Coronavirus: "Beaucoup de gens essaient de nous vendre des masques", déplore Etienne Wéry (hôpitaux Iris)

Étienne Wéry, administrateur délégué des hôpitaux Iris, était l'invité de Matin Première ce lundi matin.

Il revient sur la gestion de l'épidémie de coronavirus en Belgique.

Avez-vous des chiffres concernant vos hôpitaux ?

"Non, on n’a pas fait de recensement. J’ai fait un tour avec chacun des hôpitaux sur la situation du week-end, il a été calme, voire même très calme. Le nombre de passage aux urgences est resté stable par rapport à un week-end habituel. Nous avons diagnostiqué très peu de nouveaux cas, et encore moins en soins intensifs. Les soins intensifs sont aujourd’hui loin d’être saturés dans nos trois hôpitaux généraux".

La question que beaucoup de gens se posent ce matin, c’est la question des profils des personnes hospitalisées pour Covid-19. Sans briser le secret médical, est-ce que vous pouvez nous dire qui sont ces personnes hospitalisées ?

"Ce sont quasi exclusivement des personnes de 65 ans et plus. Il y a effectivement des personnes un peu plus jeunes qui sont hospitalisées, soit en isolement parce qu’elles présentent une pathologie pulmonaire ou une faiblesse immunitaire par ailleurs, mais sinon ce sont principalement exclusivement des personnes âgées".

On parle ce matin de médecins hospitalisés dans un état critique. Est-ce que vous avez des cas dans le réseau Iris ? Est-ce que vous pouvez confirmer qu’il y a des médecins qui sont hospitalisés actuellement pour Covid-19 ?

"Je peux le confirmer, mais je vais être très clair : nous avons passé un week-end à gérer des centaines de messages dans tous les sens et je ne pense pas que ce soit la polémique sur laquelle il faille avancer, que ça serve à quelque chose dans le cadre de la crise. J’aimerais qu’on explique que nous avons, par rapport au personnel soignant, des procédures et un mode de gestion qui sont sous contrôle, que les cas qui sont détectés sont pris en charge, mais en faire de là une polémique et une psychose au sein de la population ne me semble pas une très bonne idée".

Est-ce que vous disposez de suffisamment de masques de protection pour votre personnel soignant dans les hôpitaux Iris ?

"Nous avons des réserves qui s’amenuisent et nous avons donc effectivement des politiques qui ont été prises d’usage rationnel des masques. Il s’agit ensuite de trouver par d’autres filières des masques, mais il y a toute la difficulté des normes qualitatives et des risques de fraudes".

Vous avez déjà été confronté à des tentatives de fraude ou d’arnaques de fournisseurs de masques ?

"Je ne vous raconterai pas le nombre de personnes qui se proposent pour nous vendre des masques, c’est hallucinant. Ce qui est sûr, c’est que nous avons besoin de masques. Le message qui doit passer à toutes les autorités, c’est par la porte, par la fenêtre et quel que soit le prix, envoyez des masques aux professionnels de soins, que ce soit dans les hôpitaux, dans les maisons de repos et de soins ou dans la première ligne. Nous avons besoin de masques. C’est le message qu’il faut faire passer ce matin".


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Comment vous êtes-vous organisés dans les hôpitaux Iris ? Est-ce qu’il y a deux circuits : un circuit Covid et un circuit pour les autres maladies ?

"Absolument, et ce depuis plusieurs semaines. Nous avons dès le départ mis en place, que ce soit aux urgences ou dans les autres filières de soins, celles-ci étant largement refroidies maintenant, une personne qui fait un pré-tri et dès qu’il y a une suspicion, il y a une filière particulière, des personnes qui présentent des symptômes pulmonaires à risque. L’autre organisation, c’est comme dans tous les hôpitaux, nous favorisons le télétravail, mais avec cette difficulté que nous avons besoin de travailleurs qui ne sont pas soignants, mais pour aider nos soignants. Il faut donc faire une sélection parmi eux de ceux qui doivent quand même être présents. Et nous avons un autre problème, c’est un nombre de connexions sécurisées pour travailler à domicile. Vous savez comme moi que ces périodes de télétravail sont aussi un moyen important pour les hackers d’essayer de procéder à des tentatives de phishing. Nous devons donc absolument sécuriser nos connexions et ce n’est pour le moment pas simple dans un tel volume".

 

RTBF

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