CQFD : La désobéissance civile mène-t-elle à la violence ?

Au lendemain du rassemblement pour protester contre les violences policières à Bruxelles, dix jours après l’action de désobéissance civile d’Extinction Rebellion pour le climat qui s’est terminée en affrontements entre manifestants et policiers, CQFD mettait en débat la question de la légitimité de la désobéissance d’une part, de la violence d’autre part.

Au lendemain du rassemblement pour protester contre les violences policières à Bruxelles, dix jours après l’action de désobéissance civile d’Extinction Rebellion pour le climat qui s’est terminée en affrontements entre manifestants et policiers, CQFD mettait en débat la question de la légitimité de la désobéissance d’une part, de la violence d’autre part. Autour de la table : Boris Dilliès, Bourgmestre d’Uccle (MR) et donc garant de l’ordre public dans sa commune et Pierre-Arnaud Perrouty directeur de La Ligue des Droits Humains.

Pour Boris Dilliès, "il est assez irresponsable d’encourager la désobéissance civile. […] Cela minimise la difficulté du maintien de l’ordre par la police. C’est un métier difficile, des gens qui risquent leur vie tous les jours pour des salaires parfois faibles" même s’il partage que l’enjeu climatique est majeur. Par contre, le bourgmestre d’Uccle ne souscrit pas aux méthodes : "quel est l’intérêt d’aller bloquer les rails du tram ou de manifester dans un lieu où il n’y a pas d’autorisation ? On peut manifester en Belgique, ça se fait tous les jours, et dans la majorité des cas, ça se fait dans des conditions parfaites. On reste dans un état de droit et démocratique, tout le monde peut manifester […] mais il faut respecter un certain nombre de règles".

A un moment, manifester on se rend compte à un moment que ça ne suffit plus pour faire bouger les choses

Pierre-Arnaud Perrouty ne partage pas l’argument légaliste : "Bien sûr, en démocratie, on peut manifester, on peut saisir les médias, faire des tribunes… mais tout ça, les gens (d’Extinction Rebellion) qui manifestaient l’ont déjà fait depuis longtemps. On se rend compte à un moment que ça ne suffit plus pour faire bouger les choses". Le directeur de la LDH ne pense pas non plus que la désobéissance civile préfigure l’anarchie puisqu’il s’agit plutôt pour lui d’un mouvement politique collectif organisé qui porte des revendications claires notamment en bloquant la circulation pour déranger et peser dans le débat : "Si on n’instaure pas un rapport de force, qui peut être tout à fait pacifique, les choses risquent peu de changer".

Dès lors, la désobéissance civile est-elle légitime ? Puisque par définition elle implique de contrevenir à la loi et donc d’aller à l’encontre de la Police, n’induit-elle pas immanquablement la violence ? Pour Pierre-Arnaud Perrouty, une action de désobéissance peut être parfaitement pacifiste. "Et qu’en bien même elle ne le serait pas il y a une gradation dans la violence. Ce n’est pas la même chose de s’en prendre à des biens ou des personnes. C’est vrai qu’il n’y a absolument pas besoin de s’en prendre à des policiers physiquement quel que soit le message. A l’inverse, les policiers doivent réagir avec calme et fermeté".

Tout le monde peut manifester […] mais il faut respecter un certain nombre de règles

Sur cette question de la légitimée de la violence, Boris Dilliès juge qu’on ne peut attendre des policiers qu’ils résistent à toutes les pressions : "on oublie que ce sont des humains, ils sont imparfaits et là, il peut y avoir des failles, c’est humain".

Dans certains cas, la désobéissance civile, même la violence, permet de gagner l’attention du monde politique, de mettre la pression. Après des WE consécutifs de violentes manifestations en France de saccage dans les rues de Paris et des grandes villes, de vitrines cassées, de voitures brûlées, les gilets jaunes ont obtenu concession de la part du gouvernement. Pour Boris Dilliès, c’est clair qu’on est dans une époque aujourd’hui où certains considèrent que pour se faire entendre il est nécessaire d’être violent. De son côté, le directeur de la LDH attribue ce niveau de violence en France notamment à l’armement des policiers : "On voit des images de policiers surarmés pour faire du maintien de l’ordre, forcement ça les pousse à utiliser ces armes dans les manifestations. Heureusement, chez nous, les responsables policiers disent que ces armes ne sont pas nécessaires".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

Simon Bourgeois

Retrouvez l'article original sur RTBF