Enghien 7850

Enghien : pourquoi classer une rue au patrimoine wallon ?

Depuis quelques semaines, le Cercle Royal d’Archéologie d’Enghien s’est lancé dans un combat ambitieux : classer la rue des Augustins, la dernière rue typique du vieil Enghien.

Demander l’inscription d’une rue complète sur la Liste de sauvegarde du patrimoine wallon, voilà la démarche peu ordinaire qu’a entamée le Cercle Royal Archéologique d’Enghien (CRAE) pour une petite voirie de la vieille ville : la rue des Augustins.

" La rue des Augustins est la dernière rue d’Enghien à garder un caractère patrimonial exceptionnel comportant un nombre important de bâtiments du XVIIIe siècle ", expliquent les initiateurs de la démarche.

On y trouve notamment deux façades classées : la façade de l’église des Augustins, ainsi que la façade et le porche du couvent des Clarisses. La rue contient également deux maisons inscrites sur la liste des immeubles remarquables. Le tout, avec les autres immeubles de la rue, forme un ensemble harmonieux.

Une résidence pour seniors qui fâche

Mais cette harmonie est menacée, estime le Cercle Archéologique, par un projet immobilier d’envergure : la construction d’une résidence-services de 82 logements (appartements et studios) sur quatre niveaux, dont deux consacrés au stationnement, à côté du Couvent des Clarisses.

" C’est un projet trop ambitieux, trop gourmand, pas du tout intégré ", qui risque de dénaturer le caractère patrimonial de la rue, estime Philippe Koole, administrateur au CRAE. Outre l’atteinte à l’harmonie de la rue, le CRAE, craint aussi que l’ampleur du projet ne provoque des problèmes de stabilité des anciens bâtiments, construits sur des terrains marécageux.

En inscrivant la rue sur la Liste de sauvegarde de l’Agence wallonne du Patrimoine, le CRAE ne veut pas s’opposer au projet, mais veut pousser son promoteur à discuter et à le recalibrer afin de garantir qu’il sera respectueux du caractère de la rue, maintenant une harmonie dans celle-ci.

Sauver la chapelle des Augustins

Mais la démarche dépasse ce projet immobilier : elle vise à une prise de conscience collective sur un patrimoine enghiennois menacé, et axe les projecteurs sur un autre dossier : la chapelle de l’ancien Couvent des Augustins, qui menace de s’écrouler.

Cet édifice, à haute valeur historique et classée depuis 1972, n’a plus de destination depuis le déménagement de l’école Saint-Vincent-de-Paul, qui occupait l’ancien Couvent. Si le reste du site a été converti en habitat par le promoteur Lixon, qui a conservé les éléments patrimoniaux classés, la chapelle n’a jamais trouvé de destination. En 2012, une colonne et deux voûtes de ce bâtiment se sont effondrées, affaiblissant la structure et créant des fissures en façades.

Depuis cet évènement, des étançons soutiennent le bâtiment, aujourd’hui propriété de Marc Labeeuw, un personnage pas vraiment en odeur de sainteté à Enghien et qui n’a pas entrepris de travaux de conservation du monument.

Dossier recevable, juge l’AWAP

Pour appuyer sa demande d’inscription à la liste de sauvegarde, le CRAE a diffusé une pétition. En trois semaines, celle-ci a recueilli 1267 signatures. Un joli succès qui montre que les Enghiennois se soucient de leur patrimoine.

Autre élément encourageant : l’Agence wallonne du Patrimoine a jugé le dossier du CRAE recevable et l’instruira donc. Les amoureux du patrimoine Enghiennois croisent donc les doigts et espère que ce sera le début d’une prise de conscience à Enghien sur la nécessité de protéger ses vieilles pierres.

" La rue des Augustins, c’est un peu le dernier des Mohicans. Quand on est dans cette rue, on a l’impression d’être à Bruges. Mais à Bruges, on a investi dans la rénovation des bâtiments. Ici, rien. Et il est temps que les autorités se bougent, qu’elles prennent conscience que cette rue a une valeur patrimoniale très importante et que la situation ne peut pas rester telle qu’elle est aujourd’hui, en train de pourrir ", conclut Philippe Koole.

Ugo Petropoulos