Philippeville 5600

Biodiversité: les fleurs des champs en voie de disparition

Les coquelicots, ou encore les bleuets sont de moins en moins présents dans les champs en Wallonie.

Un quart des fleurs des champs ont déjà disparu du sud du pays. La moitié d'entre elles sont menacées. Au nord du sillon Sambre et Meuse, ces fleurs champêtres pourtant très importantes pour la biodiversité, ont même presque disparu. La faute à l'agriculture intensive très présente dans le nord de la province de Namur et dans les Brabant wallon qui pousse les agriculteurs à utiliser davantage d'herbicides.

Cherchez la fleur...

Pour s'en rendre compte, une de nos équipe s'est rendue dans la région de Gembloux. Au milieu des champs à perte de vue, les céréales commencent à sortir timidement de terre en ce mois de février. Il y a quelques dizaines d’années encore, des fleurs poussaient entre les jeunes pousses, mais aujourd’hui, c’est uniquement le cas pour la fleur la plus résistante et encore, seulement en bord de champ.

"Regardez les petites rosettes ici, ce sont les coquelicots, indique Julien Piqueray, ingénieur agronome chez Natagriwal. Mais on ne les trouve que parce qu'on est en bordure de champ et qu'ici, délibérément, l'agriculteur a laissé une petite zone de 50 cm qu'il n'a pas pulvérisée".

Les herbicides en cause

Au nord du sillon Sambre et Meuse, la plupart des fleurs ont quasiment disparu des champs cultivés. Il existe certaines poches de résistance en Gaume où l’agriculture intensive est moins développée, mais globalement, elles souffrent très fortement des herbicides pulvérisés.

"On en compte une centaine en Wallonie, dont un quart ont déjà disparu, insiste Julien Piqueray. La moitié est menacée, voire très menacée. Et seulement un quart se porte relativement bien".

Des primes pour encourager les agriculteurs

Ces fleurs ont pourtant un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire. Alors pour éviter qu’elles ne disparaissent, des primes existent depuis peu pour les agriculteurs qui préservent quelques lopins de terre pour laisser ces fleurs se développer à nouveau. C’est ce que fait Patrick de Voegt, agriculteur à Philippeville, depuis quatre ans maintenant.

"On a aménagé toute une bande spécialement pour protéger les petits pois, nous explique-t-il. On ne met plus de produits de pulvérisation, plus d'engrais, plus de fumier. Dans ces coins où la terre était sèche et dure, c'est là où survivaient les petits pois".

62 hectares préservés

Ces petits pois dont parle l'agriculteur ont pour nom scientifique lathyrus aphaca. Une petite fleur devenue très rare en Wallonie, mais dans ce champ de Philippeville, elle commence tout doucement à se redévelopper. De quoi réjouir Patrick. "On a moins de rendement, c'est sûr, mais on fait quand même quelque chose de bon pour l'environnement", ajoute-t-il le sourire aux lèvres.

Aujourd’hui, 43 agriculteurs participent à ce projet pour une superficie totale de 62 hectares. Mais beaucoup d’agriculteurs restent encore réticents à ce genre d’initiative pour sauver la biodiversité.

S. H. avec Benjamin Carlier

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