Coronavirus : les tests sérologiques rapides vendus en pharmacie en France, "une bonne idée" ?

Depuis ce samedi 11 juillet, les pharmacies françaises sont autorisées à réaliser des tests de diagnostic rapide, qui indiquent si l’organisme a déjà développé une réponse immunitaire contre le coronavirus, le SARS-CoV-2, et donc si l’on a été exposé au virus dans le passé.

Ces tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) permettent de savoir, en quelques minutes, si l’on a fabriqué des anticorps contre le coronavirus, selon les autorités : "A titre exceptionnel […], les pharmaciens d’officine […] peuvent réaliser les tests rapides d’orientation diagnostique sur sang capillaire de détection des anticorps, le texte est applicable jusqu’au 30 octobre".

En Belgique, un citoyen a introduit une citation en référé ce lundi matin en extrême urgence devant le tribunal de première instance francophone de Bruxelles pour demander la levée de l’interdiction de la mise à disposition de ces tests dans les pharmacies. "Des sociétés belges ont fabriqué de tels tests et mon client voudrait pouvoir y accéder en pharmacie sans devoir passer par des laboratoires, via des médecins, et devoir attendre plusieurs jours les résultats", a expliqué l’avocat de l’homme de 60 ans. L’AFMPS a interdit fin mars pour six mois l’utilisation des tests rapides de diagnostic du coronavirus, et ce afin d’éviter une mauvaise interprétation des résultats négatifs.

Un test Covid en pharmacie, les résultats trois minutes plus tard

Le principe de ces tests est simple : il suffit de prélever une goutte de sang en piquant le bout du doigt, puis de la mettre en contact avec un réactif. Le résultat apparaît en quelques minutes.


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Une bonne idée ? Pour Jean-Luc Gala, spécialistes des maladies infectieuses, qui se trouve dans le nord de l’Italie pour le moment pour un dépistage massif des populations et une validation des différents tests de dépistage du coronavirus : "Ces tests rapides en pharmacie sont une bonne chose. Psychologiquement, c’est bien que les gens puissent s’évaluer dans une période où ils ont été laissés largement, à eux-mêmes. Une période où le corps médical pouvait difficilement les aider. Pour une fois, on va peut-être remettre au centre du jeu. Car le patient qui se teste va certainement contacter son médecin de famille pour discuter du résultat même s’il est négatif."

En France, les médecins biologistes s’y opposent

Jusqu’à présent, ces tests "Trod" ne pouvaient être réalisés que par un laboratoire d’analyses médicales, en ville ou à l’hôpital. Les médecins biologistes en France sont opposés à ce dépistage à faire soi-même. Dans un communiqué daté du 3 juillet, ils mettaient ainsi "en garde les autorités et le grand public sur les difficultés d’utilisation et sur la complexité de l’interprétation des résultats de ces tests sérologiques".

Ce test n’est pas plus compliqué à lire qu’un test de grossesse

Pour notre expert des cliniques universitaires Saint-Luc, Jean-Luc Gala : "C’est du corporatisme. Ce test n’est pas plus compliqué à lire qu’un test de grossesse. On sait qu’il est le plus souvent réalisé par la femme enceinte d’abord qui a acheté son test en pharmacie. Là, c’est basé sur une goutte d’urine. Ici, c’est un tout petit peu plus compliqué, puisqu’il faut se piquer le bout du doigt mais bientôt d’autres tests rapides vont arriver sur le marché en se basant sur la salive. Ils seront extrêmement simples à partir du moment où ils seront validés."

Des tests à 15 euros qui ne valent pas les tests sophistiqués de confirmation

La validation de ces tests est très importante. Il y a eu beaucoup de tests sur le marché, peu ont reçu une validation approfondie, il faut s’en assurer prévient Jean-Luc gala, ils doivent avoir été testés sur des patients en même temps qu’une autre méthode "robuste" qu’on appelle une méthode de référence. En France, 51 tests de ce type ont été autorisés par le ministère de la santé. Mais ces tests de "screening" à 15 euros, ne vaudront évidemment jamais les méthodes de confirmation plus sophistiquées et surtout beaucoup plus chères, que l’on ne peut donc pas faire à large échelle.

Une bonne idée, si on le réalise au moment opportun

Restent les conditions d’utilisation de ces tests. Il faut apparemment se dépister rapidement après l’exposition au virus. "Si on teste aujourd’hui, en pharmacie, des gens qui ont eu des symptômes très typiques mais au mois de mars, la détection pourrait être très faible, elle est même parfois douteuse. Cela signifie que les anticorps qu’ils ont eus, s’ils en ont eu, ont diminué très rapidement après l’infection. Ils risquent donc d’être négatifs, et on en tirera des conclusions fausses ! On en conclura peut-être qu’ils n’ont pas été en contact avec le virus alors qu’ils l’ont été en réalité, ils sont peut-être protégés par une immunité globale. Il faut donc les faire au moment opportun, pas n’importe quand en se disant que le test sera informatif, c’est faux", avertit Jean-Luc Gala.

Un résultat positif doit être confirmé en laboratoire de biologie par une prise de sang et un examen de laboratoire afin de préciser la réalité de la réponse immunitaire et, éventuellement, par un test PCR pour vérifier si le virus est toujours présent dans l’organisme et, donc, si l’on risque ou pas de contaminer d’autres personnes.

 

Pascale Bollekens

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