Doigt d'honneur à des policiers: un journaliste interdit de couvrir les manifestations des gilets jaunes

Le journaliste Gaspard Glanz, interpellé samedi lors de l'acte 23 des "gilets jaunes à Paris", a passé 48 heures en garde à vue.

Le journaliste Gaspard Glanz, interpellé samedi lors de l'acte 23 des "gilets jaunes à Paris", a passé 48 heures en garde à vue. Libéré lundi, il s'est vu remettre une convocation pour être jugé le 18 octobre au tribunal de Paris, a-t-on appris auprès d'un de ses avocats.

Il sera jugé pour "outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique", selon Me Raphaël Kempf et le parquet de Paris.

D'ici cette date, il a pour interdiction de paraître à Paris tous les samedis et le 1er mai, conformément aux réquisitions du parquet, a indiqué son avocat.

Le journaliste a assuré qu'il "se rendrait dans la manifestation ce samedi et le 1er mai malgré l'interdiction qui m'est faite". "C'est mon travail, et j'habite à Paris".

Sur Twitter, Me Kempf, a annoncé qu'il allait "contester" la décision qui "porte atteinte à la liberté de la presse et à celle de travailler", Gaspard Glanz s'étant spécialisé dans la couverture de mouvements sociaux et notamment de celui des "gilets jaunes". 

Interrogé sur la radio RMC, le secrétaire d'Etat Laurent Nunez a affirmé que Gaspard Glanz serait arrêté s'il se rendait aux manifestations. "Violer son contrôle judiciaire c'est gravissime. On n'est pas dans la liberté de la presse ici, on est dans un délit de droit commun".

La vérité de ce qu'il se passe dans la rue, les bavures

A sa sortie de garde à vue, Gaspard Glanz a accusé les policiers de s'en prendre à lui pour ne pas qu'il montre "la vérité de ce qu'il se passe dans la rue, les bavures".

Un doigt d'honneur à un policier

A la tête de l'agence Taranis News, le journaliste avait été placé en garde à vue samedi après avoir été interpellé place de la République, en pleine mobilisation des "gilets jaunes".

Sur une vidéo filmée par Nicolas Mercier et diffusée sur YouTube, on le voit apostropher les forces de l'ordre, en demandant où est le commissaire, et affirmer avoir été visé par une grenade de désencerclement. Le journaliste leur fait ensuite un doigt d'honneur après avoir été poussé par un policier.

Qui est Gaspard Glanz?

Journaliste free-lance (travaillant pour plusieurs médias) Gaspard Glanz a fondé sa société de production Taranis News en 2011, un média qu'il définissait en 2016 comme s'intéressant "à la foule en général : les festivals, les manifestations, les rassemblements. On fait ce que j'appelle du 'street journalism', un journalisme urbain, pour les jeunes, car 90 % des visiteurs de notre site ont entre 17 et 35 ans".

Couvrant les grandes manifestations, il a déjà été interpellé trois fois avant samedi, rappelle Libération: en novembre 2015 lors de la COP21, en 2016 pendant les manifestations contre la loi travail et la même année dans la "jungle" des migrants de Calais. Lors de cette dernière interpellation, il est poursuivi pour vol de "talkie-walkie" à un CRS, une accusation qu'il nie, et injures et diffamation envers les forces de l'ordre (il avait publié sur Facebook une photo représentant plusieurs policiers, avec l’inscription"Ein Volk, ein Reich, ein Führer", allusion au régime nazi)

Selon lui, il est fiché S (surveillé par la Sûreté de l'Etat), comme "individu susceptible de se livrer à des actions violentes".

Dans le cadre de l'affaire Benalla - du nom de l'ancien garde du corps d'Emmanuel Macron filmé en train de violenter des manifestants en dehors de ses fonctions avec un brassard "police" -, il avait publié des vidéos compromettantes.

Intimider les journalistes

"On est choqué par la répression générale qui s'abat sur beaucoup de journalistes depuis le début du mouvement des gilets jaunes", a déclaré lundi Dominique Pradelié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), devant le commissariat du XIIe arrondissement de Paris où se déroulait la garde à vue de Gaspard Glanz.

"Des dizaines de plaintes ont été déposées par des journalistes contre des forces de l'ordre", a-t-elle ajouté, estimant que l'arrestation de Gaspard Glanz était "inadmissible".

Un autre journaliste indépendant, Alexis Kraland, a lui aussi été interpellé samedi, mais il a été libéré dans la soirée après avoir fait l'objet d'un rappel à la loi, selon le parquet.

Dans un communiqué, le SNJ-CGT a estimé que le pouvoir cherchait "à intimider les journalistes en les empêchant d'informer les citoyens de ce pays".

La CFDT-journalistes a pour sa part demandé que "des enquêtes soient menées en interne par l'inspection générale de la police nationale et que les résultats en soient rendus publics". Le syndicat affirme étudier "la possibilité de saisir le Défenseur des droits dans le cadre de ses compétences sur le respect de la déontologie par les professionnels de la sécurité".

Plusieurs journalistes ont été blessés samedi lors des manifestations. A Toulouse, deux journalistes ont été touchés par une "grenade de désencerclement", selon leur témoignage ou celui de leur employeur.

A Paris, un photographe de l'Agence France-Presse "a reçu une grenade lacrymogène dans les jambes" et a "pris un coup, hors action" de la part d'un policier, a indiqué son rédacteur en chef photo France Olivier Morin.

Une vidéaste de l'AFP a également indiqué que sa chaussure avait pris feu après le tir d'une grenade de désencerclement. Elle a été prise en charge par des "street medics".

J.C.

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