Afrique du Sud: les mariages mixtes encore mal acceptés

L’Afrique du sud célèbre cette année les 25 ans de la fin de l’Apartheid.

Interdits sous le régime raciste, les mariages interraciaux ne sont toujours pas naturellement acceptés par la société sud-africaine. Rencontre à Johannesburg avec Thobile et Simon. Leur couple mixte n’a pas fini de faire face à l’adversité.

Thobile est aussi grande qu’élégante. Ses origines zulus sont sa fierté. Simon, lui, est descendant de colons anglais. Il est blanc et s’est marié à une femme noire. Un choix courageux en Afrique du Sud tant la société reste marquée par la ségrégation.

Assis dans leur canapé, une tasse de café à la main, ils font défiler les photos de leur mariage sur leur ordinateur. Thobile se rappelle leur rencontre et les premiers mois de leur relation. Ils travaillaient alors pour la même société. "Nous avons gardé le secret longtemps avant de le dire à nos collègues de bureau. Nous savions que ça pouvait engendrer un malaise. Quand nous avons cessé de nous cacher, Simon a reçu des commentaires racistes comme ‘’Tu ne devrais pas dormir là où les chiens dorment’’.

Simon aimerait oublier ces épisodes douloureux. Il garde en mémoire des paroles blessantes de certains proches. "Des amis me disaient, Thobile est une très belle pour une femme noire. En fait, même si ils voulaient me féliciter, ce que cela voulait aussi dire, c’était que pour eux, les femmes noires ne sont généralement pas attirantes".

A quelques pas, dans la maison voisine, vivent les parents de Simon. Son père Richard a aujourd’hui 65 ans. Il est né et a vécu 40 ans sous le régime de l’Apartheid. Les seuls noirs qu’il croisait alors, étaient les deux employés de maison qui venaient chez lui faire le ménage et le jardinage. Une fois sortis de chez lui, la plupart des lieux publics n’étaient autorisés qu’aux blancs. Alors accepter que son fils se marie à une femme noire, ce fût un dur combat contre ses idéaux. "J'étais raciste. Il n’y a pas d'autres façons de dire les choses. J'étais un raciste. J'ai été élevé à être raciste. Ce n'est pas quelque chose que j'ai décidé. Et du jour au lendemain, par amour pour mon fils, j'ai dû complètement remettre en question ma façon de voir les choses".

Aujourd’hui grand-père d’un enfant métis, Richard dit avoir changé : "Je ne vois pas mon petit-fils comme un métisse. Je n’ai pas eu à travailler sur moi pour l'accepter. C'est juste mon petit-fils".

Son petit fils, c’est Izaya, il a 3 ans. Plusieurs fois par semaine, ses parents l’emmènent s’amuser au parc. Dans les allées bordées d’arbres centenaires, une image d’Épinal : Thobile noire, Simon blanc, et Izaya métis constituent une famille arc en ciel comme l’icône Nelson Mandela l’avait tant désiré pour son pays. Mais pour les jeunes mariés la réalité est bien différente. Se prendre la main ou s’embrasser en public n’est pour eux toujours pas naturel. "Nous ne voulons pas attirer l'attention sur nous parce que nous sommes un couple mixte. De la même façon quand nous sommes dans un endroit avec beaucoup de personnes noires, j’entends des gens se moquer de nous ou d’autres qui disent que j'ai vendu mon âme aux blancs.  Alors qu’il pousse son fils sur une balançoire, Simon ajoute un brin préoccupé: "D’où viendra l’identité et les valeurs d’Izaya ? Surement pas de la couleur de sa peau. Je crois qu'il est très important pour lui de comprendre que peu importe ses origines, il pourra accéder à tous les rêves qu'il aura".

Aucune statistique officielle n'est disponible sur le nombre de couples interraciaux que compte le pays. Des estimations émanant du clergé évoquent une union sur dix seulement. Quand en Afrique du sud, l’amour entre blanc et noir sera-t-il naturellement accepté ? Personne ne peut le dire mais Thobile à son avis sur la question. "Cela fait 25 ans que l'Apartheid est terminé et on commence seulement à voir un petit changement dans les mentalités. Je pense que pour n'importe quel pays qui est passé par des siècles d'oppression, le changement ne peut pas se passer en un instant. Cela va être un long procédé. Si l’on attend que les choses changent du jour au lendemain, ce ne sera pas une mutation authentique et profonde ".

 

 

Pierre Morel

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