Examens à distance : une organisation inédite, quelques couacs et du stress en supplément !

Universités et Hautes Ecoles, dans quasiment tous les établissements, les sessions d’examens à distance ont commencé.

Universités et Hautes Ecoles, dans quasiment tous les établissements, les sessions d’examens à distance ont commencé. Du jamais vu pour tous les acteurs de l’Enseignement supérieur.

A l’ULiège, la session commençait le lundi 18 mai avec un couac au démarrage… Une saturation due à un afflux massif d’étudiants qui se sont connectés en même temps (plusieurs Facultés démarrant leurs examens simultanément). Depuis plus de gros problèmes à signaler, 200 examens écrits en ligne ont été organisés. Les prochains pics sont attendus demain vendredi et surtout mardi prochain. Ce jour-là, près de 10.000 étudiants passeront un examen à distance.

Du côté de l’ULiège, on précise d’ailleurs que l’infrastructure informatique a dû être très largement renforcée. Didier Korthoudt, Directeur du Service général d’informatique (SEGI)

En temps normal, la plateforme utilisée tourne sur un serveur, là on est passé à 8 serveurs pour permettre à 175.000 étudiants au total de passer leurs examens sur l’ensemble de la session.

Quant aux plateformes d’examens "surveillées" (aussi appelées anti-triche) envisagées par certaines universités, à l’ULiège, Didier Korthoudt relativise : " On n’utilise pas ce type de système, on estime qu’il s’agit d’un leurre technologique, que cela ne sert pas à grand-chose… Si l’étudiant veut tricher et, par exemple, disposer d’un autre ordinateur à côté de celui qu’il utilise pour l’examen, c’est toujours possible… En plus, certains ordinateurs ne sont pas assez performants et cela induit un stress supplémentaire chez l’étudiant déjà soumis à un contexte d’examen " extraordinaire " lié la fiabilité du matériel informatique utilisé (pas toujours de pointe) et dépendant de la qualité d’une connexion internet parfois aléatoire ".

A l’UCLouvain, questions autour des tests à blanc de la plateforme "TestWe"

C’est ce type de plateforme "anti-triche" justement qui suscite l’inquiétude de certains étudiants de l’UCLouvain en cette veille de session…

TestWe est un des outils utilisés par l’Université pour certains examens (principe d’examen en ligne dans un environnement dédié avec surveillance). Des étudiants en médecine qui ont participé à des tests à blanc expliquent.

Certains étudiants ont été bloqués dès l’arrivée sur la plateforme où il faut s’identifier avec photo et carte d’identité !

Et puis, ironie du sort, le système TestWe met l’ordinateur de l’étudiant en " confinement " (locked down session), l’ordinateur est ainsi " isolé " pour que l’étudiant en examen ne puisse pas ouvrir d’autres onglets, naviguer sur d’autres sites que la plateforme d’examen ou aller explorer d’autres fichiers… Mais voilà sur certains ordinateurs, ce système semble également bloquer d’autres fonctionnalités : " Le clavier de l’ordinateur ne répondait plus, il était devenu impossible à utiliser… ", témoigne une étudiante en médecine.

Du côté de L’UCLouvain, on précise que 4 outils différents sont utilisés pour les examens à distance ; dont TestWe dans certains cas. Pour chaque examen, la décision d’utiliser telle ou telle plateforme peut donc être réévaluée… Tout récemment encore, la décision a été prise de ne pas utiliser TestWe pour 40 matières d’examens.

Isabelle Decoster, chargée de communication à l’UCLouvain, précise : "TestWe a d’ores et déjà été utilisé sans problème lors d’un examen passé par 350 étudiants en médecine. Les seuls problèmes rencontrés avec TestWe l’ont été lors des tests à blanc et seulement pour certains étudiants. Du côté du helpdesk de l’UCLouvain, qui répond aux soucis rencontrés par les étudiants, on souligne par ailleurs que les problèmes techniques rencontrés par ces étudiants (problèmes qui altèrent le bon fonctionnement de leur ordinateur) ne sont pas plus importants que lors de l’installation d’autres logiciels… Malgré tout, il a été demandé aux professeurs, en cas de problèmes techniques rencontrés par des étudiants, d’en tenir compte lors des délibérations".

A l’ULB, un examen à recommencer

A l’ULB (Université Libre de Bruxelles), la semaine dernière, des étudiants en BAC de Langues et Lettres modernes ont dû recommencer un examen parce que leurs réponses n’avaient pas été enregistrées. En cause, un souci technique de déconnexion lié à la durée d’inactivité sur la plateforme.

Si l’étudiant restait trop longtemps sur une page de questionnaire sans en changer, il était considéré comme inactif et ses réponses n’étaient pas enregistrées.

Et comme certaines pages comportaient de nombreuses questions chronophages, pour 90% des étudiants, aucune réponse n’avait été mémorisée. L’examen du lundi après-midi a donc été recommencé le mercredi avec des formats de questionnaires plus petits pour que les étudiants cliquent de pages en pages plus souvent et qu’ils restent actifs sur la plateformeCela dit à l’ULB, comme ailleurs, des numéros de téléphone d’urgence sont accessibles, des helpdesks que les étudiants peuvent appeler s’ils rencontrent un problème technique même en cours d’examen.

Chaque Université, chaque Haute Ecole a mis en place sa propre organisation et ses propres outils technologiques.

Les examens à distance dans l’Enseignement supérieur ne s’organisent pas de manière uniforme. Une organisation qui au sein d’une même institution peut encore dépendre des Facultés ou des Professeurs. Un exemple qui illustre une différence de plus entre Fédération Wallonie-Bruxelles et Communauté flamande : du côté néerlandophone, la VUB (Vrije Universiteit Brussel) a même opté pour certains examens écrits en présentiel organisés dans des salles des Musées du Cinquantenaire ou dans un centre de congrès bruxellois.

Quoi qu’il en soit, pour toutes les Universités et Hautes écoles, cette session d’examen à distance restera inédite à plus d’un titre ! Elle pose aussi plusieurs questions sur l’égalité des étudiants face à ces examens à forte empreinte technologique. Avant même le début de la session, la FEF (Fédération des Etudiants Francophones) faisait un constat plutôt inquiétant...

L’enseignement à distance pratiqué ces dernières semaines a provoqué le décrochage scolaire d’un quart des étudiants ! 

Alors pour tous ceux-là déjà, ce contexte particulier risque sans doute d’avoir un impact négatif sur la réussite de cette année.

Jacques Graye

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