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Bruxelles: le chantier européen qui menace l'hôtel van Eetvelde de Victor Horta

L'enquête publique relative à la rénovation en profondeur de l'immeuble voisin de l'hôtel van Eetvelde de Victor Horta vient de se terminer.

Mais une chose est sûre: le projet suscite de très nombreuses craintes.

Au 6-14 de l'avenue Palmerston, dans le quartier des squares à Bruxelles, la Commission européenne prévoit de remettre à neuf sa crèche-garderie. Concrètement, il est question de rénover le bâtiment existant, d'aménager l'intérieur avec un jardin en gradins, de construire une crèche dans un immeuble de quatre niveaux du côté de la rue des Eburons (où se trouvent actuellement des entrées de garages)... Un chantier colossal dans un quartier historique de la capitale, jalonné de prestigieuses demeures.

Patrimoine mondial de l'Unesco

Et l'une d'elles, mitoyenne, n'est autre que l'hôtel van Eetvelde de l'architecte Art nouveau Victor Horta. Erigées entre 1895 et 1901 pour le comte du baron Edmond van Eetvelde, secrétaire général du Congo, la bâtisse et ses extensions au 2 et 4 de l'avenue Palmerston sont parmi les plus remarquables d'Horta. Classé dès les années 70, l'hôtel van Eetvelde est également repris au patrimoine mondial de l'Unesco avec trois autres demeures bruxelloises d'Horta. Autant dire que son oeuvre est unique et intouchable.

C'est ce que pense notamment le GAQ, le Comité du quartier européen de la Ville de Bruxelles. "Cet immeuble mastodonte (...) défigurera le quartier dans une zone d’intérêt historique, esthétique et protégée", souligne le GAQ qui regrette que l'enquête publique ait été lancée fin août, pendant les vacances. Frank Hannes, du GAQ, déplore également le manque de vision en terme de mobilité. "A priori, nous ne sommes pas contre une crèche. Mais l'Europe s'étend dans nos quartiers, crée des infrastructures mais sans penser au problème de mobilité que cela engendre pour nos quartiers." D'un point de vue architectural, le GAQ ne souscrit pas à la taille de la nouvelle construction qui pourrait s'élever rue des Eburons, avec un étage en toiture en recul.

Contacté par la RTBF, l'échevin de l'Urbanisme et du Patrimoine Geoffroy Coomans de Brachene (MR) ne souhaite pas se prononcer sur le projet avant la commission de concertation programmée au 18 septembre. "Mais pour nous, il est totalement hors de question de toucher à l'hôtel van Eetvelde. C'est LA priorité absolue, la priorité des priorités." Car un risque pour le patrimoine existe, si les travaux ou le creusement de fondations engendrent des dégâts ou des fissures sur le van Eetvelde.

"Le peu d'intérêt de l'Europe"

"En tout cas, d'une manière générale, le vaste projet lancée par la Commission européenne traduit une chose: le peu d'intérêt que l'Union européenne a pour la capitale", déclare l'échevin.

Michèle Goslar, auteure de "Victor Horta: l'homme, l'architecte, l'art nouveau", ne sous-estime pas non plus les risques. "L'hôtel est super protégé. On pense souvent que mettre quelque chose derrière ou à côté ne fait pas de dégâts. Mais en réalité, cela peut menacer le bâtiment existant, en fonction de la distance de la nouvelle construction, si on touche aux fondations. Rien ne dit que ce qu'on va construire à l'arrière ne va pas défigurer la façade arrière. Horta mettait le plus grand soin à ses façades avant mais également à ses façades arrière. Horta installait à l'arrière des escaliers avec des matériaux en verre pour que la lumière pénètre. Si on met un bâtiment derrière, cela va tout à fait assombrir la façade arrière. C'est déjà une conséquence grave."

Un chantier "respectueux"

Nous avons contacté le bureau d'architectes de la Commission, Roose Partners Architects. "Il s'agit d'une rénovation lourde avec une remise aux normes du bâtiment existant mais respectueuse de la façade et des fondations qui jouxtent l'hôtel van Eetvelde. Nous n'envisageons par exemple plus de descendre de niveaux", répond Serge Roose. "Nous envisageons par contre de protéger la toiture et tous les éléments qui jouxtent le bâtiment Horta." Roose Partners Architects dit également collaborer étroitement avec la Direction régionale des Monuments et Sites, qui veille à la préservation du patrimoine architectural bruxellois.

Karim Fadoul

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