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Des oeuvres d'art made in Belgium victimes de plagiat chinois?

Peintre et sculpteur établi à Kluisbergen, Christian Silvain dénonce un plagiat à grande échelle.

Il serait l'oeuvre de Ye Yongqing, un artiste chinois bien coté sur le marché de l'art. "Il est en train de faire fortune!", affirme le Belge, dégoûté. Il refuse toutefois d'engager des poursuites judiciaires à l'autre bout du monde. 

Tout commence par un simple fax, envoyé de Bonn en Allemagne. "Des amis me disent qu'ils ont vu mes oeuvres, exposées là-bas. Et qu'il ne s'agissait pas des meilleures!" L'artiste wallon vient de découvrir le pot aux roses. Il recevra par la suite d'autres appels, de galeristes notamment, se plaignant de la qualité des toiles livrées. Ces oeuvres ne sont pas les siennes. Mais elles intègrent les symboles habituels de Christian Silvain. "L'oiseau, le nid, la cage, la croix rouge, l'avion...tout y est! Sauf mon nom, sinon on parlerait de faux!" L'artiste belge se renseigne sur l'auteur des plagiats (présumés). "Il est très connu en Chine, il a le statut de star nationale et vend beaucoup à l'étranger, pour des montants astronomiques". Il nous cite une toile (de lui) vendue 6000 euros, qui (une fois plagiée) aurait atteint 100 fois plus, dans une grande salle de ventes!

Que faire? Christian Silvain évoque le problème auprès de marchands d'art, de galeristes qui le connaissent bien. Il contacte la SABAM, son homologue allemande. But de la manoeuvre: faire interdire Ye Yongqing des lieux de vente. Mais l'entreprise s'avère très compliquée! "Le responsable européen d'une très grande salle de ventes a une fois expliqué qu'il comprenait bien la frustration que j'avais, mais que les oeuvres de Ye Yongqing se vendaient extrêmement bien, elles atteignaient des montants énormes!" Pour Christian Silvain, l'appât du gain (et des commissions laissées aux salles de ventes), explique pourquoi certains ferment les yeux.

 

Nous nous sommes tournés vers Christies, un des poids lourds du marché de l'art. "Nous avons déjà vendu des oeuvres de Ye Yongqing, en effet", reconnaît-on à Bruxelles. "Mais les ventes ont eu lieu surtout à Honk Kong. A Londres aussi, mais il y a longtemps..." Christies explique ne pas pouvoir prendre de mesures "d'exclusion", envers certains artistes, s'ils ne font pas l'objet d'une plainte, ou d'une procédure judiciaire. "Nous comprenons cet artiste belge qui se sent victime de plagiat, mais il faut prouver que tel est bien le cas. La police peut le faire, ou un tribunal". Concernant Ye Yongqing, "il est connu en Chine, bénéficie d'une cote sur le marché de l'art"...Jusqu'à preuve du contraire, "R.A.S" nous fait-on comprendre. 

Pourquoi Christian Silvain n'entame-t-il pas des poursuites judiciaires, si c'est le seul moyen pour barrer la route aux auteurs de plagiat? "En Chine...c'est quasiment impossible", nous répond Christian Silvain. Il n'a pas envie de se lancer dans une longue bataille judiciaire. Pas autant de moyens que son adversaire, non plus. "Vous devez payer des avocats sur place, extrêmement cher. Quand vous voyez ce que gagne Ye Yongqing, avec ses toiles...on est loin de ce que nous avons". Il soupçonne des liens avec la mafia chinoise, évoque un possible blanchiment d'argent...Bref. Il n'ira pas. Le David belge n'affrontera pas le Goliath chinois.

 

Il garde l'espoir, malgré tout, que les plagiats cessent. "Cet artiste chinois s'en est pris, autrefois, à Pierre Alechinsky. Je ne sais pas si Pierre a entamé des démarches, mais ces plagiats n'ont plus lieu".

Certains lui disent qu'il devrait être honoré d'être copié. "Ca me fait une belle jambe", sourit l'artiste. "Je ne fais pas cela pour l'argent, mais avant tout par principe".

Charlotte Legrand

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