Don de sperme: 80% des femmes qui l'envisagent n'ont pas de conjoint

Faire un enfant grâce à un don de sperme, anonyme ou pas, c’est devenu un acte médical presque banal.

Couples infertiles, couples homoparentaux et surtout femmes célibataires. C’est en majorité cette catégorie de patientes (80% des demandes) que l’on voit au Centre de Procréation Médicalement Assistée du CHU Saint-Pierre. Candice Autin, chef de clinique : "Il n’y a pas un profil type, mais en général, ce sont des femmes qui approchent la quarantaine et qui voient l’horloge biologique avancer. Elles n’ont pas de compagnon ou alors, leur compagnon n’a pas de projet d’enfant. Elles ont un fort désir de maternité".

Comment ça marche ?

Si la femme n’a pas de problème de fertilité, on procède à une insémination intra-utérine. Au moment de l’ovulation, le sperme sera décongelé et déposé dans la cavité utérine. "Techniquement, c’est très simple, explique le Dr Autin. Chez une patiente qui n’a pas de souci, qui ovule régulièrement, on va simplement monitorer son cycle, suivre son cycle menstruel, déterminer quand elle ovule, et au moment de l’ovulation, on dépose la préparation de sperme. Cela se fait en cabinet. Cela ne demande pas d’hospitalisation, ni de repos particulier ".

Le taux de réussite tourne autour de 10 à 15%, selon l’âge de la patiente. Il faut dès lors faire plusieurs essais. Dans certains cas (trompes bouchées, endométriose sévère…) il faut recourir à une FIV (fécondation in vitro) :  les ovocytes de la femme sont alors prélevés et mis en fécondation au laboratoire avec le sperme du donneur. Le ou les embryon(s) formés seront transférés dans l’utérus.

Parfois la demande est refusée

Faire un bébé toute seule, sans filet de sécurité ? Au CHU Saint-Pierre, ce n’est pas envisageable. On n’aime d’ailleurs pas parler de  faire un bébé toute seule". On préfère dire qu’elles ont fait un bébé sans papa. Et qu’elles ne seront pas toutes seules. Il arrive d’ailleurs que le traitement soit refusé. Par exemple quand l’équipe médicale constate que la future mère est trop isolée et ne dispose pas d’un soutien suffisant en cas de maladie ou autre accident de la vie.

Dr Candice Autin : "On envisage avec elles beaucoup de situations: leur décès, leur maladies éventuelles, la fête des pères, comment elles vont gérer ça, l’école…y a-t-il un parrain ?

"On n’a pas de critères prédéfinis, ajoute Sarah Colman, l’une des psychologues du service, c’est au cas par cas. En fonction de ce que la personne demande, on évalue si on est confortable avec ça. Il est déjà arrivé qu’on soit mal à l’aise avec une dame tout à fait isolée, qui n’avait pas de point d’appui, de réseau sur lequel s’appuyer en cas de besoin".

La demande de PMA est alors refusée. Libre à la patiente d’aller voir ailleurs, si elle ne renonce pas à son projet de maternité. En Belgique ou à l’étranger.

La plupart des hôpitaux belges procèdent de la même manière. Julie Nekkebroeck, psychologue au Centre de Médecine de Reproduction de l’UZ Brussel : "C’est un projet bien réfléchi. C’est tout un parcours, on ne prend pas cette décision à la légère. Pour nous, il est très important que la patiente ait une famille et des amis sur qui elle peut compter".

Il reste que la Belgique est pionnière en la matière et ouverte d’esprit ? En France, la loi n’autorise pas le PMA pour les femmes célibataires. La loi belge ouvre la PMA à toutes les femmes depuis 2007. On parle de "projet parental". Il est indépendant de leur état civil ou de leur orientation sexuelle. "Toute personne ayant pris la décision de devenir parent" peut recourir à la PMA.

Congeler ses ovocytes : le social freezing

Congeler ses ovocytes pour envisager une grossesse plus tard, à un âge où le taux de fertilité est au plus bas, de plus en plus de femmes le font. En grande partie des femmes célibataires. Aujourd’hui, beaucoup de gynécologues le proposent à leurs patientes. A l’AZ Brussel, on pratique la congélation depuis 10 ans. Professeur Michel De Vos, du Centre de Médecine Reproductive de l’UZ Brussel : "Techniquement, c’est un peu contraignant. Les patientes doivent s’injecter des hormones afin de stimuler les ovaires pendant environ dix jours. Après dix jours, les ovaires sont gonflés et contiennent des ovocytes. On les sort et on les congèle". Les ovocytes seront conservés pendant dix ans. La fécondation se fera in vitro.

Malgré son coût – 4000 euros environ – non remboursé par la mutuelle, la congélation d’ovocyte devient courante. C’est le signe d’un changement de mentalité dans la société. Candice Autin, chef de clinique au CHU Saint-Pierre : "On suit moins souvent la trajectoire classique d’avant : se marier, avoir des enfants. On cherche le bon partenaire et parfois on ne le trouve pas. La proportion de patientes célibataires est croissante".

Aux mères célibataires, les psychologues expliquent que l’enfant n’aura pas de père et qu’il faudra leur expliquer. Comment grandiront ces enfants ? Il y a peu d’études scientifiques sur la monoparentalité choisie. Mais les professionnels soulignent qu’il n’y a plus de modèle parental unique. Et que les enfants nés de don de sperme vont tout aussi bien que les autres. Constat confirmé par Séverine Somers, mère célibataire d’une petite fille de huit mois : "J’ai eu des critiques. Certaines personnes trouvaient que c’était scandaleux, que cela faisait des enfants à problèmes. Quand je vois ma fille, elle va super. Et elle a tout l’amour de ma famille. Parfois ces enfants sont plus heureux que ceux dont les parents se déchirent ou les grands parents ne s’en occupent pas".

 

 

Marianne Klaric

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