Comment goûter son vin en période de confinement ? Ce caviste a inventé les "dégustations en ligne"

L’approche des fêtes de fin d’année est un moment fort attendu chez les cavistes et les marchands de vin.

S’il y a bien un moment dans l’année où l’on aime se faire plaisir et acheter quelques bouteilles d’une qualité supérieure, c’est bien pour les réveillons. Sauf que cette année n’est pas comme les autres, les banquets sont d’ores et déjà exclus et les repas en famille se feront en comité très restreint.

Cela n’empêchera pas de déboucher quelques bons flacons, au contraire, mais comment les choisir à partir du moment où les dégustations dans les commerces de vin sont interdites ? Les magasins et comptoirs restent accessibles mais pas question de manier le tire-bouchon. A Namur, on a trouvé une solution innovante, la dégustation en ligne. Comment ça marche ? On vous explique.

"C’est comme si nous recevions nos clients dans notre cave pour goûter différents vins mais cela se fait à distance. " Christophe Stenuit est un des piliers de Grafé Lecocq, un négociant en vin du Namurois. C’est lui qui a imaginé cette formule de dégustation connectée qui remporte déjà un joli succès : "Je me promenais en montagne cet été en me demandant comment réaliser des dégustations si c’était à nouveau interdit comme lors de la première vague. A l’époque nous avions testé un système de dégustation à domicile où les clients recevaient chez eux une demi-bouteille à titre d’échantillon mais c’était lourd tant d’un point de vue logistique que financier. C’est alors que j’ai eu l’idée d’échantillons plus petits à envoyer par la poste."

c’est bien plus riche qu’une simple vidéo

Aussitôt imaginé, aussitôt concrétisé. La maison namuroise propose désormais des packages de 7 fioles de 2 centilitres : "C’est l’équivalent d’une dose de dégustation. Nos clients s’inscrivent et reçoivent leur package par Bpost mais pas question de boire seuls, la dégustation se fait en commun lors d’une séance virtuelle où nous sommes réunis via l’application Teams. Nous limitons les groupes à 15 personnes pour garder le caractère convivial d’une séance de dégustation classique, l’animateur est d’ailleurs présent en personne dans nos chais, il dispose d’un ordinateur portable muni d’une caméra pour montrer les lieux et donner quelques explications techniques mais au moment de goûter, chacun sort sa petite fiole chez lui et nous la dégustons ensemble en la commentant et en échangeant nos avis devant notre écran et notre web-cam. C’est comme si nous étions dans la même pièce et c’est bien plus riche qu’une simple vidéo diffusée sur Youtube".

 

Evidemment, l’expérience nécessite un support numérique, que ce soit un ordinateur, un smartphone ou une tablette, mais cela ne semble pas être un obstacle insurmontable : "Nous avons des personnes plus âgées qui n’avaient jamais utilisé Teams et qui se sont très bien débrouillées, d’autres ont emprunté une tablette ou un ordinateur en demandant parfois de l’aide autour d’eux, mais tous nous disent être ravis de la formule. C’est bien simple, les premières séances étaient complètes et les suivantes le seront aussi, des entreprises et des groupes nous demandent déjà des séances spéciales, nous avions prévu plusieurs centaines d’échantillons, je pense que nous allons devoir en commander d’autres. Au départ, nous avons tenté de mettre nous-mêmes du vin dans de petits flacons comme nous le faisons avec des milliers de bouteilles classiques chaque année mais nous avons rencontré des soucis d’oxydation du vin et nous nous sommes tournés vers une société française spécialisée dans le conditionnement alimentaire. Les flacons sont en plastique, ce n’est évidemment pas une matière indiquée pour conserver du vin mais ici pas question de le garder, le but est de le boire très vite et il garde toutes ses qualités, son goût n’est pas dénaturé".

Les flacons, leur expédition, les séances de dégustation sans oublier le vin, tout cela a évidemment un coût. Christophe Stenuit a beau avoir la passion du vin, c’est aussi un gestionnaire : "le prix de 10 ou 15 euros demandé aux participants selon le niveau des vins dégustés ne suffit pas à couvrir nos frais, nous perdons clairement de l’argent lors de ces dégustations numériques mais nous espérons que cela générera des commandes et on peut donc considérer la dépense comme un investissement. C’est nécessaire car l’arrêt de l’Horeca se fait durement ressentir dans notre secteur et nous avons du mal à faire travailler nos 20 collaborateurs, certains ont d’ailleurs connu des épisodes de chômage temporaire".

nos clients nous manquent

Le concept développé pour la période des fêtes pourrait même survivre au confinement, un peu comme le télétravail ou les téléconférences dans d’autres entreprises. " Nous avions prévu de limiter ces dégustations en ligne au mois de décembre mais si le succès se confirme, pourquoi ne pas le prolonger au de-là ? Mais on ne pourra jamais se contenter de ça, nos clients nous manquent et rien ne vaut la visite d’une cave en chair et en os pour sentir et ressentir les qualités d’un vin et tout l’univers qui tourne autour. Et puis, chez Grafé Lecocq, certains lieux à visiter valent vraiment le déplacement comme les caves sous la cathédrale de Namur ou dans les anciens tunnels de tram de la citadelle. Ça, aucun ordinateur ne le remplacera jamais. "

Eric Boever

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