Acheter des terres agricoles en Flandre et en Wallonie : le ministre bruxellois Alain Maron présente ses excuses

Le projet bruxellois qui vise à acquérir éventuellement des terrains agricoles en Flandre et Wallonie fait encore parler, 48 heures après la déclaration du ministre régional de l’Environnement Alain Maron (Ecolo).

Le projet bruxellois qui vise à acquérir éventuellement des terrains agricoles en Flandre et Wallonie fait encore parler, 48 heures après la déclaration du ministre régional de l’Environnement Alain Maron (Ecolo). Ce mercredi matin, au Parlement bruxellois, celui-ci a présenté ses excuses aux acteurs du monde agricole. Il parle d’une "erreur de communication".

Ces excuses interviennent après une nouvelle séquence. Suite aux critiques du ministre wallon de l’agriculture et du secteur agricole wallon, c’est un partenaire au sein de la majorité bruxelloise qui est tombé mercredi sur Alain Maron.

Sur Twitter, l’ancien président de DéFi, Olivier Maingain (bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert) se lâche. "La proposition collectiviste d’un ministre visant à acheter des terrains agricoles n’est pas dans l’accord de majorité à la région bruxelloise. L’alimentation saine est une exigence qui mérite un débat éloigné des dérives sectaires." Direct et tranché !

Politique planificatrice digne des meilleurs régimes communistes

"Collectivisme", "sectarisme"… Les mots sont forts et accusent Alain Maron de sombrer dans le dogmatisme. Ils rejoignent, en quelque sorte, ceux repris dans l’éditorial de La Libre de ce mercredi. Francis Van de Woestyne s’interroge : "Sur quel continent, dans quel siècle, dans quel régime politique Alain Maron vit-il, ou souhaite-t-il vivre ?"

L’éditorialiste poursuit : "L’annonce d’Alain Maron, certes assortie de 'si' et de 'peut-être', révèle une méconnaissance assez stupéfiante du monde agricole. […] Les agriculteurs n’ont pas attendu qu’un élu en découvre les vertus pour pratiquer ce genre de culture" à savoir locale, durable, de qualité. "Les propos du ministre Maron sont atterrants. Sur le plan idéologique d’abord. Sa manière de penser contient des relents de politique planificatrice dignes des meilleurs régimes communistes."

Mangeurs de quinoa, de lentilles et de salade de blé

Personnel, discourtois, intégriste : La Libre sort le bazooka. "Ce solo est curieux. Il semble aussi vouloir décider comme si les Belges étaient tous de la même sensibilité que lui, mangeurs de quinoa, de lentilles et de salade de blé. La caricature est sans doute grossière. D’accord. Mais l’écologie est une doctrine qui façonne notre société et qui a déjà beaucoup influencé celle des autres partis. Il faut en retenir les bienfaits, pas les excès. Il y a heureusement parmi les écologistes des personnes moins bornées, plus respectueuses et, au final, plus efficaces que lui pour faire avancer une écologie responsable et non punitive."

Cet édito rappelle celui de L’Echo, en juin dernier. Alain Maron avait déjà essuyé de vives critiques après avoir suggéré de cultiver des céréales sur l’avenue du Roi à Forest. "Alain Maron fait un four", titre le journal économique. "Au-delà des moqueries (sur les réseaux sociaux), la faisabilité du projet interpelle sérieusement" en termes de récoltes, de logistique, de passage de la moissonneuse-batteuse… Alain Maron, KO pour la seconde fois cette année ?

Tout d’abord, que dit la déclaration de politique générale bruxelloise, telle que lue en juillet 2019 par le ministre-président Rudi Vervoort (PS) devant les parlementaires fraîchement élus ? Quand il s’agit d’agriculture urbaine et de favoriser les circuits courts, les composantes PS-Ecolo-DéFi s’accordent sur les points suivants.

Une ceinture alimentaire pour nourrir Bruxelles

"Afin de promouvoir l’agriculture urbaine et périurbaine et la consommation de denrées alimentaires locales, durables et financièrement accessibles, le Gouvernement mobilisera des moyens ambitieux au travers d’une Alliance 'Emploi – Environnement – Alimentation durable'. Cette Alliance rassemblera les acteurs de Bruxelles et ses environs investis dans l’agriculture urbaine, l’horeca, la transformation et la distribution, la formation et l’emploi."

Rudi Vervoort enchaîne : "Le Gouvernement modifiera le Plan régional d’affectation du sol (PRAS) afin de clarifier les équilibres de fonctions dans les zones mixtes, de traduire les objectifs du Plan régional de mobilité (PRM), de préserver des sites de haute valeur biologique qui concourent spécifiquement au maillage vert et afin d’offrir un cadre à l’agriculture urbaine." Concrètement, Bruxelles va favoriser l’agriculture en ville. Rien n’est dit sur l’achat de terrains en dehors des frontières bruxelloises.

Développement d’une coopération avec la Flandre et la Wallonie

Toutefois, dans la déclaration même, pas dans le discours, les ambitions se précisent. Dans le cadre de la stratégie GoodFood (la production de minimum 30% de la consommation annuelle des Bruxellois en fruits et légumes à l’horizon 2035), la Région dit vouloir mobiliser "des moyens ambitieux". Parmi les mesures, on peut lire : "Le développement d’une coopération forte entre les pouvoirs publics et acteurs flamands et wallons afin d’installer une ceinture alimentaire pour nourrir Bruxelles."

Implicitement, cela veut dire que Bruxelles, qui recense 250 hectares de terres agricoles, va chercher à cultiver de nouvelles parcelles sur son territoire et éventuellement en Flandre et en Wallonie. Le plan GoodFood n’est pas récent. Il a été lancé en 2016. A l’époque déjà, Bruxelles prospectait dans sa périphérie. Le Service Public Régional Bruxellois (SPRB Economie) a lancé des discussions avec la VLM (Vlaamse Land Maatschappij, l’agence terrienne flamande).

Rien de neuf dans le potager ? Ce mercredi matin, en commission Environnement du Parlement bruxellois, Alain Maron a tenu toutefois à répondre aux critiques. Tout d’abord, par des excuses. Le ministre les a présentées "aux actrices et aux acteurs du monde agricole que mes déclarations ont inquiétés."

Une erreur de communication

Il admet que la question des acquisitions foncières, sur laquelle il a été interrogé lundi lors de l’interview à LN24, est "un sujet sensible" et qu’il l’a "clairement sous-estimé" au vu "de nombre de réactions négatives, même si on fait abstraction de la caricature. C’est un sujet sensible qu’on n’aborde pas d’un coup de cuillère à pot." C’est une "erreur de communication", assume le ministre.

"Je ne veux porter aucun préjudice à tous les acteurs qui s’engagent pour une alimentation de qualité", a dit encore Alain Maron qui rappelle que "notre politique est de les soutenir".

Dès lundi, "nous avons clarifié les choses" auprès des représentants du secteur. Il rappelle cependant que le projet d’achat de terres agricoles en dehors de Bruxelles est "élément parmi d’autres, ce n’est pas l’élément central".

Il n’y a acquisition "que si cela fait sens pour le porteur de projet et s’il y a concertation, écoute et une réponse à un besoin". Alain Maron ne veut pas favoriser une "concurrence" avec la Flandre et la Wallonie, "mais l’établissement d’une stratégie gagnant-gagnant", pour une alimentation de qualité et le développement des circuits courts.

La fin d'une polémique? Alain Maron semble tracer un premier sill

K. F.

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