Covid-19 : le succès fou des vélos provoque la pénurie de cycles et de pièces détachées

Avec le confinement, beaucoup se sont tournés vers le vélo pour profiter d’une activité de plein air.

Avec le confinement, beaucoup se sont tournés vers le vélo pour profiter d’une activité de plein air. D’autres ont trouvé dans la bicyclette une alternative aux transports en commun pour éviter la contamination. Conséquence de cet engouement et conséquence du fait que beaucoup de fabricants ont fermé leurs usines pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, il devient difficile d’acheter un vélo neuf. Certaines pièces se font aussi plus rares. Dans certains cas, il faudra patienter plusieurs mois avant d’obtenir ce que l’on recherche

Les vélocistes ne se souviennent pas d’avoir connu une telle situation. A croire que toute la Belgique s’est mise à pédaler. La fermeture des magasins à la mi-mars avait mis un gros coup de frein aux ventes de vélos. Pendant le confinement, il y a bien eu des ventes en ligne, mais c’est surtout depuis la réouverture autorisée le 11 mai que tout s’est accéléré. Cela a été le rush sur les vélos.

 


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L’augmentation des ventes par rapport à l’an passé est fulgurante : " +300% ", explique Isabelle Parmentier, vélociste chez IMP Bike à Evere et vice-présidente du groupement des professionnels belges du vélo. Elle poursuit : " La plupart de mes collègues ont dû fermer une semaine pour remplir à nouveau le magasin. Le Covid et le vélo, cela a été une affaire étonnante. Le vélo fait respecter la distanciation. C’est le seul sport qui a été autorisé pendant le confinement. C’est une réponse à la promiscuité des transports en commun que les gens ne veulent plus. Beaucoup en ont profité pour reprendre leur vélo. Tout cet afflux de nouveaux clients a fait qu’il y a eu une ruée sur les vélos ".

Pénurie sur beaucoup de modèles en magasins et en occasions

Les vélocistes indépendants ont bien vendu. Les grandes surfaces aussi ont été dévalisées dès le premier jour du déconfinement pour les commerces. Un coup d’œil sur le site internet d’un géant de la vente d’articles de sport, Décathlon, suffit pour s’en rendre compte. Beaucoup de vélos ne sont plus disponibles pour le moment. Un responsable du rayon " cycles " d’un des magasins de l’enseigne en Belgique que nous avons contacté nous l’a confirmé. " Il reste des vélos pour les enfants de 2 à 6 ans. Il reste un modèle en taille 20 pouces, quasi plus rien en vélos de ville. Il reste des VTT au-delà de 850 euros mais dans la catégorie moins chère, c’est la pénurie ". Le stock devrait se reconstituer fin juin ou début juillet nous dit-on dans ce magasin.

Du côté des revendeurs de vélos d’occasion, c’est un peu le même constat. " Vu la situation dans les magasins, les gens se rabattent sur des revendeurs comme nous ", nous explique un indépendant qui s’est spécialisé dans l’achat de vieux vélos qu’il reconditionne. Les vélos qu’il revend partent très rapidement. Et il peine à trouver certains types de vélos à restaurer : " Il m’est difficile de trouver des vélos pour dames, ce qui est très demandé. Je dois chercher de plus en plus loin ", explique-t-il.

Des tensions sur les stocks

La forte demande de la clientèle pour les cycles fait suite aux fermetures des usines de production, à cause du Coronavirus. Beaucoup d’usines se sont arrêtées plusieurs semaines, voire des mois, en Asie et en Europe. Il y a donc des trous dans la production. Un vélociste de la région namuroise explique n’avoir jamais vu ça. " Il n’y a parfois plus moyen d’avoir des vélos ", nous confie-t-il.

Le secteur des vélocistes doit pour le moment souvent se débrouiller avec les stocks déjà constitués ou grâce aux commandes passées auprès des fournisseurs avant le confinement et qui peuvent encore être honorées. Pour certains types de vélos, par exemple, il sera impossible d’en obtenir de l’usine avant des mois. " Chez Trek, par exemple, il n’y aura plus de vélos avant le mois de septembre, voire octobre ou novembre ou janvier pour certains modèles ", explique Isabelle Parmentier, vélociste à Evere. C’est surtout le cas pour les vélos de sport. " La production européenne est maîtrisée au niveau des délais. Là, on est sur du vélo plutôt urbain. Là, on sait qu’on sera approvisionné en juillet août. Par contre, tout ce qui est vélo de sport, vélo de course ou VTT, il y a vraiment une pénurie à cause de la difficulté de l’Asie à suivre la demande, surtout au niveau des pièces ", explique Isabelle Parmentier.

 


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Une situation que l’on vit aussi à l’entreprise Thompson, implantée à Lessines. La société, fondée il y a presque un siècle assemble aujourd’hui différents types de vélos pour la ville, la détente ou le sport. Les pièces viennent de l’Etranger, d’Asie notamment pour être assemblées en Belgique. Il y a encore du stock mais pas pour tout : " Par exemple, des VTT, je n’en aurai plus avant le mois de novembre", explique Isabelle De Smet, la responsable et propriétaire de l’entreprise lessinoise. Son usine d’assemblage dans le Hainaut s’est arrêtée pendant six semaines pendant le confinement. Avant cette période, Thompson avait pu assembler une partie du stock de vélos.

Ensuite, il y a eu un stop. Les marchandises ne sont plus arrivées d’Asie et aujourd’hui, elles ne sont pas encore là. " La deuxième livraison de certains vélos qui devait arriver en mars arrivera en été. Ce n’est pas une catastrophe car on pourra les vendre après mais ce sont des vélos qui nous manquent maintenant. Les containers commencent seulement à repartir de Chine. Cela a pris quelques mois avant que cela puisse recommencer. Normalement, tout devait arriver en mars. A présent, cela arrivera en juillet ", explique la responsable de Thompson bike. 

L’usine ne peut donc, pour le moment, qu’écouler le stock de vélo fabriqués avant le confinement et depuis la relance de la production en mai. Ces vélos sont en général déjà vendus, commandés par des clients. L’exemple permet de comprendre pourquoi beaucoup de vélocistes ne parviennent plus à commander de nouveaux vélos pour des clients qui viendraient ces jours-ci en magasin à la recherche d’une nouvelle monture.

Autre fabricant belge, la Belgian Cycling Factory, à Paal-Beringen qui conçoit les vélos des marques Ridley et Merckx. Ici, on fait plutôt dans les vélos de course et VTT de haut de gamme. La situation est différente, comme l’explique Thibaut Norga, le responsable du marketing : " Nous travaillons six mois à l’avance. Nous avons des pièces pour assembler des vélos pour cette période ". Cependant, là aussi, les pièces viennent de l’étranger, dont de Chine et l’on ignore si pour les mois qui viennent, les pièces commandées continueront à arriver en suffisance pour continuer à fabriquer tous les vélos qui seront commandés.

Toujours dans le haut de gamme, CarbonBike à Waremme est l’importateur officiel de la marque italienne Pinarello. " Avec cette marque, on a tout cumulé ", explique André Bewaert, le directeur opérationnel : " L’usine est à Taïwan. Les vélos ou les cadres passent par l’Italie. Donc, nous avons été impactés à 100% jusqu’à il y a un mois. Même si ça partait de Taïwan quand la situation s’est un peu relâchée là-bas, les vélos étaient bloqués en Italie. On est content de voir arriver le déconfinement pour pouvoir livrer tout ce qu’on nous livre ", explique André Bewaert. Aujourd’hui, ça va mieux : " Ils ont relancé la production. On voit arriver des camions plusieurs fois par semaine. Donc, on ne sera pas fortement impactés, même s’il y a certains modèles qu’on ne saura plus avoir ", poursuit André Bewaert.

La même société waremienne importe les vélos du fabriquant allemand Stevens. Là, ce sont les vélos électriques qui ont été très demandés. Certains modèles sont encore disponibles, parfois livrables fin août, avec des délais assez longs. Mais la grande majorité des vélos électriques de cette marque ne seront plus disponibles avant la nouvelle saison qui sera présentée en juillet août pour être livrables en octobre, si les délais habituels sont respectés.

Tous les types de vélos ne sont pas logés à la même enseigne. Certains vélos sont encore assez facilement disponibles, comme l’explique Isabelle Parmentier : " A Bruxelles, on vend des vélos de déplacement. On travaille avec des marques européennes et là, on n’a pas de problèmes car on travaille sur du vélo à configuration. Les gens commandent un vélo comme un costume sur mesure. Le vélo est fabriqué pour eux. Jusqu’à présent, nous livrons dans un délai de maximum un mois, ce qui est le délai habituel ", explique Isabelle Parmentier, vélociste à Evere.

Pénurie pour certaines pièces de rechange

Tous les clients n’achètent pas du neuf. Il faut aussi réparer les vélos. Et là, cela devient parfois compliqué de trouver les pièces. " La majorité des pièces détachées viennent d’Asie. Aujourd’hui, le volume des ventes fait qu’on a du mal à s’approvisionner et à approvisionner nos clients ", explique-t-on chez Carbon Bike. Les usines asiatiques ont repris la production mais semblent noyées sous les commandes, vu l’engouement pour le vélo actuellement.

Chez Shimano, fabricant de pièces comme des chaînes, des dérailleurs, des câbles de frein, des pédales, on se veut rassurant, comme l’explique Lieven Bischop, responsable pour le marché belge et luxembourgeois : " Cela va relativement. On a des délais de livraison plus long que normalement mais il n’y a rien de spécial. Dans le marché, il y a des problèmes de livraison car il y a une demande énorme pour tous types de vélo. Quand je regarde la chaîne de livraison, nous n’avons pas de grands problèmes. Sur une échelle de 0 à 100%, pour 90% ça va bien. Il y a 10% de problèmes dans toute la chaîne ". Ici aussi, le mois de mai a été un mois record, avec des chiffres jamais vus avant.

Shimano explique avoir de la marchandise en suffisance dans ses entrepôts aux Pays-Bas, de quoi fournir les vélocistes. Cependant, il y a des ruptures de stocks sur certains articles. Certaines pédales sont indisponibles jusqu’en août, 6 modèles sur la vingtaine fabriquée par Shimano. Même chose pour les " home trainer ", appareils sur lesquels on peut fixer son vélo pour s’entraîner en intérieur. Certains modèles interactifs ont été fort demandés pendant le confinement et sont épuisés. Idem pour certaines chaussures fabriquées par Shimano, indisponibles pour plusieurs mois.

Il faut cependant remarquer que ce que qui est livrable actuellement par Shimano correspond à ce que les clients ont commandé avant le boom actuel des ventes. Ce qui n’a pas été anticipé ne sera pas livré dans les délais : " Il y a beaucoup de parties qui ne savent plus livrer leurs clients car elles n’ont pas prévu les quantités dont elles ont besoin actuellement ", précise Lieven Bischop, de Shimano et il poursuit " Si des clients nous demandent maintenant des commandes en extra, qui ne sont pas prévues sur leur commande conventionnelle, on sera confronté à des délais de livraison qui seront plus longs que normalement ".

Les usines de production sont débordées par la demande. " En temps normal, une commande de pièces détachées pour vélos passée dans une usine en Asie nécessite de 4 à 6 mois pour être livrée ", explique le responsable de Shimano en Belgique et au Luxembourg. Actuellement, il faut un délai de 7 à 8 mois avant de recevoir les pièces.

Ce qui explique probablement aussi pourquoi il est parfois difficile de faire réparer un vélo actuellement. Certains magasins de vélos n’acceptent de prendre en réparation que les cycles qu’ils ont vendus. Impossible pour eux, pour le moment, de prendre en charge les vieux clous sortis en urgence du garage ou de la cave, ni même les vélos achetés d’occasion et qui nécessiteraient quelques réglages. Mieux vaut donc appeler avant ou consulter le site internet du magasin, s’il en a un, avant de se déplacer. Cela dit, en cherchant bien, on trouve encore des vélocistes disponibles et efficaces.

Jean-François Noulet

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