Coronavirus : des centres de médecine scolaire font la grève du tracing pour se concentrer sur leurs missions de base

Depuis le début de la crise sanitaire, les services de promotion de la santé à l'école (PSE) sont chargés d’assurer le tracing des cas positifs au coronavirus détectés en milieu scolaire. Le problème, c’est que ce travail de fourmi se fait au détriment des missions de base de ces centres.

"Les visites médicales sont mises de côté depuis presque deux ans, déplore Pierre Squifflet, directeur des centres PSE du réseau libre, qui s’occupent de 43.000 enfants en Brabant wallon. On s’aperçoit que certains enfants n’ont pas été vus depuis quatre ou cinq ans. Cela veut dire qu’ils n’ont pas été dépistés et parfois qu’ils n’ont pas été en contact avec un médecin. De nombreux jeunes n’ont pas eu de test de vue ou n’ont pas subi de test d’urine. Il y a aussi tout ce qui concerne les problèmes de scoliose et d’obésité, sans compter les autres vaccins qu’on doit proposer à la population."

Au-delà du bilan physique, les centres PSE s’inquiètent aussi pour la santé mentale de nombreux jeunes placés en quarantaine, isolés à domicile.

"Il y a du décrochage scolaire et de la perte de motivation. Il est grand temps qu’on puisse les aider. Lors du bilan de santé, lors de la visite médicale, nous pourrions aiguiller ces jeunes qui ne vont pas bien vers d’autres experts, vers d’autres spécialistes, que ce soit du monde médical ou de la santé mentale. C’est vraiment très important pour nous."

Les centres PSE demandent donc à être déchargés du tracing. Début septembre, la mission a été confiée directement aux écoles, ce qui s'est révélé très difficile à mettre en place dans de nombreux établissements. La médecine scolaire a donc poursuivi le travail. Mais aujourd'hui, la coupe est pleine, les centres PSE ont décidé de faire une "grève du tracing" dès ce lundi.

"Cela fait de nombreux mois qu’on demande la mise en place d’une ligne téléphonique pour nos directions d’école et pour les parents qui se posent des questions, afin de pouvoir gérer tous les cas de Covid. Il faut pouvoir centraliser les forces, que la ministre mette un budget pour décharger les PSE de cette mission-là et leur permettre de retourner à leur mission principale, qui est de s’occuper du bien-être des élèves."

Interrogée par TVCom, Bénédicte Linard, ministre de l'Enfance et de la Santé en Fédération Wallonie-Bruxelles, dit avoir pris la mesure du problème. Concrètement, elle annonce qu’une collaboration avec le call center régional est en train de se mettre en place à Bruxelles afin de libérer les PSE du travail de tracing et que des contacts sont pris avec la Wallonie pour envisager une collaboration similaire.

Bénédicte Linard souhaite également que les règles de quarantaine et de tracing soient réévaluées ce mercredi 20 octobre lors d’une réunion des ministres de la Santé, pour le bien-être des plus jeunes.  Un premier assouplissement des règles de quarantaine avait été décidé le 22 septembre pour les enfants de 12 ans et moins au sein des collectivités.

Enfin, la ministre rappelle que "des moyens financiers supplémentaires ont été plusieurs fois débloqués ponctuellement dès 2020 (deux millions de plus par an afin de renforcer les équipes sur le terrain) et sont aujourd'hui acquis de manière structurelle dans le nouveau contrat de gestion de l'ONE".

Hugues Van Peel

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