Coronavirus: la Wallonie, future terre de production de masques médicaux?

Dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus, la pénurie de masque inquiète.

 Le contexte est pour le moins tendu. La Belgique a attendu des masques qui ne sont jamais venus, d’où l’ouverture d’une enquête pour fraude. Puis la Belgique a reçu des masques de la Fondation Jack Ma, le fondateur de l’entreprise chinoise Alibaba, mais la pénurie est criante sur un marché du masque plus que brouillon: les prix flambent, des matières premières ne sortent plus du tout ou très peu du continent asiatique, au point que l’on fait appel à des ateliers de confection dans des prisons pour confectionner des masques. Du bricolage, notamment en termes de capacité de production, d’où l’idée de développer une véritable solution de production industrielle.

La Région wallonne veut recréer une capacité de production de masques médicaux de protection sur son territoire. Et pistes sérieuses auraient déjà été identifiées. Un appel urgent à intérêt, à candidats, a été lancé en Wallonie, relayé entre autres par BioWin, le pôle de compétitivité des biotechs et technologies médicales . Un genre d’appel à projets accéléré pour les académiques et industriels actifs dans la santé, en somme

Il s'agirait de produire des masques médicaux, mais aussi du gel hydroalcoolique ou une autre solution désinfectante. L’idée est donc de créer une sorte d’accélérateur d’innovation, que plusieurs acteurs se mettent ensemble et proposent de développer leurs idées contre financement, bien sûr. Des discussions ont manifestement lieu depuis plusieurs jours dans une confidentialité certaine. Côté wallon, on espère pouvoir trancher et désigner les projets candidats d’ici à la fin de la semaine.

Le hic, c'est que nous n'avons pas tout ce qui est nécessaire pour ce type de production en Wallonie. Ni équipement ni matières premières. Le Centre scientifique et technique pour l’industrie textile l'affirmait encore il y a à peine 10 jours. Mais, côté wallon, on dit vouloir "être malin et innovant", comprenez contourner le manque actuel de matières premières et développer par exemple un substitut textile pour les masques. Le critère de la pertinence économique sera primordial dans la sélection des projets par la Wallonie (pour pouvoir pérenniser ces productions dans l'après-crise sanitaire)

Mais pour Étienne de Callataÿ, chef économiste chez Orcadia, relocaliser une telle production ne va pas forcément de soi: "Imaginez un monde dans lequel nous serions repliés sur nous, où nous aurions développé chacun et chacune des secteurs et activités dont nous avons un besoin essentiel. Nous avons besoin de masques, on le voit avec la crise actuelle. Mais nous avons besoin de tant de choses. Si nous devions avoir une unité de production de chaque chose indispensable en Wallonie, les Flamands auraient les mêmes besoins, les Bruxellois aussi, chacun va aller construire sa petite usine pour chaque chose indispensable et nous serons tous perdants à ce jeu-là".

Et l'économiste de faire ce constat cependant: "Ce que nous rappelle la crise du coronavirus, c’est qu’il faut absolument éviter l’hyper-concentration des lieux de production".

Le problème n’est donc pas que les masques sont produits en Asie. Le problème est qu’ils ne sont produits... qu’en Asie. Et quand il y a un souci de production à un endroit du globe, c’est toute la planète qui est affectée. "C’est le défaut du système. Il faudrait une forme de responsabilisation, veiller à ce qu’il n’y ait jamais une hyper-concentration en un lieu de production du monde de quoi que ce soit d’un tant soit peu important" développe Etienne de Callataÿ.

Mais le risque d’une production chez soi, pour soi, c’est justement le chacun chez soi et qu’en cas de pépin dans une usine belge par exemple (inondation, séisme,...), la Belgique ne puisse pas compter sur ses voisins, comme la France ou les Pays-Bas, qui eux-mêmes produiraient chez eux, pour eux. Il faudrait donc coordonner des initiatives industrielles à une échelle intermédiaire. Des projets de recherche en tant que tels pour des traitements ou des vaccins sont donc plutôt à trouver à l’échelle européenne, organisés entre entreprises, instituts, labos de recherche au niveau européen entre pays. Et c’est évidemment là que la force de frappe, et donc la potentialité de réussite, est la plus grande.

Beaucoup de questions se posent sur le coronavirus: quel est son taux de mortalité ? Quels sont les symptômes ? Que puis-je faire pour me protéger ?


►►► Nous tentons d'y répondre dans cet article: Le vrai du faux du coronavirus


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Enfin, le SPF Santé publique répond à de nombreuses questions sur son site.

Maxime Paquay et K.D.

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