono thématiques en ce moment", allusion à la crise sanitaire qui éclipse quasiment tous les autres sujets d’actualité.

Voilà pour les journaux parlés des heures pile. Mais l’émission est aussi composée de séquences et chroniques. Il y a à la fois des contenus importés depuis les deux matinales "historiques" et des contenues neufs inspirés par la crise sanitaire et le confinement.

On citera notamment la chasse aux "Fake News" sur le coronavirus à 7h30, la séquence "Et vous dans tout ça ?" de 8h40 qui aborde à l’aide de témoignages les conséquences sociétales du confinement, sans oublier une revue de presse décalée pour clore l’émission.

Les auditeurs de La Première n’ont donc plus leur émission d’info pure. Ceux de Vivacité ont droit à moins de divertissement qu’à l’habitude. Comme le résume Manu Delporte, "on alterne les moments plus légers avec les moments plus informatifs."

Chacun doit donc mettre de l’eau dans son vin. Mais selon les responsables des deux chaînes, le contexte de crise favorise ce mélange des genres.

"C’est vrai que la matinale télé Vivacité/La Une est très "feel good", dit Manu. Mais en même temps, depuis le début de la crise, on a constaté que notre public aussi était en demande de beaucoup d’informations vérifiées et recoupées."

Jacques Cremers, lui, prend les choses par l’autre bout : "Renforcer le divertissement pour les auditeurs de La Première est une volonté assumée. Les gens ont besoin d’infos, ça n’a pas changé. Mais en ces temps de tension et de stress important, on essaye aussi d’apporter un peu de sourire et de découverte", explique le chef de rédaction de La Première.

Il est probable que cette contextualisation de la fusion des matinales ne suffira pas à convaincre l’ensemble des auditeurs et téléspectateurs qui nous ont fait remonter leurs interrogations et/ou leur mécontentement

Si vous êtes l’un de ces auditeurs ou auditrices, deux éléments pour - peut-être - vous consoler… Premièrement, l’antenne commune dure seulement trois heures par jour : Vivacité et La Première reprennent donc leur autonomie dès 9 heures. Deuxièmement, cette fusion des matinales ne durera que le temps de la crise sanitaire du Covid-19.

 

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Jérôme Durant, Journaliste à la rédaction Info

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