Liege 4000

Centenaire de l'Armistice: le Bastion des fusillés de la Chartreuse, mémorial à la résistance civile

Ce 11 novembre, il y aura tout juste 100 ans que s’achevait la Première guerre mondiale.

A Liège, le site de l'ancien Fort de la Chartreuse abrite un lieu de mémoire particulier : le Bastion des fusillés. Il est le premier à avoir été consacré à la résistance civile. Durant la guerre 14-18, 48 hommes ont été fusillés à cet endroit par l'occupant allemand.

Nous nous sommes rendus au Bastion des fusillés de la Chartreuse en compagnie de l'historien Philippe Raxhon : " C’est un fort qui fait partie du système défensif de Liège. ", nous explique-t-il, " Il existait avant la fameuse ceinture des douze forts. Pendant la Première guerre mondiale, les Allemands étaient installés ici en garnison et c’est ici que les prisonniers, destinés à être fusillés étaient transférés depuis la prison Saint-Léonard jusqu’au mur d’exécution. "

Une résistance de renseignement

" Ce sont des agents de renseignement essentiellement qui seront arrêtés et fusillés. ", poursuit Philippe Raxhon, " La Résistance pendant la Première guerre mondiale, ça n’est pas une résistance armée, comme pendant la Deuxième, c’est plutôt une résistance de renseignement, donner des informations aux Alliés. La Belgique est occupée. Elle a l’’occasion de donner des informations précieuses comme des déplacements de troupes, par exemple, comme des concentrations de troupes. Des services de renseignements vont se mettre en place. Il y a une frontière avec un pays neutre qui est la Hollande et donc il y a des possibilités de faire passer des informations. Les agents belges ont pu informer les Alliés d’une concentration de troupes en vue manifestement d’une grande bataille. Il se trouve que cette bataille s’appelait la Bataille de Verdun. "

Ces agents de renseignement faisaient donc partie de réseaux. " A Liège en particulier, il y a d’abord eu le réseau de Dieudonné Lambrecht, un industriel qui a mis cela sur pieds dès 1914. ", détaille l’historien liégeois, " Mais en 1916, il est arrêté et exécuté. Les Allemands, la police allemande en particulier, commencent à repérer les résistants, à les infiltrer, de telle manière que des réseaux tombent en particulier cette année-là. Mais la relève est là, et en particulier Walthère Dewé qui était le cousin de Dieudonné Lambrecht. Il va initier le plus important réseau de la Première guerre mondiale : la Dame Blanche. "

Les fusillés de la Chartreuse ont été inhumés dans un premier temps sur place. Après la guerre, les corps de la plupart ont été transférés dans d’autres cimetières. Mais des croix portant leurs noms sont toujours plantées dans la terre du Bastion. Une seule tombe subsiste. Philippe Raxhon nous emmène vers elle. " Ici, on a une tombe célèbre. C‘est la tombe de Louis et Antony Collard. Les frères Collard, c’est vraiment la dernière génération de résistants. Ils proviennent de Tintigny, un village qui a été martyrisé, massacré en 1914. Ils vont s’engager dans la résistance, être capturés, finalement ils seront fusillés à 20 et 21 ans. "  C’était le 18 juillet 1918. Louis et Antony Collard ont été les derniers fusillés de la Chartreuse. Ils sont aussi les derniers à y être toujours inhumés.

La mémoire civile

" On a constitué un mémorial à la résistance civile. ", ajoute l’historien, " C’est le premier du genre puisque la Belgique n’avait pas encore été confrontée à un conflit depuis 1830. Donc si une mémoire militaire s’est développée en Belgique, en parallèle une mémoire civile s’est développée aussi : à la fois la mémoire de la Résistance mais aussi la mémoire des martyrs, des milliers de personnes assassinées dans les villes et villages au cours de l’offensive d’août 1914. Il y a donc en Belgique dès après la Première guerre mondiale une pluralité mémoriel qu’on ne retrouve pas nécessairement chez d’autres belligérants. C’est une spécificité qui est vraiment liée à ce cas belge. Ce pays entièrement occupé pendant quatre ans, sous le joug d’une occupation militaire, mais un pays qui ne s’est pas rendu, qui n’a pas capitulé, puisque son armée continue à se battre, et le Roi est toujours en activité, il est toujours le chef de l’armée. On est dans une situation qui est complètement originale dans l’ensemble du contexte de la Première guerre mondiale. "        

Martial Giot

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