Ixelles 1050

"Cherche l'amour" de Myriam Leroy : 9 variations grinçantes et drôles sur l'impossible rencontre

Elle a la dent dure, Myriam Leroy, qu’elle "cause dans le poste" ou qu’elle croque ses contemporains dans la presse écrite. Avec un talent aiguisé, de plume et de voix, un sens de la formule et une fine analyse des œuvres littéraires. Le fait qu’elle soit "connue" ajoute un défi que Nathalie Uffner, fine connaisseuse d’un certain type de talents, a encouragé.

Et ça donne, au TTO, "Cherche l’Amour", 9 sketches rythmés et féroces sur des solitaires en manque, essayant de combler, en vain, leur vide intérieur par une rencontre hasardeuse via internet. On voit défiler une pute et "un jeune péteux de la finance", un vieux à la recherche de petites jeunes, 2 couples d’échangistes, où les cathos sont plus vicelards que les "libérés", deux "vieux pédés"(sic) décatis, vrai "numéro" d’acteurs qui fait crouler la salle. Un gros et une grosse qui se dézinguent et une polyamoureuse, qui se présente au public en ces termes: " Je m'appelle Jane, j'ai 33 ans, et je cherche un garçon ou une fille, ou les deux, ou deux garçons ou deux filles ou ce que vous voulez du moment que ça tient chaud et que ça ne vous abandonnera pas sur une aire d'autoroute au début des vacances".

Alors, des clichés, tout ça ? Myriam Leroy assume : " Au fond nous sommes tous des clichés et une partie de ces personnages nous ressemblent". Et se défend de tout cynisme: "sur les sites de rencontre la part de cruauté est beaucoup plus forte alors que mon écriture laisse la place à beaucoup plus de tendresse". Et de fait, le sketch sur deux autistes est plus attendrissant que cruel. Ou encore cette femme s’acharnant sur son compagnon parce qu’il porte une chemise aux manches courtes est presque …surréaliste. Avec un final qui résume la tonalité d’ensemble sur le couple :

L’homme : Je vois bien que t'as peur de vieillir, peur de ne plus plaire à personne, peur de finir seule dévorée par ton chat, je sais bien que tu inspectes tes rides dans les miroirs, dans les couteaux, dans les cuillers... Mais tes rides, moi, quand t'en auras vraiment, je serai heureux de les lire en braille avec les doigts.

La femme (sous le choc) : C'est vrai ?

L'homme : Non. T'as un beau cul, c'est tout".

A la lecture, la plume acidulée fait mouche, pensée pour la scène. Et le jeu, et la mise en scène ? Myriem Akheddiou, Sandy Duret, Pierre Poucet et Marc Weiss se sont emparés du texte pour en faire une machine à rire, parfois surjouée, souvent juste. Avec Nathalie Uffner donnant le rythme TTO et assurant, en musique, la fluidité des transitions. Au total une "série" TTO pas loin de la "qualité Minestru", dans "Cendrillon, ce macho". Un début en fanfare, donc. Et qui se joue à guichets fermés.

"Cherche l’Amour" de Myriam Leroy au TTO du 30 août au 23 septembre.

Christian Jade pour RTBF Culture.