Ittre 1460

Effondrements de terrain à Ittre et Ohain : un phénomène récurrent, connu des géologues

La photo publiée récemment par le bourgmestre d’Ittre, Christian Fayt, sur sa page Facebook, nous a interpellés.

On y voit un large trou, entouré de rubalise, au milieu d’une prairie située sur un terrain privé de Haut-Ittre. "Le second en 1 mois sur notre commune", commente le bourgmestre. La cause a été rapidement identifiée : le terrain s’est effondré à l’emplacement d’une ancienne marnière. Ces carrières de marne ou sable calcaire ont été exploitées jusqu’à la fin du 19e siècle. On en extrayait un amendement pour les champs dont les terres étaient trop acides.

"Crise d’effondrements"

Ces effondrements n’ont pas surpris Daniel Pacyna, le responsable du Service géologique de Wallonie. "Toute la zone située entre Braine-l’Alleud, Waterloo, Plancenoit et Ittre est connue pour avoir abrité des exploitations souterraines de marne et les bancs de grès qui y étaient associés comme matériaux de construction. Ces effondrements ont lui assez régulièrement après des périodes pluvieuses", confirme-t-il.

"Ces phénomènes d’effondrements ont toujours existé. Cela fait presque partie du patrimoine culturel de certains villages. Ce sont des choses qui se réglaient de façon naturelle par les propriétaires des terrains : c’était connu, c’était des travaux des anciens", ajoute le spécialiste. Ces trous se forment de manière régulière, quasiment cyclique.

Les géologues parlent même de "crise d’effondrements". "Tous les dix ans environ, suite à des hivers assez pluvieux et qui se terminent par des périodes assez sèches, on connaît quelques semaines avec des effondrements un peu partout, en tout type de contexte. C’était donc pratiquement prévisible : les trois années de sécheresse qu’on a connues ont eu tendance à assécher les terrains superficiels, à les compacter. Et les pluies qui sont tombées en abondance cet hiver les réhumidifient et les alourdissent. Mais il faut rester raisonnable : ce qu’on appelle une crise, c’est plus de cas que d’ordinaire", nuance Daniel Pacyna. Ces dernières semaines, on a ainsi recensé deux effondrements à Ittre, un à Ohain.

Une cartographie utile aux candidats bâtisseurs

Les zones les plus sensibles sont connues des géologues. "C’étaient des zones qui étaient à l’époque à la campagne et qui ont été aujourd’hui urbanisées et loties. Il arrive fréquemment qu’on ait des effondrements dans des lotissements, tout simplement parce que les infiltrations d’eau sont plus nombreuses. On a des égouts, des voiries des citernes…

Ces zones sont aujourd’hui recensées sur des cartes du sous-sol accessibles au public. "Elles indiquent par de simples zones de couleur la présence de zone de puits de mines, de carrières souterraines, de karts et d’autres phénomènes. Sur le Brabant wallon, on constate la présence de taches orange, qui indiquent la présence potentielle de marnières de ce type", explique notre interlocuteur.

Avant d’entamer des travaux de construction, il est même possible de demander une fiche d’information qui précise la nature du sous-sol et de l’éventuelle menace, les précautions à prendre et les conditions administratives qui accompagnent un permis de bâtir. 

Les notaires, les architectes, les entrepreneurs sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à solliciter ces renseignements. "Les effondrements spectaculaires sont très rares, rassure-t-il. Mais ce qu’on a fréquemment, c’est de la fissuration parce que les fondations n’ont pas été adaptées. On ne peut donc que recommander de ne pas outrepasser cette phase d’estimation des risques géotechniques en début de chantier".

Stéphanie Vandreck

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