Coronavirus: un baromètre destiné aux médecins généralistes, mais l'outil a-t-il les moyens de ses ambitions?

Un premier baromètre destiné aux médecins généralistes est lancé ce jeudi 1er octobre par Sciensano, le centre de recherche et institut national de santé public.

Un premier baromètre destiné aux médecins généralistes est lancé ce jeudi 1er octobre par Sciensano, le centre de recherche et institut national de santé public. 
Ce nouvel outil doit permettre aux autorités de se doter d'un monitoring pour le Covid-19. Un peu comme c'est déjà le cas avec la grippe hivernale. 

Cependant, l'objectif est plus ambitieux ici, car il vise à répertorier, pendant six mois, toutes les consultations des généralistes pour des problèmes respiratoires, dont le Covid-19. L'idée est donc de pouvoir alerter les autorités avant même que les hôpitaux ne voient les cas de coronavirus arriver en masse aux urgences. Histoire, cette fois, de prendre des mesures bien à temps. 

Un projet qui n'a pas les moyens de ses ambitions ? 

Mais si sur papier, l'objectif est louable, dans les faits "ce n'est pas un vrai projet. Tout au plus, c'est un projet pilote", estime Thomas Orban.

En tant que président de la Société Scientifique de Médecine générale, il a été associé au projet. Et pour ce généraliste, on a voulu aller trop vite, en comptant sur la seule bonne volonté. 

"Ca va être des médecins généralistes volontaires qui veulent bien le faire, qui vont le faire, mais on ne sait pas très bien combien vont le faire", explique ce médecin généraliste. De plus, "c'est une contrainte énorme. On est en surcharge majeure et là, on va, en plus, devoir encoder pour chaque contact concerné le code de la maladie". Codes qu'ils vont devoir aller chercher dans un dictionnaire de codage qui se trouve dans leur logiciel. "Donc une grippe, c'est un code ; un COVID, c'est un code ; une rhinite, c'est un code ; une bronchite, c'est un autre code et ainsi de suite !"

"Les généralistes se sentent méprisés"

Et tout ça, bien sûr, sans y mettre les moyens (400 euros brut pour les 6 mois si le généraliste encode ses données deux fois par semaine ou 800 euros brut s'il les encode quatre fois par semaine). Ce qui met en colère Thomas Orban : "Les généralistes se sentent méprisés quand on fait des choses pareilles ! Déjà qu'ils n'ont pas été respectés pendant toute la crise...parce qu'on a plein de problèmes, on n'a pas été écouté dans ce qu'on dit, même encore maintenant, les gens n'écoutent pas notre expertise. Les généralistes sont sur les genoux et on va leur proposer ça ? Et vous croyez vraiment que ça va marcher ?" 

"Je l'ai dit à Sciensano hier", ajoute-t-il. "J'ai dit : 'Vous rêvez ! Les généralistes vont vous envoyer bouler ! Ca c'est clair ! Et ceux qui ne vous enverrons pas bouler, c'est pas ceux qui ont du boulot. Ca veut dire que vos données, elles ne veulent rien dire !'"

Il serait d'ailleurs même "effrayé que l'on tienne compte de ce baromètre"

Et de conclure que pour lui, les politiciens et hauts fonctionnaires sont "complètement déconnectés de la réalité"

Notons que Sciensano, malgré notre insistance, n'a pas souhaité nous accorder d'interview. Leurs scientifiques étaient trop occupé ce mercredi sur la publication du communiqué de ce baromètre. 

Céline Biourge

Retrouvez l'article original sur RTBF