Devons-nous craindre les 62 détenus radicalisés qui seront libérés d'ici 2020 ?

Mercredi soir, le débat d’À Votre Avis mené par Sacha Daout, portait sur la récidive.

En début d’année, Jérémy Pierson a été condamné à la peine maximum prévue par la loi, soit à la perpétuité et une mise à disposition du tribunal d’application des peines pour une durée de 15 ans pour le viol et le meurtre de Béatrice Berlaimont. Plus récemment, la Chambre du Conseil de Namur a prolongé d'un mois le mandat d'arrêt de Xavier Van Dam, l'assassin présumé de Wivinne Marion. La pédiatre au CHR de Namur a été assassinée jeudi passé lors de son jogging

Le point commun entre ces deux hommes : ils sont récidivistes. Ce n’est pas un phénomène rare en Belgique, loin de là. En effet, le taux inquiétant de récidive dans notre pays s’élève à 57,6 %. Comment expliquer ce chiffre ? Notre justice est-elle trop laxiste ? La Belgique consacre-t-elle assez de moyens à la réinsertion des détenus ?

Des peines longue durée contre-productives

Le premier point soulevé lors de ce débat par Alexandre Delvaux, président du Tribunal d'Application des Peines de Bruxelles, est l’impunité pour les peines qui n’excèdent pas les trois ans d’enfermement. "Savez-vous que le ministre de la Justice, depuis 25 ans, n'exécute plus les peines jusqu'à trois ans de prison. Ces personnes sont condamnées par un juge qui a estimé, au terme d'un examen important, qu'il n'y avait plus de possibilité autre que l'entrée en prison. Ce n'est pas une bonne chose car le signal que le ministre donne en n'exécutant pas les peines de prison ferme jusqu'à trois ans est un signal de récidive. Il y a une certaine forme d'impunité". Valérie Lebrun, directrice de la prison d'Ittre tient tout de même à préciser que les personnes concernées sont automatiquement munies d'un bracelet électronique.

Pourtant, d’après l’avocat Alexandre Wilmotte, les courtes peines sont d’une haute importance. Selon lui, ce sont les premiers jours qui sont les plus difficiles pour un détenu. "Quand on met en prison quelqu'un, quelques jours, croyez-moi que c'est beaucoup plus marquant que de le laisser sur une période relativement longue. En effet, l'être humain va s'adapter, même au contexte carcéral. Donc les premiers jours que la personne va passer en détention vont être les plus difficiles".

Christian Panier, ancien Président du Tribunal de Première Instance de Namur, va dans le même sens. Il ajoute que l'effet des peines de longue durée n'est pas celui qui est attendu. Ajoutées à l’absence de moyens de réinsertion, elles ne font qu’augmenter les chances de récidive.

L’actuel Président de la Commission de la Justice, et député fédéral Philippe Goffin est bien conscient des problèmes de réinsertion et de surpopulation des prisons. Il a d’ailleurs annoncé sur le plateau qu’une révision du code pénal allait bientôt arriver au Parlement.

62 détenus radicalisés libérés d'ici 2020. Et après ?

En attendant, 62 détenus radicalisés seront libérés d’ici 2020. Faut-il les craindre ? Feront-ils l’objet de surveillances accrues ? Pour le ministre des Maisons de Justice de la FWB, Rachid Madrane, leur surveillance est de la responsabilité du niveau fédéral. Quant à leur libération, elle suivra la procédure classique. "Si les personnes sont libérées avec conditions, les Maisons de justice s’occuperont de vérifier si les conditions sont respectées. Si la personne va en fond de peine, ce que font beaucoup de détenus, quand ils sortiront, ça ne relèvera plus de la Communauté française. Nos services de sécurité et de renseignement, ainsi que notre police veilleront au grain".

Alexandre Antoun

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