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Éleveur d'alpaga : apprivoiser les peluches des montagnes sur les plaines de Belgique

Loin de la cordillère des Andes où ils paissent paisiblement en groupe habituellement, c’est sur des plaines de la Province du Luxembourg que Laurence et Éric Varlet élèvent des alpagas.

"Je peux toutes les nommées. Là il y a Indochine, ici Yota ou encore Easy glory un peu plus loin. Elles ont toutes un petit prénom", raconte Laurence en nourrissant son troupeau de jeunes alpaguettes.

L’alpaga est un animal paisible et réputé pour son pelage. Ces adorateurs le qualifient d’ailleurs de "peluche des montagnes", même s’il ne revête pas sa toison habituelle en cette période de chaleur. "En ce moment, c’est la période de tonte. Les alpagas ont besoin d’être débarrassés de leurs grosses toisons pour la saison chaude. C’est absolument nécessaire de les tondre au moins une fois par an".

Ce qui a convaincu Laurence et Éric d’investir dans l’alpaga, c’est la facilité d’élevage. L’animal est propre et son caractère curieux le rend très sociable. Le couple d’éleveurs a commencé par deux femelles en 2011. Aujourd’hui, leurs troupeaux comptent 60 bêtes, triées sur le volet. "On les sélectionne sur la génétique. C’est la qualité de toison qui prime. Il faut une toison dense, fine… pour produire la meilleure qualité de fibre possible. On doit également les choisir en partant de la bonne conformation, les bonnes propriétés des animaux comme la résistance physique avec un bon dos, des bonnes dents, de bonnes jambes. C’est très important. Vous voyez qu’il y a également différentes couleurs. C’est un choix, on adore les mélanges. Notre particularité au maquis, c’est la couleur grise. On essaie de travailler là-dessus", ajoute l’éleveuse.

De l’élevage à la filature

En Belgique, l’alpaga est considéré comme un animal domestique et ne peut être consommé. Dans certains pays, on vend et on mange la viande de l’animal, mais c’est très peu le cas en Europe. Pour diversifier leurs activités et profiter de la qualité de la fibre de leurs animaux, Laurence et Eric ont fait construire une petite filature. "On a notre atelier. On transforme les toisons en fil à tricoter. Ce sont les mêmes machines que dans une filature industrielle, mais ici c’est une microfilature. Nos machines viennent du Canada, c’est le seul fabriquant au monde à faire la série complète des 13 étapes pour transformer la toison brute en fil à tricoter", explique Eric, le mari de Laurence.

En ce moment, la filature est à l’arrêt, "car c’est la période de tonte. Notre boulot c’est d’aller chez les particuliers pour tondre leurs alpagas et récupérer la laine. Sinon, des particuliers nous apportent leurs toisons que nous stockons et que nous traiterons dès la reprise des activités de filature".

Derrière l’atelier, on retrouve également un magasin où se trouvent des écharpes, des gants, des bonnets, des couettes… confectionnés à partir de la laine d’alpaga. La qualité des produits due à la fibre douce, fine et légère récoltée est reconnue en Europe. Pour le couple d’éleveur, c’est un travail de longue haleine et un modèle financier précis. "À partir du moment où on travaille du producteur au consommateur directement, sans intermédiaire c’est une activité viable, mais à cette condition-là bien sûr", explique Laurence. "On fait tout sur place ici. On va de l’élevage à la transformation en fil à tricoter ou en produit fini. Quand on a la chance d’avoir des toisons d’une couleur rare ou d’une qualité exceptionnelle, le but c’est de la valoriser le plus possible", complète Éric.

En parcourant le magasin, même s’il y a toutes les gammes de prix, il faut parfois débourser plusieurs centaines d’euros pour certains produits. "Les alpagas produisent une fibre de luxe. Quand on atteint les hautes qualités comme celle du baby alpaga, ce sont des fibres en dessous de 19 microns (on mesure l’épaisseur des fibres de laine en utilisant les microns. Plus le micron est petit, plus la laine est fine et caresse la peau, au lieu de la piquer comme une aiguille, ndlr). Seulement 1% de la population d’alpaga produit cela. Dans ce cas-là, c’est un produit de grand luxe", admet l’éleveur.

Alpaga thérapie ou Théralpaga

Si l’alpaga est réputé pour sa toison, il l’est également pour son caractère. "C’est un animal très zen. Il n’aime pas que l’on crie, que l’on fasse des gestes brusques. Il a besoin de beaucoup de calme et de patience". À côté de son boulot, Anne-Sophie Villers est alpaga thérapeute du côté de Wanze en Province de Liège. Elle élève deux camélidés nommés Pablo et Crabby pour la zoothérapie, une méthode thérapeutique non conventionnelle qui vise à améliorer la santé physique ou mentale d’une personne, en utilisant l’animal comme médiateur. "L’idée, c’est de proposer des activités qui correspondent aux besoins de la personne. Si vous êtes stressé ou anxieux à cause du confinement par exemple, on peut aller se promener avec l’alpaga tenu en laisse. Le fait de marcher, de guider l’animal voire de lui parler peut clairement l’aider à diminuer son stress et son anxiété".

Avec une partenaire psychologue, Anne-Sophie a créé l’ASBL "Pause animal". Elles pratiquent la zoothérapie et l’alpaga thérapie dans différents contextes, notamment en maison de repos. "On aide les pensionnaires à sortir de leur quotidien, à travailler la motricité et la prise de parole. Ce n’est pas un animal que l’on voit fréquemment. Les gens sont curieux et les langues se délient plus facilement". La thérapie fonctionne en fonction des demandes individuelles. "On reçoit souvent des enfants dont les parents sont en instance de séparation. Ils viennent en sas de décompression avant de retourner chez papa ou maman. On reçoit aussi des gens qui perdent confiance en eux comme des enfants victimes de harcèlement scolaire. Avec ces derniers, on travaille le positionnement pour qu’ils apprennent à s’affirmer. Et puis, on travaille aussi avec des personnes handicapées. Tout type de public peut faire appel à nos services", détaille la zoothérapeute.

En Wallonie, un centre psychiatrique utilise également l’alpaga pour certaines thérapies. "Si une personne a des affinités avec des animaux, c’est une thérapie qui peut être complémentaire à d’autres thérapies et qui peut aider au bien-être de la personne. L’animal va être un élément facilitateur entre la personne et le zoothérapeute. On peut aider à ce qu’une personne ait un 'mieux-être', conclut Anne-Sophie.

Pour sa laine ou pour des besoins thérapeutiques, le cousin du Lama est élevé à plusieurs fins. En Belgique, ils sont d’ailleurs plusieurs dizaines à avoir craquer pour ces nounours vivants aux nombreuses vertus.

A.Gonzalez

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