Evénements, bulle sociale, télétravail : que faut-il attendre du Conseil National de Sécurité de ce lundi 27 juillet ?

Le Conseil National de Sécurité se réunira une nouvelle fois ce lundi 27 juillet.

Une réunion avancée de plusieurs jours – il était question au départ du 1er août – en raison de la situation épidémiologique actuelle en Belgique.

Comme l’a annoncé la Première ministre Sophie Wilmès (MR), l’objectif est d’envisager "des mesures nationales supplémentaires" sur base d’un nouveau rapport de la Cellule d’évaluation Celeval, afin d’empêcher l’arrivée d’une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus.

"Le plus important CNS depuis mars"

Pour Marc Van Ranst, le désormais célèbre virologue, il s'agit du "plus important CNS depuis mars". "Nous nous y attaquons plus tôt que lors de la première vague, mais nous voulons aussi l'arrêter plus tôt", souligne-t-il.

Selon lui, il est possible de changer le cours des contaminations en quatre semaines, pour "avoir les choses sous contrôle d'ici au 1er septembre, pour permettre un départ normal de l'année scolaire".

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? De quelles "mesures nationales supplémentaires" parle-t-on ? A quoi faut-il s’attendre pour les prochains jours et les prochaines semaines ? Rappelons que depuis ce samedi, de nouvelles mesures sont en vigueur comme le port du masque généralisé dans les lieux extérieurs fort fréquentés, la mise en place du suivi des contacts dans l’Horeca, la fermeture des night-shops à 22h... Pour le virologue Marc Van Ranst, le Conseil National de Sécurité de lundi est le "plus important depuis mars".

  • La bulle sociale réduite ?

Le dernier CNS n’a pas touché à la bulle sociale, la bulle de contacts, c’est-à-dire le nombre maximal de personnes que chaque Belge peut côtoyer chaque semaine. Il est actuellement de 15. A Anvers, il est déjà redescendu à 10 en raison de l’augmentation importante du nombre de contaminations ces derniers jours. Au vu de la multiplication des comportements à risques, cette norme sera-t-elle en vigueur pour tout le pays ?

Dans Le Soir de samedi, Sophie Wilmès explique la nature des débats lors du dernier CNS, se basant sur le rapport des experts. "Faire passer la bulle à dix personnes pourrait être une façon simple de donner un signal clair à la population en ce qui concerne le sérieux de la situation. Nous avons alors eu une longue discussion. Faut-il réduire la bulle pour donner un signal ? Faut-il attaquer la vie privée des gens pour un signal ? La conclusion a été que ceux qui ne respectaient pas les règles n’allaient pas être plus convaincus. Par contre, il y a beaucoup de gens qui respectent les règles et qui, eux, diminueront encore leur bulle et seront désavantagés par rapport à des auteurs de comportements inadmissibles… Ce n’est pas la bulle sociale qui est à l’origine de la problématique dans laquelle on est."

Quid demain ? "Personne ne nous a dit que le non-respect de la bulle de quinze était en cause." Du coup, ajoute Sophie Wilmès. "Que ce soit sur la bulle ou autre chose, il faut bien intégrer qu’on est dans des processus évolutifs. J’ai parfois l’impression que le Conseil national de sécurité doit déterminer ce que sera la Belgique dans quatre mois. Non. Le CNS prend une décision à un temps T jusqu’au prochain conseil national de sécurité."

  • Un reconfinement ?

Un reconfinement à l’échelle du pays ? Ce n’est pas d’actualité, laisse entendre la Première ministre dans Le Soir, ce pour toute une série de raisons. "Ce n’est pas nécessaire. On verra bien. Vous avez vu au niveau humain, personnel et collectif à quel point cela a été difficile. Sans parler des retombées économiques. Les gens les plus précarisés ont été vraiment encore plus touchés. Il faut bien en être conscient. Evidemment qu’on veut éviter cela à tout prix. Mais de nouveau, on est là pour prendre des mesures qui s’imposent quand elles s’imposent."

Les mesures prises à Anvers sont, en quelque sorte une marche arrière, une sorte de reconfinement local. "Tout le monde a peur, bien sûr, d’un reconfinement et d’un lockdown total. Cela, c’est absolument à éviter au niveau social et au niveau économique", explique cette fois à la RTBF Erika Vlieghe, présidente du comité d’experts chargé de la stratégie de déconfinement.

Cependant, reconfiner une ville ou une commune n’est pas à exclure. Cette fois, la main sera laissée aux autorités locales (bourgmestres, gouverneurs).

  • Le télétravail généralisé ?

Nous sommes en période estivale. Des Belges ont pris leurs congés annuels. Beaucoup restent en Belgique, d’autres sont partis à l’étranger. Et puis il y a celles et ceux qui sont en Belgique et continuent de travailler, dans les commerces, dans les entreprises, dans les bureaux. Pour Erika Vlieghe, il existe une piste pour réduire les contacts sociaux : "Ce serait conseiller plus le télétravail". Il avait été généralisé au début de la crise.

  • Annuler des événements ?

Lors de la phase 4 du déconfinement, les événements publics avaient pu reprendre sous conditions : 400 personnes pour les événements en plein air, moyennant autorisation et jusqu’à 200 personnes en intérieur. La phase 5 du déconfinement, on le sait, a été repoussée. Elle aurait dû permettre d’augmenter ces capacités. Les événements auraient pu accueillir 400 personnes en intérieur et 800 en extérieur.

Pour Erika Vlieghe, "arrêter certains événements" est une des pistes mises sur la table. A Bruxelles, certains plaident notamment pour l’annulation de la plus grande foire du pays, la Foire du Midi, qui doit débuter ce 1er août. Bianca Debaets, députée régionale et conseillère communale CD&V (opposition) à la Ville de Bruxelles a plaidé samedi en ce sens. "Il n’est pas approprié d’organiser un événement de masse comme la Foire du Midi. Annuler la Foire du Midi ne sera évidemment pas du tout une décision populaire, mais la santé publique passe avant tout !"

Bianca Debaets n’est pas la seule à se prononcer pour l’annulation de la foire : le député-bourgmestre d’Etterbeek, Vincent De Wolf, MR comme Sophie Wilmès, dit dans un tweet : "Malgré notre soutien aux forains, il faut garder raison face au virus."

Fabian Maingain, échevin DéFI du Commerce de la Ville de Bruxelles, en appelle au CNS. Il estime "que ceux qui veulent faire annuler la Foire du Midi doivent aujourd’hui interroger le CNS. La Ville de Bruxelles a mis en place un dispositif sanitaire extrêmement rigoureux respectant l’ensemble des exigences du CNS pour prévenir tout risque de propagation de l’épidémie sur le champ de foire. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir, si les foires sont autorisées et si celle de Bruxelles doit faire l’objet d’un traitement particulier.
Lors du dernier CNS, les fêtes foraines sont restées autorisées sous réserve d’y rendre le masque obligatoire. Alors que les chiffres à Bruxelles sont sensiblement différents de ceux d’Anvers, la question aujourd’hui est de savoir si les foires restent autorisées en Belgique ou si le CNS souhaite interdire celle de Bruxelles.
"

  • Une fermeture des frontières ?

Refermer les frontières n’est pas à l’ordre du jour. Un rapport a été demandé par la Première ministère. "J’ai demandé si, eu égard à la situation aujourd’hui, il fallait prendre des mesures supplémentaires. La réponse a été non", affirme-t-elle dans Le Soir. "Donc on n’en est pas là. Mais je le répète : la situation est évolutive."

Évolutive, parfois très rapidement. Vendredi, la Flandre était en orange sur la nouvelle carte de l’évolution de la pandémie de coronavirus publiée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) sur son site web. Explication : la région flamande a dépassé la barre des 20 contaminations par 100.000 habitants ces deux dernières semaines. Ce "taux d'incidence" (nombre de cas par habitant) est utilisé par plusieurs pays pour établir leurs conseils de voyages à l’étranger pour leurs citoyens, ou pour l'arrivée d'étrangers sur leur territoire.

Si la Belgique ne ferme pas ses frontières, ce sont donc les pays étrangers qui pourraient déconseiller à leurs ressortissants de se rendre en Belgique.

  • Des écoles qui ne rouvrent pas en septembre ?

On l’a dit et répété : la situation sanitaire belge évolue de jour en jour, voire d’heure en heure. La réalité d’aujourd’hui ne sera peut-être plus celle de demain. Toutes les écoles, qui ont fermé leurs portes durant de longues semaines lors le confinement, doivent rouvrir normalement, à certaines conditions, en septembre.

Le CNS de ce lundi ne devrait pas aborder un futur aussi lointain qu’incertain. "C’est très difficile de dire ce que sera septembre", tempère Sophie Wilmès chez nos confrères du Soir. "Mais on approche plus d’une évolution négative au mois de septembre quand on est dans une reprise de la circulation du virus que si on était dans une situation de calme plat. Mais de nouveau, ne décidons pas avant le moment où il faut décider. Le principal est de bien faire comprendre que tant que tous ne seront pas prudents, il y aura un danger accru et que cette prudence, on peut l’imposer comme on le fait, mais elle doit aussi venir de la population, et la plupart des gens l’ont fait."

RTBF

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