David Clarinval plaide pour rouvrir "le plus vite possible" les commerces dits non essentiels : "Nous ne sommes pas une île"

Ce mercredi, c’est David Clarinval, ministre des indépendants et des réformes institutionnelles qui était l’invité de Matin Première.

Alors que la France a annoncé ce mardi l’ouverture des commerces non-essentiels dès ce samedi et qu’un comité de concertation se réunira ce vendredi pour faire le bilan après deux semaines de reconfinement, l’élu MR plaide pour suivre la voie ouverte par nos voisins. Il estime que tous les commerces doivent rouvrir et que la solution "sur rendez-vous" n’est pas suffisante.

Le 15 décembre : c’était la date annoncée pour une éventuelle révision de la fermeture des commerces dits "non-essentiels" afin d’endiguer les courbes belges de propagation du coronavirus. Pourtant, le comité de concertation qui se réunira le 27 novembre pourrait bien revenir sur cette échéance.


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Et David Clarinval a un avis bien tranché sur la question. "Nous ne sommes pas une île", martèle-t-il alors que de nombreux Belges se rendent déjà au Pays-Bas ou au Luxembourg pour faire leurs emplettes et pourraient prendre la route pour la France dès samedi. "J’avais demandé que le 27 novembre, on puisse avoir une clause de rendez-vous parce que nous avions décidé de fermer les commerces jusqu’au 15 décembre", rappelle-t-il.

Une question "de vie ou de mort"

Il estime toutefois qu’un système de commerce en magasin sur rendez-vous ne serait pas suffisant. "Il y a une détresse économique mais aussi une détresse psychologique dans le chef de nos indépendants et donc pour moi, en effet, il faut que l’on rouvre les commerces qui sont qualifiés de non-essentiels et qui sont en danger de vie ou de mort." Le ministre raconte aussi les coups de téléphone et courriers de commerçants "qui ne demandent qu’à travailler".

Si on ne le fait pas […], on aura une situation aussi grave que l’hôpital sur le plan sanitaire

"On sait que les commerces ne sont pas les endroits où il y a une contamination très importante, la situation sanitaire s’est améliorée et il faut aussi que l’on puisse tenir compte de l’impact économique et de l’impact psychologique que cela a sur nos citoyens", plaide le libéral. "Si on ne le fait pas, on va avoir des dégâts économiques et psychologiques tellement importants qu’on aura vraiment une situation de crise aussi grave que l’hôpital sur le plan sanitaire."


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Selon une enquête réalisée durant ce reconfinement, seuls 17% de propriétaires de petits commerces ont affirmé pouvoir tenir le coup suite aux périodes de confinement successives. Pour David Clarinval, ce sont tant les commerces que les services qui doivent pouvoir rouvrir leurs portes. "Il y a les commerces non essentiels, il y a les services non-essentiels, car-wash, toiletteurs et puis il y a aussi les métiers de contact, coiffeurs, esthéticiennes. Pour moi, tous ces services, tous ces commerçants doivent rouvrir le plus vite possible."

Sur rendez-vous ? "Pas suffisant"

Lors d’un conseil des ministres restreint qui s’est tenu lundi soir, un accord a, semble-t-il, été trouvé en faveur d’une ouverture des commerces et services mais sous conditions. Ce sont les conditions qui dont discutées en ce moment et qui devraient déboucher sur les décisions qui seront annoncées ce vendredi.

Est-ce que la prise de rendez-vous deviendra la norme pour faire ses achats. "Ce n’est pas suffisant", répond le ministre en charge des indépendants. "J’avais proposé ça, il y a un mois, cela avait été refusé par le comité de concertation estimant que c’était déjà trop important. Une ouverture sur rendez-vous serait déjà un plus mais ce n’est pas assez pour pouvoir sauver nos commerçants et nos indépendants."


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Vient ensuite la question du "quand ?". Car si la France ne perd pas de temps et rouvre ses commerces dès ce week-end. En Belgique, on pourrait attendre le début de la semaine prochaine pour que les petits commerçants puissent rouvrir. "Les dates, les méthodologies sont encore en discussion", explique David Clarinval.

Il y a des solutions

"Il faut tenir compte de l’avis des virologues qui veulent que l’on puisse gérer les foules qui pourraient s’agglutiner dans les magasins. Il faut que l’on prenne des mesures pour éviter ce phénomène donc on doit aussi veiller à mettre des mesures qui veilleront à ce qu’il n’y ait pas ces agglutinements", insiste-t-il. Il estime aussi que des élargissements des horaires d’ouverture pourraient être concédés. Le dimanche, tôt le matin ou tard le soir, des ouvertures plus larges pourraient aider à répandre les clients au cours des journées et de la semaine. "Il y a des solutions et c’est sur cela que j’aimerais qu’on puisse se mettre d’accord."


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Les chiffres actuels, plus élevés qu’en mai

Toutefois, les chiffres que nous connaissons aujourd’hui, à l’aube d’une potentielle réouverture des commerces, posent question. Le 6 mai, à l’aube du premier déconfinement, la Belgique enregistrait une moyenne de 102 admissions par jour pour 542 patients aux soins intensifs. Aujourd’hui, ce sont 1168 patients qui sont hospitalisés aux soins intensifs et 282 cas par jour en moyenne. N’est-il pas dangereux d’ouvrir la vanne aux commerces tandis que les autorités ont longtemps pointé un déconfinement mal géré lors de la première vague.


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"Les dernières analyses montrent bien que les commerces qualifiés de "non-essentiels" sont vraiment avec des risques très faibles de contamination. Ce sont les endroits clos, où l’on reste sans masque, qui sont les endroits où on se contamine beaucoup. On ne se contamine pratiquement pas en allant acheter une paire de chaussures", estime le libéral.

On ne se contamine pratiquement pas en allant acheter une paire de chaussures

Il plaide aussi pour une reprise des règles du premier confinement, assorties d’autres règles sur la gestion des rues commerçantes et des centres commerçants.

Et les restaurants et cafés ?

Dans les médias flamands, le Premier ministre Alexander De Croo a confirmé que les restaurants et café n’ouvriraient pas avant 2021. "J’aimerais qu’on puisse évoquer le sujet de l’Horeca ce vendredi. La situation est un peu différente pour les cafés et les restaurants car on y reste plus longtemps que dans les magasins non essentiels", insiste le membre du gouvernement.

Il évoque aussi une "situation différente que celles des commerces", même s’il ne confirme pas qu’aucune réouverture n’aura lieu d’ici la fin décembre.

Maxime Fettweis

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